‹ Œuvres choisiesChapitre 225 sur 446 · ACTE I, SCENE IV · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE IV

une barrière : et matlemoiselle Mnlvina a voulu absolumcnl lui faire franchir celle de la cour ; je l'ai vue qui s'éloignait au galop pour prendre du champ.

il. DinRECIL.

Et vous ue vous y êtes pas opposé? vous n'êtes pas resté près d'elle.^

BAKEMIN.

L'empressement que j'avais de vous doinier le bras... el de revoir mademoiselle...

M. PIBREIJIL.

Eh! ce n'est pas de cela qu'il s'agissait! Courons vite... SCÈNE IV.

MALVINA, fu auiazoue et la cravache à la main; M. DLBIiELlL, BARE.NTI>f, MARIE.

Je le savais bien , qu'il m'obéirait.

M. DLBREllL.

Comment! celte barrière, tu l'aurais franchie?

MALVIXA.

Trois fois de suite; mon cheval ne s'est abattu qu'à la dernière.

M. DIBREIIL.

Imprudente que tu es ! Et il ne t'est rien arrivé?

MALVIXA.

J'étais à terre avant lui.

MARIE

Et tu n'as pas eu peur?

Si, un instant; mais il y a, dans le danger que l'on brave, une certaine émotion qui n'est pas sans plaisir.

M. ftlBREUIL.

Et tu n'as pas pensé à ton vieux père , qu'une pareille imprudence pouvait condamner à des regrets éternels !

Ah! vous avez raison; je me le reproche maintenant. Pardonnez-moi, mon père, cela ne m'arrivera plus.

M. DtBRELIL.

En attendant, c'est tous les jours quelque folie pareille. Depuis que je t'ai laissée faire ce voyage à Londres, tu as pris des manières anglaises , tu n'es plus de notre pays.

2j8 MALVI.XA.

".lAl-VlW.

Ah , mon peie !

M. DlBREllL.

Et noire pays en vaut bien un autre, entendez-vous, mademoiselle? Je ne suis pas un Anglais, je ne suis pas un milord , giàcc au ciel , car je ne les aime pas; j'ai fait ma fortune dans le comme, ce , je l'ai faite en France , et je ne me soucie pas de la manger en pays étranger : el ici , depuis quelque temps ,

Air : 11 rue faudra quitter rcmpirc.

On est plutôt à Londres qu'en Bretagne : Romans anglais, paris, course à cheval , Combats de coqs; enfin , dans ma campagne , On prend du thé, qui toujours me fait mal , Et que je hais par goût national.

Mais le Bordeaux , mais le Champagne même, C'est différent : ce sont mes vieux amis ; Et lier du sol qui nous les a produits. Lorsque je bois de ces bons vins que j'aime , Je crois ([ue j'uime encor plus mon pays.

BARE.NTIN.

Et vous avez raison, je partage vos sentiments.

M. DtBRElIL.

Je le sais, el mon vin aussi; car, chez moi, vous êtes le seul qui me teniez tète; mais, pour ma Hlle... ( Regardaut Miilviaa. ) Qu'est-ce que c'est? te voilà fichée ! Ce que je l'en dis , mon enfant , ce n'est pas pour te faire de la peine , c'est pour le monde , c'est pour les autres ; car, pour moi , je te trouve toujours bien , et je voudrais que chacun fut de mon avis : ainsi, voyons, ne me boude pas, et embrasse-moi.

MARIE, à part.

Je m'y attendais; c'est là la fin ordinaire de tous les sermons.

( Elle sort par la porte du fond. )

M. bCBREUlL.

Nous \oilà raccommodés, n'est-il pas vrai?

IIALVINA.

A uue condition, c^est que vous viendrez tantôt à cette partie de chasse où le nouveau préfet nous a invités.

M. DLBREUIL.

Comment! encore?

ACTK I, SCÈNli; IV. 25!)

MALVI^A.

Cette fois , c'est dans un but utile , une chasse aux renards : et vous viendrez , n'estil pas vrai, dans rintérct public?

M. DIIBREIIL.

Dire que je ne peux rien lui refuser, (Marie entre, suivie du domestique qui porte un guéridon sur lequel est le déjeuner.) Nous verrons...

Le déjeuner porte conseil ;... c'est pour cela que je voudrais bien le voir arriver.

Le voici , mon oncle.

M. DII5REUIL

Très-bien. Marie est une bonne (ille , qui est toujours ii son affaire.

MARIE, lui donnant les journaux.

De plus; voici vos lettres et vos journaux.

M. DUBREIIL, se mettant à table.

Plus tard , on ne peut pas faire tout à la fois.

BXRENTIN, de même.

Ne suis-je pas là? N'est-ce pas moi qui suis votre lecteur ordinaire?

M. Dl-liRElIL.

Vraiment, monsieur de Barentiu, vous tHes d'une complaisance... et de plus un homme universel; vous me lisez le matin, vous faites le soir ma partie de piquet...

(lisse mettent à tal)!o dan-) l'or J;c cuivaiiL : Carentin, Marie, M. Dubreuil , Malvina. ) MALViNA.

Ce ne sont pas les seuls services que monsieur vous ait rendus.

M. DEDREUIL.

Non, sans doute; et je n'oublierai pas que, l'année dernière, il s'est exposé pour moi avec une générosité...

BAUENTIN.

Je n'ai fait que mon devoir. ( A Marie, qui lui sert du thé.) Assez , assez de thé , je vous en prie. Ces spectacles de province sont si mal composés;... des jeunes gens de si mauvais ton;... et défendre un vieillard respectable qu'on insulte est une cause si belle... (à Malvina ) Je VOUS demanderai un peu de sucre... que j'ai été trop lieureux de venger vos cheveux blancs.

MALVlxNA.

Et vous ressentez-vous encore de la blessure que votre adversaire vous a faite ?

^.m MALyiNA.

lUP.F.NTIN.

Hcurouscmonl.

Air (le Tdrcnne.

Oui , de ce bras je suis encor malade.

M. DUCREUIL.

Kt c'est celui , je crois m'en souvenir, Que vous m'offrez toujours en promenade.

BARENTIN

C'est vrai ; mais, lier d'un si doux souvenir, Chaque douleur est un plaisir.

A cet honneur il a droit de prétendre ; Votre vieillesse à lui doit se lier,

Et sans crainte peut s'appuyer

.Sur le bras qui sut la défendre ,

Sur le bras qui sut la défendre.

liARENTlN.

Mademoiselle a raison : l'idée seule de votre amitié peut compenser les chagrins qui ont assailli le matin de ma vie.

MARIE

A votre âge , déjà !

Oui; jeune encore, j'ai appris le malheur; c'est même la senlo chose que je sache complètement.

MALYINA.

N'allez-vous pas lui rappeler de pareils souvenirs? Monsieur nous avait promis de lire les journaux, et les nouvelles sont si intéressantes !

MARIE

Surtout quand on est à cent lieues de Paris.

M. ni'BREllL;

Pour moi, depuis que les ennemis sont entrés en France, leur lecture me fait plus de mal que de bien. Je sais que la paix a été signée avec les monarques alliés, et que mon neveu Arved n'a été ni tué ni blessé; je n'en demande pas davantage.

BARENTIN

Voici pourtant des documents, des détails historiques sur les affaires du mois dernier, entre autres, sur la bataille de Montcreau.

MAI.VINA, demandant le journal à Barenlin. Ah! voyons. (Fiarcntin lui donne le journal. Elle lit. ) " Un dcS régi"

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