‹ Œuvres choisiesChapitre 176 sur 446 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

JULIE, à droite, travaillant; de l'autre côté, GÉRARD, aciievant de s'habiller devant son miroir.

GÉRARD

Femme , serre mon gilet et ma carmagnole , et donne-moi mon uniforme ; voilà bientôt l'heure.

JULIE

Tu vas déjà à la section ?

GÉRARD

II le faut bieuj je suis de garde.

JLLIE.

Quand je ne te vois pas, je tremble toujours.

CFRARD.

Et voilà le mal; il faut du ca'ur, de la fermeté. Si dans ces jours de terreur les honnêtes f^ens se soutenaient, ils seraient les plus forts; car, quoi qu'on en dise, ils sont encore les plus nombreux : mais ils s'en vont , ou ils se cachent , alors les autres se montrent ; c'est tout naturel.

JULIE

Et toi , qui t'exposes tous les jours.

CliuAIîD.

Moins que tu ne crois ; ils sont encore plus bétes que méchants, si c'est possible. Perruquier patriote, mon peigne et mon civisme nie donnent accès chez tous leurs gros bonnets. Grâce à mon jargon patriotique , je passe pour un chaud , même aux yeux des plus ardents; ce qui m'a mis en haute estime auprès de nos Arlstidcs du faubourg Antoine. Sans qu'ils s'en doutent , je leur ai fait faire plus d'une bonne action, dont ils sont innocents, et qui leur comptera peut-être un jour comme s'ils l'avaient faite exprès.

jii.ip:.

Toi qui sais toutes les nouvelles, en as-tu de la famille Surgy ?

GKRAKl).

Tous proscrits, dispersés. Le marquis a émigré , et sans doute dans ce moment il est à Coblentz.

JULIE

Et son frère , le chevalier .' Au moins celui-là ne doit avoir rien à craindre. Depuis son retour d'Amérique, il a toujours continué de servir en France. On l'a vu , dans les jours de péril , s'armer pour la défense du trône, et plus tard pour celle de nos frontières, où il a fait des prodiges de valeur, remporté des victoires.

GÉRARD

Mais dans ces temps-ci, cela ne suffit pas.

JULIE

Que veux-tu dire ? et d'où viennent ces tristes pensées ? Qu'astu donc.^

GÉRARD

Rien.

JULIE

Aurais-tu encore des soupçons contre lui ?

Moi! soupçonner notre ami, notre bienfaiteur, celui à qui je

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