‹ Œuvres choisies (volume 2)Chapitre 44 sur 535 · SCÈNE VII · texte numérisé non relu

SCÈNE VII

POLIGNI , DORBEVAL ; madame DORBEVAL , madame de BRIENNE , arrivant du grand salon : elles sont prêtes à sortir.

POLIOM, se contraignant , et toujours retenu par Dorbeval , qui lui fait

signe de se taire.

II parait que ces dames se disposent à sortir.'

MADAME DE BRIENNE

Oui , je ne connais plus Paris , et je m'apprête à admirer ?

POLir.M.

Il vous paraîtra peut-être moins agréable que Saint-Pétersbourg ?

MADAME DE BRIENNE

J'en doute, (le regardant) car je ne trouverais pas à Saint-Pétersbourg ce que je peux voir ici. Monsieur est-il assez aimable pour nous accompagner ?

POLIGNI, à madame de Rrlenne.

Tout autre cavalier vous plairait peut-être davantage ; mais en son absence , je suis trop heureux de pouvoir m'offrir.

DORBEVAL , bas , à Poligni.

Prends donc garde !

MADAME DE BRIENNE , souriant.

De qui voulez-vous parler ? je n'y suis pas.

POLIGNI.

Vous m'entendriez mieux, sans doute ; si monsieur de Nangis était ici.

MADAME DE BRIENNE, étonnée.

Monsieur de Nangis !

MADAME DORBEVAL, à part.

0 ciel !

DORBEVAL, bas.

Tu vas me compromettre.

POLIGNI, de mérae.

Eh , non ! morbleu ! ne crains rien... ( Haut. ) Oui , madame, des personnes dignes de foi, et qu'il est inutile de vous nommer, m'ont assuré que vous, madame , qui , depuis trois ans , prétendiez avoir dédaigné tous les vœux , tous les hommages , vous n'aviez pas été insensible à ceux de monsieur de Nangis ; que vous lui aviez même permis de vous écrire.

MADAME DORBEVAL , vivement.

Lui ! jamais ! Qui a pu vous abuser ainsi?

MADAME DE BRIENNE , la retenant.

Y penses-tu?

DORBEVAL.

C'est étonnant comme les femmes se soutiennent entre elles ! c'est même effrayant!

POLIGNI.

Je ne prétends point récuser le témoignage de madame ; mais il est des gens qui , aujourd'hui même , assurent avoir vu entre vos mains...

DORBEVAL, voulant l'arrêter.

Poligni !

POLIGNI, hors de lui.

Et pourquoi feindre plus longtemps ? Eh bien , oui ! je sais tout , il m'a tout appris. Il faut que mon sort se décide, et il va dépendre d'un mot. Cette lettre h qui était-elle adressée ?

MADAME DOUBEVAL, pr^te à se trahir.

A qui ?

MADAME DE BRIENNE, l'arrêtant et s'adressant à Poligni. A moi , monsieur.

POLIGNI.

Vous l'avouez enfin !

MADAME DE BRIENNE

Et quand monsieur de Nangis m'aurait écrit , quand il m'aimerait, est-ce à dire pour cela que je partage ses sentiments, que je suis obligée d'y répondre ? Y a-t-il rien qui puisse juslilîcr cet éclat, ces emportements auxquels j'étais loin de m'altendre , et dont je rougis pour vous?

POLIGNI.

J'ai tort, j'en conviens; mais il est un moyen bien simple de détruire mes soupçons, et de me réduire au silence. Ne puis-j.e voir cette lettre ?

MADAME DORBEVAL, à part.

Grand Dieu !

Oui , sans doute, voilà qui concilie tout; car puisque malgré moi on m'a mis en jeu dans cette affaire , je ne suis pas fâché d'en être le médiateur. ( A madame de Brienne. ) Voyons , vous pouvez bien nous confier cet écrit, à moi du moins?

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