‹ Œuvres choisiesChapitre 220 sur 446 · ACTE !, SCÈNli I · texte numérisé non relu

ACTE !, SCÈNli I

la première fois , il n'y avait que moi ; car ma cousine Malvina était à Paris. A mon aspect il parut troublé ; toutes ses phrases , qu'il n'achevait jamais, étaient toujours précédées et terminées par un soupir; quand je le rencontrais dans le jardin, c'élait dans des allées solitaires , un mouchoir à la main , les yeux rouges , et un air de désespoir et dégarement qui me faisait peine et qui me faisait peur;... car il avait toujours l'air d'un roman,... mais d'un roman au cinquième volume ,... au moment des catastrophes.

CATHERlMi.

Voyez-vous cela !

MARIE

Mon oncle même s'en était aperçu, et ne nous laissait jamais ensemble; et un jour que j'étais à travailler, comme aujourd'hui, dans le salon , il prit une chaise , s'assit à coté de moi : « Marie , « me dit-il, Marie... « Il leva les yeux au ciel , laissa tomber sa léte sur sa poitrme, et la conversation en resta là.

CATHERIMÙ

C'était fort embarrassant.

Aussi , ne sachant que lui dire , je me mis à lui parler de foui le monde, de ma f.imille , de mon oncle Dubreuil. Je lui appris qu'il était le plus riche négociant de la Bretagne , qu'il adorait sa fille unique, qu'il s'occupait de son établissement; que ma cousine Malvina, qui était dans ce moment à Paris, chez une de nos tantes, aurait un jour une dot superbe ; tandis que rnoi, pauvre orpheline , élevée par les bontés de mon oncle, je n'avais rien à attendre, rien à espérer; et pendant que je parlais je voyais sur sa physionomie une expression toute particulière. Dansée moment on sonna le diner , auquel , contre son habitude , il fit le plus grand honneur; le soir, au salon , il prit du punch ; le lendemain, sa mélancolie était partie ; et quelques jours après il fit comme elle.

CATHERINE

Vraiment !

marie; Il allait à Paris, disait-il, pour des affaires importantes ; et cette année , au moment où on l'attendait le moins, il est revenu, toujours galant et empressé auprès de moi ; mais ce n'est que quand il y a du monde , et quand on nous regarde. catherise.

C'est singulier , et , en attendant ,

Air de Oui et Nui).

Il commande dans la maison , Plus haut que votre oncle peut-être.

MARIE

C'est bien vrai. (Elle va reprendre sun dessin. )

CATIlERINi;.

Pour prendr' chez nous un pareil ton , Après tout, est-il notre maître?

Quoique souvent il en ait l'air, A le servir qu'd'autres essayent; Je n'en suis pas , moi ; j'ai Tcœur fier, J'n'obéis qu'à ceux qui me payent.

Oui, madeinoisell', j'ai l' cœur fier, J'n'obéis qu'à ceux qui me payent.

MARIE

Ce n'est pas vrai ; car moi , qui n'ai rien , qui ne le donne rien...

CATnERINE.

Quelle difféi'ence ! Vous êtes mon enfant d'adoption , vous , et votre cousin Arved, que j'ai nourri, que j'ai élevé... (Regardant le dessin de Marie. ) Ah , mon Dieu ! ce dessin que vous faites là ! mais c'est lui ! c'est lui-même.

MARIE

Oui : d'après le portrait qui est là-bas dans le salon.

CATHEniNE.

Quelle différence! celui-ci est bien plus ressemblant.

MARIE

Tu l'as reconnu ; tant mieux. C'est une surprise que je ménage à mon oncle , pour sa fête. ( Elle se lève. )

Page 1