ACTE III , SCÈNE \I
POLIGM , Je morac.
Pour lui rendre sa parole , pour rompre noire marché. 11 refuse , ou il veut (les dédommagements énormes ; il parle de cent mille francs.
DORBEVAL.
Ah çà! je t'écoute et ne puis te comprendre : rompre le marché le plus avantageux ! et au moment où je viens déjà de t'employer dans une affaire superbe ! A qui en as-tu ? pour quelle raison ?
POLIGNI.
Ah , mon ami ! je l'ai vue ! et un seul mot d'elle a changé toutes mes résolutions. Je renonce à la fortune et à ses vaines promesses : madame de Brienne est tout pour moi.
DORBEVAL.
Il serait possible! Et tu es bien sûr au moins que celle à qui tu t'immoles ainsi mérite un pareil sacrifice ?
rOLIGiM.
Elle n'a jamais aimé que moi; et pendant ces trois années d'absence, nul autre souvenir, nul autre hommage...
DORBEVAL.
Tu en es bien sûr ?
POLIGNI.
Elle me l'a dit.
DORBEVAL.
Et si je te disais, moi... Mais au fait cela ne me regarde pas : fais comme tu le voudras.
1 OLIGM , aver inquictmle.
Quoi ? qu'est-ce que c'est ? qu'est-ce que cela signifie ?
DORBEVAL.
Rien,... rien, mon ami; d'ailleurs, je ne puis, c'est un secret qui m'a été confié.
l'OLIGNI.
En as-tu donc pour moi , pour un ami.'
DORBEVAL.
Si tu étais raisonnable , si j'étais sur de la discrétion... Mais je te connais ; tu ne sais jamais prendre les choses modérément , ni d'une manière philosophique.
POLIGNI.
Je me tairai , je le le jure.
DORBEVAL, à demi-voix.
Eh bien , mon ami ! madame de Brienne avait une liaison en Russie.
POLIGNI.
Quelle indigne calomnie ! qui oserait le soutenir?
DORBEVAL.
Te voilà déjà ! ne vas-tu pas te battre avec moi , parce que je veux te rendre service.^ Si tu le prends ainsi, je ne te dirai rien.
POLICNI , se modérant.
Non, mon ami, je te remercie... Mais , comment sais-tu? où as-tu vu?
DORBEVAL.
Je le sais par ma femme, qui est son ancienne amie et sa conlidente. Je l'ai vu par une lettre , que j'ai lue de mes propres yeux, ici , tout à l'heure , et qui est encore entre ses mains ; est-ce clair? Une lettre adressée à madame de Brienne par monsieur de Nangis.
POLIGNi , furieux.
Monsieur de Nangis !
DORBEVAL.
Oui , mon cher, une inclination commencée en Russie sous le règne du premier mari ; et tu veux être le second , tu veux lui succéder !
POLIGM.
Adieu !
DORBEVAL, le retenant,
OÙ vas-tu ?
POLIGNI.
Chez mt)nsieur de Nangis.
DORBEVAL.
Y penses-tu? la compromettre par un éclat quand tu lui dois des remerciements et de la reconnaissance ! Tu allais te sacrifier pour elle , te ruiner à jamais, et elle t'offre les moyens de rompre ; elle te rend ta liberté , ta fortune ; je voudrais bien être à ta place : tu es trop heureux d'être trahi.
l'OLIGM.
Oui , oui , je suis trop heureux ! mais je suis furieux , et elle saura du moins...
Et voilà ce qu'il ne faut pas. Dans la bonne société , un galant homme qu'on trahit ne se plaint jamais; sans cela , ce serait un bruit, on ne s'entendrait pas! D'ailleurs, tu m'as promis... La voici... Du silence ! et songe à ta parole.