‹ Œuvres choisiesChapitre 177 sur 446 · SCÈNE · texte numérisé non relu

SCÈNE

dois tout ! et que pourrais-je lui reprocher? De l'avoir ainaée? c'est si naturel ; moi-même je t'aime comme le premier jour. Dans cette misérable boutique, si peu faite pour toi , quand je suis occupé après une pratique, je m'arrête souvent pour te regarder avec admiration , et si j'osais, je me mettrais à genoux devant toi ; mais un mari , ça serait suspect.

JULIE

Et de ce temps-ci , il y a du danger à être dans les suspects.

r.KRARD.

Oui, vraiment.

JULUÎ.

Aussi , et s'il est vrai que lu m'aimes , dis-moi la vérité , il y a quelque chose que tu médites, et que tu me caches.

GKRARD, embarrassé.

Moi !

JILIE.

Oui ; cette nuit, tu t'es levé sans bruit, tu es descendu ici, dans la boutique; je t'ai entendu parler à voix basse avec quelqu'un. Est-ce quelque danger qui nous menace?

GKUARD.

Non, sans doute.

JCUE.

N'importe, je veux tout savoir; as-tu des secrets pour moi ?

(.KRARD.

Non... mais attendons à ce soir... ce soir... je te dirai tout, et tu m'approuveras, je l'espère; mais c'est à cause de cela qu'il faut absolument exécuter le projet dont je le parlais l'autre jour.

JDLIK.

Quoi ! encore ce divorce ?

ci';rard.

11 n'y a que cela qui puisse me rassurer. .Te connais ta tendresse ; tu es sûre de mon amour; rien ne nous empêche de divorcer avec confiance , pour quelques jours seulement. jiLu:.

Tu as beau dire , je ne pourrai jamais m'habituer à cette feinte.

fitRARl».

Il le faut cependant; il faut prendre garde d'être soupçonné par cette foule d'agents secrets qui circulent dans Paris; tant de gens croient se sauver eux-mêmes en dénonçant les autres, que la délation est à l'ordre du jour.

202 AVAiNT, PENDANT ET APRÈS.

JLLIE.

Oui, les hommes comme ce misérable Gûl)erville.

l.tKAr.D.

Songe donc que nous sommes presque les seuls du faubourg qui restions unis : ça peut nous faire du tort; si ces coquins- là se doutent que je suis un bon mari et un honnête homme, ils n'auront plus confiance en moi.

JILIE.

Je le crois bien.

GÉRAKD,

Cessant d'être initié à leurs conciliabules , je ne saurai plus rien de ce qu'ils projetteront ; et dès lors il me sera impossible de faire prévenir les braves gens de ce qu'on trame contre eux. Et puis, étant étrangers l'un à l'autre... (a pari.) Si je suis pris, elle ne sera pas comprise.

JLLIE .

Que dis-tu?

GÉRARD

Je disque, séparée de moi, tu n'as rien à craindre; on respecte encore les femmes divorcées. Ainsi, c'est décidé, dès ce soir...

Jl'LlE.

Tu le veux?

GÉRARD

Ce temps-là ne peut pas durer, et dans quelques jours je t'épouserai en secondes noces. Adieu, ma femme, voilà l'heure qui sonne à l'horloge de la municipalité. Soigne notre ménage , garde notre boutique, je vais garder la nation.

( 11 va prendre son fusil à gauche; il embrasse sa femme, et sort.)

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