ACTE I, SCÈNE IV. 2Gl
« ments d'élite, vivement pressé par l'armée autrichienne, avait ordre de se retirer, et de faire sauter tous les ponts. Déjà les ennemis paraissaient sur l'autre rive , et, quoique le feu eut été mis, la mine ne partait pas encore. On ordonne à un soldit d'y retourner, et, prêt à obéir à cet ordre périlleux, il s'arrête un instant. — « A quoi penses-tu? lui crie le comte Duhreuil, son colo- « nel. — A ma femme et à mes trois enfants. Adieu, mon colonel, « je vous les recommande. — Tu as raison, s'écrie le comte Du- « breuil en l'arrêtant, donne-moi, je suis garçon ! » Et, saisissant la mèche enflammée, il s'élance sous une grêle de balles; et quelques minutes après le pont avait sauté.
M\RIE
Et ce brave colonel, que lui est-il arrivé.' en est-il revenu?
MALVhNA.
On n'en dit rien; mais, s'il a péri, je ne m'en consolerai jamais.
BARENTIN
V pensez-vous ?
Oui, monsieur; cela est si beau, si généreux... Sur un trait pareil, j'adorerais le comte Dubreuil. (ils se lèvent; le domestique emporte le guéridon. )
BAREMIN.
L'adorer? C'est un peu fort; et je vous conseillerais de vous en tenir à l'admiration, ce qui est bien assez.
M. DL'EREUIL.
Mais attendez donc... Dubreuil... il me semble que ce nom-là... ce doit être un de nos parents... il est vrai qu'excepté mon neveu Arved; ils sont tous dans le commerce.
MARIE
Et puis, le comte Dubreuil... Vous savez bien qu'il n'y a pas de noble dans notre famille.
M. DLBRELIL.
Air de Prcville.
Eh , oui ! c'est juste ; et puis , au bout du compte ,
Notre famille, on le sait bien , ]N'a pas besoin d'un baron ni d'un comte; Mais un bon cœur, mais un liomme de bien , Un tel parent ne gale jamais rien.
( Prenant le journal que lui donne Malvin.T.) Fier de ce titre où le courage brille , .SCRIBE, — T. m. -3
562 MâLVLNA.
Avec orgueil, cbez soi , dans sa maison , On le conserve , et c'est avec raison ; Car ce sont là des papiers de famille ' Qui valent bien les litres d'un baron.
(Il rend le journal à Marie.)
BARENTIN, passant auprès de Dubrcuil.
Je suis tout à fait de voire avis; car j'ai beaucoup connu le comte Dubreuil autrefois, quand j'étais à l'armée.
MARIE
Monsieur a été militaire?
EAREMI>'.
Oui, mademoiselle ; nous étions frères d'armes.
( Dubreuil va s'asseoir sur un fauteuil à gauche, et parcourt quelques lettres.) ÎIALTIXA.
Il serait vrai !