C.UHERIISE
Si je l'ai reconnu, ce cher enfant ! Depuis qu'il est parti pour l'armée , je n'ai plus que vous à qui je puisse parler de lui; car mademoiselle Malvina, la Pille de notre maître... ce n est pas ma faute si je ne la chéris pas autant que vous deux. Elle est bien aimable, bien brillante dans un salon ; mais , si j'étais homme, si j"étais à marier , si je voulais être heureux tous les jours, ce n'est pas elle que je choisirais : c'est vous.
MARir.
Y penses-tu , ma bonne Catherine.^ ne parlons plus de cela.
CATHERINE
Et pourquoi donc ?
ACTt; I, SCÈ.NE I. 253
MAKIE.
Parce que, probablement, je ne me marierai jamais; car, vois-tu bien, dans le temps où nous vivons, quand on n'a pas de dot...
CATHERINE
Est-ce que votre oncle ne vous en donnera pas une ?
MAlilE.
Je le crois ; mais , si j'accepte sa dot , il faudra, en même temps, accepter le mari qu'il me donnera; et je tiendrais à choisir.
CATBERISE.
C'est aisé.
MARIE
C'est selon; peut-être suis-je difficile. Non que je veuille, comme ma cousine , de grands sentiments, de grandes passions : je me rends justice, je suis peu faite pour les inspirer.
Air de la Robe et les Boites.
Pour jamais sortir de ma sphère ,
Je n'ai pas assez de (aïeuls ; C'est pour cela qu'il me faudrait , ma chère ,
Un mari comme je l'entend.s ,
Qui , me comprenant tout de suite,
Se contentât d'être chéri, Et voulut hien prendre pour du mérite
Tout l'amour que j'aurais pour lui.
Mais , pour cela , je lui voudrais un caractère, des qualités. ..
CATHERINE
Que vous avez rêvés.
MARIE
Non , que je connais , que j'ai vus quelque part. '
CVrHERINE.
Votre cousin Arved, par exemple.
MARIE
Mais, oui; si je choisissais un mari, je voudrais qu'il lui ressemblât. Il est si bon , si aimable! et je me dis souvent , ma bonne Catherine , que celle qu'il épousera sera bien heureuse.
CATHERINE
Et pourquoi ne serait-ce pas vous ?
MARIE
Y penses-tu ? Arved est déjà maître d'une fortune considérable, il fera un beau chemin dans le militaire ; mon oncle a des vues
•2Ji . MALVINA.
sur lui, j'en suis siuc; et moi, qui dois tout ;i ses bontés, pourrais-je penser à contrarier les plans de bonheur qu'il forme pour sa fille? Non, Catherine, qu'il n'en soit plus question : et comme Arved ne peut jamais être mon mari , eh bien ! je resterai demoiselle; il y a encore de vieilles filles qu'on aime bien, quand elles sont bonnes et pas trop ennuyeuses. Mais j'entends la calèche.
CATHERINE
C'est votre oncle qui revient avec M. de Barentin.
( Marie rentre dans la chambre à gaucbe, en emportant son carton de dessin. )