‹ Œuvres choisies (volume 2)Chapitre 55 sur 535 · ACTE IV, SCÈNE IV · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE IV

MADAME PE BRIENNE

C'est bien ce que je me disais : c'est plus noble, plus généreux ! Il y a cependant un certain plaisir à s'entendre appeler cruelle, inexorable, à se laisser prier, là, à genoux ! C'est bien le moins qu'il prenne cette peine-là, et nous verrons. Je ne réponds de rien quand il y sera.

MADAME DORBEVAL,

A la bonne heure .

MADAME DE BRIENNE

Mais tu es bien sûre au moins qu'il revient de lui-même, qu'il ne me croit plus coupable? C'était si mal à lui de m'avoir soupçonnée. Il est vrai que quand on aime bien ;... et puis la présomption était si forte! Je lui soutenais moi-même que j'étais infidèle, et malgré cela, j'aurais désiré qu'il me soutint le contraire, qu'il me le prouvât. En pareil cas, on n'est pas fâché d'avoir tort.

MADAME DORBEVAL.

Eh, mon Dieu! pour une femme en colère, je te trouve bien gaie !

MADAME DE BRIENNE

C'est vrai, je ne m'en défends pas, et j'ai peine à me taire; le bonheur est diffus, il cause beaucoup, si tu savais !

MADAME DORBEVAL, avcc inlérèl.

Qu'y a-t-il donc ?

MADAME DE BRlENîsE.

Un grand secret ! c'est-à-dire non : c'est connu de tout le monde ; mais un événement inattendu pour moi, un incident de roman, qui vient du ministère ! Ces indemnités dont ton mari parlait ce matin, cela me regarde, j'y suis comprise, non pas moi, mais monsieur de Brienne, dont je suis l'unique héritière.

MADAME DORBEVAL.

Il serait possible ! lui qui n'avait rien !

MADAME DE BRIENNE

Comment rien ? 11 avait un frère aine et deux oncles qui avaient eu le malheur,... non, je veux dire l'avantage de tout perdre à la révolution, et depuis leur décès, tous leurs biens, ou du moins la perte de ces biens appartient à mon mari, qui ne l'avait jamais réclamée, tu devines pourquoi .^ Mais aujourd'hui que cela rapporte, c'est bien différent! on a eu des mallieurs, on les fait valoir. Moi, je n'y aurais jamais songé; mais monsieur de Naiigis pense atout : il me donne avant de partir les renseignements, les

instructions nécessaires, il s'est déjà entendu avec le premier commis, et je n'ose te dire à combien ils évaluent ce qui doit me revenir.

MADAME DOREEVAL.

Qu'est-ce donc ?

MADAME DE BRIENNE

Huit ou neuf cent mille francs.

MADAME DORBEVAL.

Une pareille fortune ! quel bonheur !

MADAME DE BRIENNE

Oui, tu as raison : quel bonheur de la lui offrir! SCÈNE V.

LES PRÉCÉDENTS; POLIGNI, qui eutre en rcvaat.

Tais-toi, le voilà !

MADAME DE ERIEINNE.

Crois-tu que je ne l'aie pas vu?

MADAME DORBEVAL, bas.

Ne lui fais pas acheter trop cher son pardon; il a l'air si repentant, si malheureux!

MADAME DE BRIENNE, voulant courir à lui, et s'arrctant. Malheureux! tu crois.'

MADAME DORBEVAL.

Je vois que ma présence pourrait gêner ta sévérité; je vous laisse.

MADAME DE BRIENNE

Ah ! tu l'en vas? ( Lui serrant la in;iin.) Je te remercie.

( Madame Dorbeval sort. )

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