SCÈNE VllI
ABIGAIL , MASHAM, BOLIXGBROKE.
BOLINCBROKE, l'apercevant.
C'est fait de nous!... Malheureux ! qui vous ramène?... pourquoi revenir sur vos pas?
MAStlAM , tranquillement.
Je ne suis jamais parti.
ABIGAÏL
Hier, cependant, vous m'avez fait vos adieux.
MASHAM.
Je n'étais pas sorti de Londres, que j'ai entendu galoper sur mes traces;... c'était un officier qui me poursuivait, et qui, mieux ■ monté que moi, m'eût bientôt rattrapé. J'eus un instant l'idée de me défendre;... mais déjà je venais de blesser un homme,... et on tuer un second qui ne m'avait rien fait,... vous comprenez... Je m'arrêtai et lui dis ( portant la main à son rpce.) : « Mon officier, je suis à vos ordres, — Mes ordres ! nie dit-il, les voici; » et il me remit un paquet que j'ouvris en tremblant.
ABICAÏL.
Eh bien !
MASIIAM.
Eh bien !... c'est à confondre!... c'était ma nomination d'officier dans les gardes.
BOLINGBRORE.
Est-il possible ?
ABICAÏL.
Une pareille récompense !...
MASHAM.
Après ce que je venais de faire. « Demain matin, continue mon jeune officier, vous remercierez la reine; mais aujourd'hui nous avons un repas de corps,... tous nos camarades du régiment; je me charge de vous présenter,... venez;... je vous emmène !... » Que répondre?... Je ne pouvais pas prendre la fuite;... c'était donner des soupçons, me trahir,... m'avouer coupable...
ABICAÏL.
Et vous l'avez suivi?...
MASIIAM.
A ce repas, qui a duré une partie de la nuit.
Malheureux!...
MASUAM.
Et pourquoi cela ;■
liOLlNGBROKE.
Nous n'avons pas le tenaps de vous l'expliquer ; qu'il vous suffise de savoir,... que l'homme qui vous avait raillé et insulté était Richard Boiingbroke , mon parent.
MASIIAM.
Que dites-vous.^
EOLINGBROIvE.
Que votre premier coup d'épée m'a valu soixante mille livres sterling de revenu; je désire que le second vous en rapporte autant... Mais en attendant, c'est moi que l'on a chargé de vous arrêter.
MASIIAM , lui préscnlant son épée.
Je suis à vos ordres.
BOLINGBROKË.
Eh non !... je n'ai pas de brevet d'officier h vous offrir,... ni do Tepas de corps...
ABIGAÏL
Heureusement,... car il vous suivrait.
BOLINGBRORE.
Tout ce que je vous demande , c'est de ne pas vous trahir vousmême... Moi, d'abord, je vous chercherai très-peu, et si je vous trouve , ce sera votre faute et non la mienne.
ABIG\ÏL.
Jusqu'ici , grâce au ciel , on n'a encore aucun soupçon , aucun indice.
BOLINGBnOKE.
Évitez d'en faire naître -, restez tranquille , restez chez vous , ne vous montrez pas.
MASHAM.
Ce matin il faut que j'aille chez la reine.
BOUNGBROKE.
Tant pis !
MASIIAM.
Déplus,... voici une lettre qui m'ordonne justement tout le contraire de ce que vous me recommandez.