‹ Œuvres choisiesChapitre 255 sur 446 · BARENTIN, MALVINA · texte numérisé non relu

BARENTIN, MALVINA

BARENTIN

A qui en a-t-il donc, monsieur le général? Je ne révoque point en doute son mérile ; mais je sais qu'entre autres talents il a celui de me déplaire souverainement.

Que dites-vous ?

liARENTlN.

Vous étiez autrefois de mon avis , vous en avez changé ; je ne sais pas pourquoi, mais je me défie de ce cousin.

Lui , le plus généreux des hommes !

BARENTIN

Précisément; je me délie, chère amie, de l'affection soudaine que vous avez pour lui.

MALVINA , lluilLlce.

Moi 1 qui peut vous faire croire... ?

Pardon; quand on aime bien, quand ou aime réellement, la jalousie est si naturelle... Mais enfin, puisque j'ai le bonheur de vous trouver seule, parlons un peu raison. (S'asseyaot dans Ici'au-

leuii, pendant que Malvina reste debout à côté de lui.) Je Suis l'Ompu;

cette partie de chasse élait si fatigante et si ennuyeuse; et puis ces petits soins, ces aîtenfions conlinuelies auxquels je me suis astreint pour tout le monde... Jusqu'à celle pelile Marie, voire cousine , à laquelle il faut, de temps en temps , faire la cour, pour détourner les soupçons... Tout cela, chère amie, est terrible, surtout pour un homme marié , et je n'y tiens plus.

Autrefois , cela vous coûtait si peu I

BARENTIN , qui est toujours dans le tauteuil.

Vous l'exigiez, cela me suflisail , mais cela me coûtait beaucoup ; car, avant tout, la franchise; et c'est pour cela que la position n'est pas tenable , et offre même des inconvénients auxquels vous ne pensez pas. (il se lève.) Ainsi, aujourd'hui même, il faut tout déclarer à votre père.

292 MALYl.NA.

Moi! un pareil aveu :... Plutôt mourir.

BAREMIN.

Ce sont des idées ; on ne meurt pas... on ne meurt jamais... pour des affaires de famille; cela finit toujours par s'arranger, tandis qu'en gardant le silence... demain je pars, et alors que faire .^ quel parti prendrez-vous?

Celui de vous suivre, monsieur; c'est mon devoir maintenant. Je quitterai, avec vous, la maison parternelle, ma patrie, s'il le faut.

Une fuite! c'est très-bien, c'est très-agréable, et je vous en remercie; mais à quoi cela nous mènera-t-il ? En pays étranger, comme ailleurs, on est bien près du ridicule quand on u'a rien, et nous eu sommes là.

Eh, monsieur! qu'importe'

BAIiE.NTlN.

Il importe beaucoup. Il ne s'agit pas ici de romanesque , il s'agit de ménage; et en ménage, chère amie, il faut du positif.

Ce n'est pas là, monsieur, ce que vous disiez autrefois, quand vous méprisiez les richesses , quand vous vouliez vous ensevelir avec moi dans un désert.

BARENTIX.

Autrefois , certainement j'avais raison de le dire , et je le dirais encore, car je le pense toujours. Quand on s'aime bien, on peut s'aimer partout, dans un désert comme ailleurs. Mais s'il y a moyen de s'adorer ailleurs , chez soi , par exemple , dans un bon hôtel , avec cinquante mille francs de renies, où est le mal ? Soyez persuadée, chère amie, que cet amour-là est aussi réel , aussi durable qu'au autre ; peut-être davantage.

Ail' ; Ces postilious.

Je ne conoois , je n'entends l'existence.

Qu'en la parant des roses du plaisir.

Mais dans les maux, les travaux, la souffrance,

Passer ses jours 1 plutôt mourir.

Je n'y tiens pas , je suis prêt à partir. La vie en soi n'est qu'un ennui , ma chère ;

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