LE GÉNÉRAL , M. DE GOBERVILLE
UN DOMESTIQUE, auiioncaut.
M. le baron ilc Goberville.
LE GÉNÉRAL
Qu'il entre.
M. DE COBERVILLE , saluant le général, après un moment de silence.
La Providence, dont les desseins nous sont cachés, a sans doute eu ses raisons , monsieur le général , pour que nous nous retrouvions enfin , après un laps de tenaps aussi considérable.
LE GÉNÉRAL
Oui , voilà vingt années à peu près que je n'avais entendu parler de vous.
COBERVILLE.
Vous devez me trouver bien changé ?
LE GÉNÉRAL
Je désire pour vous que cela soit.
COBERVILLE.
Et moi , s'il y a eu jadis entre nous des motifs de ressentiment , des sujets de haine, je désire, monsieur le général , qu'ils soient bannis de votre mémoire comme je les ai effacés de la mienne.
LE GÉNÉRAL
Quoi ! vraiment ! vous avez eu la bonté d'oublier tout ce que...
COBERVILLE.
Qui de nous, monsieur, n'est sujet à l'erreur? Mais on est souvent plus méritoire par la réparation qu'on n'avait été coupable par l'offense; et il me semble , monsieur le comte , qu'en donnant à mon neveu et à mademoiselle votre fille une partie de mes biens...
LE GÉNÉRAL
Cela vous rend, aux yeux du monde, paisible possesseur du reste : c'est comme si je vous en donnais quittance dans l'opinion publique.
GOBEKVILLE.
Quand on a des places , de l'argent , de la réputation auprès de certaines personnes qui ont daigné m'admettre dans leur intimité, et de l'estime dans plusieurs journaux, où je travaille incognito, on tiendrait à avoir un peu celle du public; et le mariage de mon neveu avec mademoiselle votre fille peut seul me la procurer.
24 i AVANT, PENDANT ET APRÈS.
Lt; GÉNÉKAL.
Air : Ce modeste habit de village.
Quoi! vous aussi, de la publique estime Malgré votre or vous sentez le besoin ? ( A part. )
De notre âge, éloge sublime ! ' Si le vicomte en était le témoin...
Oui , cVsl l'honneur que seul on considère; Et dans notre siècle à présent ,
L'estime publique est si chère, ( Montrant Goberville. ) Qu'il n'en a pas même pour son argent.
GOBEKVirXE.
Alliance honorable pour moi , j'en conviens , tuais qui, aujourd'hui peut être utile pour vous.
LE GÉNÉRAL
Comoaent ?
GOBERVILLE.
Dans ce moment, vous éles comme moi sur les rangs pour la députation.
LE GÉNÉRAL
Vous, député!
GOBERVILLE.
Pas encore , mais c'est arrangé. Eh bien ! nous pouvons l'élre tous les deux.
^ LE GÉNÉRAL
Que voulez-vous dire ?
GOBERVILLE.
J'ai fait tant de bien depuis la clôture de la session , que ma nomination est sûre. J'ai pour moi les suffrages de tous les électeurs qui ont diné chez moi ; et si vous le voulez, leurs voix, dont je puis disposer, jointes à celles de vos amis , peuvent également assurer votre succès.
LE GÉNÉRAL , avec indignation.
Monsieur, j'aurais été disposé en faveur de votre neveu (et je n'en étais pas éloigné peut-être), qu'une telle proposition aurait suffi pour tout rompre entre nous.
Air : Au dieu d'amour, à la jeunesse.
Les honneurs plaisent à mon âge, Et je serais lier, j'en conviens , D'obtenir le libre suffrage