ACTE IV, SCÈNE II. C
POLIGNI , froidement.
Alors rien n'égale mon bonheur ; et j'aurai l'honneur de venir prendre jour avec madame , si toutefois cette alliance a aussi l'avantage de lui convenir.
MADAME DORBEVAL , avec ironie.
A moi, monsieur! Comment ne me plairait-elle pas.' Je connais depuis longtemps les brillantes qualités que l'on estime en vous. On me parlait aujourd'hui encore de votre franchise , de votre loyauté; une de mes amies , madame de Brienne...
POUGNI.
Madame de Brienne !
HERMANCE
Cette dame à qui monsieur de Nangis voulait parler , et qui a eu avec lui cette longue conférence. . .
rOLlGNl, vivement.
Ah ! il est resté longtemps ici ?
HEUMANCE.
Plus de trois quarts d'heure , lui qui n'avait pas trouvé un seul mot à m'adresser , et il parait qu'il n'avait pas tout dit , car vingtcinq minutes après son départ un domestique à sa livrée a rapporté ici une lettre.
POLIGNl.
Une lettre ! En étes-vous bien sûre.'
Qu'est-ce que je dis une lettre.' il y en avait deux : une pour madame de Brienne, et l'autre pour ma cousine. Vous savez , je vous les ai remises tout à l'heure , et vous les avez encore.
POLIGNl , avec ironie.
11 suffit. En remettant à madame de Brienne celle qui lui est adressée, je vous prie, madame , de vouloir bien lui faire part de mon mariage avec mademoiselle.
MADAME DORBEVAL.
Je n'y manquerai pas , monsieur. ( Bas, à iiermance.) Hermance, laissez-nous un instant.
HERMANCE , de même.
Est-ce que vous allez lui parler de la corbeille .'
MADAME DORBEVAL, de mémo.
Oui , sans doute.
HERMANCE , de même.
Je voudrais bien rester.
MADAME DORBEVAL , de même.
Du tout, ce n'est pas convenable.
HEKMANCE.
C'est cependant moi que cela regarde.
MADAME DORBEVAL.
Laisse-nous , te dis-je , je le veux.
IlERMANCE , à paît.
Je le veux ! toujours je le veux ! Ah ! le vilain mot ! qu'il me tarde d'être mariée pour l'employer à mon tour!
( Elle fail à Poligiii une gi-andc révérence , et sort par le grand salon. )