SCENE Yl
moustaches qui me déplaisent. Est-ce que tu prendras des moustaches ?
KDOLAUn.
Comme vous voudrez , ma marraine.
CAnOLlNE.
Au fait , si elles ne sont pas trop exagérées... 11 me semble déjà te voir, sur un joli cheval.
IJDOIARD.
Oui , le sabre à la main , au milieu de la mêlée , gagnant mes épaulettes de capitaine et puis celles de colonel ; car je les aurai, je vous le jure , à moins que quelque boulet... et encore, qu'importe ?
(11 se lève.) Ail' : Bouton de rose.
Pour ma marraine, On peut braver ces dangers-là; Et colonel ou capitaine , Ah ! mon dernier soupir sera Pour ma marraine.
CAROLINE, se levant aussi.
Du tout , du tout ; moi qui ne pensais pas qu'on pouvait se faire tuer. Je veux un état oii il n'y ait pas de risque à courir : notaire ou agent de change, on ne risque rien... que de s'enrichir.
ÉDOLARD.
Et moi, je ne veux pas.
CAROLl.NE.
Qu'est-ce que c'est que ce ton-là.^... C'est à moi de commander.
EDOUARD
Je le sais bien , ma marraine ; mais je ne veux pas être dans les affaires : je ne veux pas ressembler à M. de Jordy, votre avoué , que je ne puis pas souffrir avec son air empesé. ( H contrefait M. de Jordy.) « Eh! madame, l'affaire est des plus majeures. »
CAROLINE
Oh ! que c'est bien cela! et la prise de tabac, qui termine chaque période. (Imitant de même M. de Jordy.) « Et j'ai dit à monsieur le « président... »
EDOUARD
Ah ! c'est lui-même ! je crois le voir.
CAROLINE
N'est-ce pas?
EDOUARD
Recommencez donc , ma marraine , je vous en prie.
CAROLINE
Du tout, monsieur; c'est très-nia! à vous de vous moquer d'un homme respectable, d'un homme de talent , qui a ma confiance; et là-dessus je ne céderai point à vos caprices , parce que j'ai une volonté ferme et inébranlahle ; et si cet état-là ne vous convient pas, je vous en donnerai un autre, car je le veux,
ÉnOUARD.
A la bonne heure ; et moi , je promets de vous obéir en tout , de suivre en tout vos conseils.
CAROLINE, allant vers le guéridon.
Et c'est ce que tu as de mieux à faire , parce que, vois-tu , ( prenant par distraction la raquette qui est sur le guéridon) à ton âge on lie
réfléchit pas encore... Au mien on est raisonnable. Je t'ai observé, je te connais, tu es un peu étourdi.
EDOUARD
Ah , ma marraine !
CAROLINE
Oh ! tu es étourdi, conviens-en ; tu as un excellent caractère , mais tu es bien jeune; tu ne peux pas t'occuper deux minutes de suite d'une chose sérieuse. ( raisant sauter machinalement le volant .sur la raquette. ) Le moindre objet de distraction , ( Edouard va prendre une raquette qui se trouve sur une chaise à gauche) et VOici Cependant le moment de renoncer à tout cela.
ÉDOIARD.
Oui, ma marraine.
CAROLINE
C'est essentiel ; parce qu'il y a tant de gens dans le monde qui vous jugent sur l'apparence , et qui , à la moindre étourderie...
( ¥A\c lance le volant ; ils jouent. ) Air de Marianne.
Il faut sur soi veiller sans cesse.
— Ne le lance donc pas si fort.
EDOUARD
J'en veux croire votre sagesse.
— Je l'ai jeté trop loin encor.
GAROLfîiiE.
Que ta conduite.. .
— Va donc moins vite.
De tous mes soins me récompense un Jour.