‹ Œuvres choisies (volume 2)Chapitre 48 sur 535 · H ER M ANGE · texte numérisé non relu

H ER M ANGE

Oui , ma cousine , c'est comme je vous le dis , c'est votre mari , c'est mon tuteur lui-même qui vient de me l'annoncer : je Vciis me marier.

Je t'avoue que je ne m'y attendais pas.

HERMANCE

Ni moi non plus. Aussi cela produit un singulier effet,

MADAME DORBEVAL.

Tu as donc commencé enfin à réfléchir .'

HERMANCE

J'ai commencé par être enchantée. Jugez donc : moi, qui ai à peine dix-huit ans , c'est charmant ; je serai mariée avant Victorine et Louise, mes amies de pension, qui sont presque majeures et qui ont de plus belles dots que moi ! Aussi, vous sentez bien que j'ai accepté sur-le-champ.

MADAME DORBEVAL.

Et tu sais quelle est la personne...

IIERIIANCE.

Oh, oui ! je l'ai demandé tout de suite après.

MADAME DORBEVAL.

Tu connais son esprit , son humeur, son caractère?

IlEIîMAWE.

Oui, ma cousine : il est agent de change; il vient d'acheter la charge de monsieur Lajaunais, celui qui donnait de si beaux bais.

MADAME DORBEVAL.

Monsieur Lajaunais?

Je sens bien que , d'abord , nous ne pourrons pas faire comme lui ; car nous n'aurons que trente ou quarante mille francs par an. C'est exister, mais il faut cire bien raisonnable. Je ne donnerai que trois bals dans l'hiver, et nous n'aurons point de loges aux Bouffes la première année. Que voulez- vous? on vit de privations , quitte à s'en dédommager plus tard.

MADAME DORBEVAt.

Et ton futur?

IIERMVNCE.

Oh ! si vous saviez comme cela se rencontre ! c'est un bonheur admirable! Moi je voulais un établissement, ce qu'on appelle un mari ; et il se trouve que j'épouse quelqu'un qui me convient trèsbien , un homme charmant , très-aimable.

MADAME DORBEVAL.

J'entends : c'est déjà une inclination !

HERMANCE

Une inclination! oh non! Ce n'est peut-être pas~celui-là que j'aurais préféré. Mais il ne faut pas y penser; on ne peut pas tout avoir.

MADAME DORBEVAL.

Tu as raison, et pourvu qu'il te rende heureuse...

HERMANCE

S'il me rendra heureuse ! Mais j'y compte bien. Savez-vous que j'ai cinq cent mille francs de dot , et qu'il n'a rien que sa charge; ce qui est un grand avantage , parce qu'il n'aura rien h me refuser ; il sera obligé de faire toutes mes volontés , ou , sans cela , dans le monde on crierait aux mauvais procédés, n'est- il pas vrai ? Moi, d'abord , je le dirais partout.

MADAME DORBEVAL.

Yoilà déjà un commencement de bon ménage! Et le nom du

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