‹ Œuvres choisies (volume 2)Chapitre 455 sur 535 · ACTE 1, SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE 1, SCÈNE III

BOLlNGBRORli.

Très-bien.

MASIIVM.

VA qui vous rend encore plus jolie, si c'est possible.

AliKJAÏL.

■ Voilà pourquoi j'avais tant de peine à me décider... Enfin j'étais résolue,... lorsque hier au soir une voiture s'arrête à la porte; une dame en descend, c'était milady... « Bien des affaires trop longues à lu'expiiquer l'avaient retenue,... et puis elle ne pouvait sortir de chez elle à sa volonté,... et elle tenait cependant à venir elle-même s'acquitter... » Tout en parlant elle avait remarqué que j'avais eacoredes larmes dans les yeux, quoi([ue je me fusse hàlée de les essuyer à son arrivée. Il fallut bien alors lui raconter et ma détresse, et ma position, et l'embarras où je me trouvais!.,, elle avait tant de bonté-., et moi tant de chagrin!... Enfin, je lui parlai de tout, excepté de M. Masham,... et quand elle sut que je voulais, ce malin, me présenter chez la duchesse de Xorthumberland,... c'est elle qui me dit : « N'y allez pas, vous seriez trop malheureuse;... d'ailleurs la place est donnée... Mais moi, mon enfant, je tiens dans le monde et à la cour une maison assez considérable,... où, par malheur, je ne suis pas toujours la maîtresse;... n'importe, je vous y offre une place,... voulez-vous l'accepter.'... » Et je me jetai dans ses bras en lui disant : « Disposez de moi et de ma vie,... je n? vous quitterai |>lus, je partagerai vos peines et vos chagrins... — C'est bien, me dit-elle avec émotion; présentez-vous demain au palais, et demandez la dime dnit je vous donne le nom. — Elle écrivit alors sur le comptoir deux mots que j'ai pris, que j'ai là;.... et me voici.

MASHAJI.

C'est très-singulier...

BOLIXGBROKE.

Et ce papier, peut-on le voir?

ABIGAIL, le lui doniiant.

Certainement!...

lîOLIxr.BKOKE , souriant.

Ah ! ah ! rien qu'à sa bonté , je l'aurais devinée. ( A Ablgaï!. ) Ce mot a étéécrit devant vous, par votre nouvelle protectrice?...

Oui , vraiment... Est-ce que par hasard vous connaîtriez cette écriture ?

ROLINGBROKE, froidement.

Oui, raonenfant;... c'est celle de la reine.

ABICAÏL, avec joie.

La reine!... esl-i! possible?

MASHAM, de même.

Lareine VOUS donne une place auprès d'elle,... et sa protccUon !... et sou amitié !... Voilà votre fortune assurée à jamais !

BOUNGBROKE, passant entre eux deux.

Attendez, mes amis, attendez,-., ne vous réjouissez pas trop d'avance !

ABIGAÏL

C'est la reine qui l'a dit, et une reine est maîtresse chez elle!

BOLINGBROKE

Pas celle-là... Douce et bonne par caractère, mais faible et indécise, n'osant prendre un parti sans prendre l'avis de ceux qui l'entourent, elle devait nécessairement se laisser subjuguer par ses conseillers et ses favoris, et il s'est trouvé près d'elle une femme à l'esprit ferme, résolu etaudacieux, au coup d'œil juste et prompt, qui vise toujours droit et haut!... c'est lady Churchill, duchesse do Marlborough, plus grand général que~sonmarî lui-mëmë7pTus ad roite^û'inresrvâilfantrplus âmDrt'ieïïse'quMr'n'êsfTv'are, plus reine enfin que sa souveraine, qu'elle conduit et dirige par la main,... la main qui tient le sceptre.

La reine aime donc beaucoup cette duchesse .'

BOLINGBROKE

Elle la déteste ,... en l'appelant sa meilleure amie ,... et sa meilleure amie le lui rend bien.

ABIGAÏL

Et pourquoi ne pas rompre avec elle.^... pourquoi ne pas se soustraire à une domination insupportable .?

BOLINGBROKE

Cela, mon enfant, est plus difficile à vous expliquer.. Dans notre pays ,... en Angleterre, Mashain vous le dira, ce n'est pas la reine , c'est la majorité qui règne; et le parti whig, dont Marlborough est le clief, a non-seulement pour luil'armée , mais le parlement !... La majorité leur est acquise; et lareine Anne, dont on vante le règne glorieux, est forcée de subir des ministre? qui lui déplaisent, une favorite qui la tyrannise et des amis qui ne l'aiment pas. Bien plus,,., ses intérêts de cœur, ses désirs les plus chers l'obligent

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