SCÈNE II
GERVAILT.
Elle coûte dix raille francs, monsieur, dix mille francs, écus.
DENNEYILLE.
Ce n'est rien.
GERVAULT.
Ce n'est rien à recevoir, mais quand il faut payer, ça fait Inen de l'argent.
DËNNEVILLE.
Je réparerai cela avec quelques économies. ( H serre l'écrin dans le tiroir de son bureau. ) J'ai deux chevaux anglais, que je veux vendre.
(Venant auprès de Gcrvault.) Surtout, du silence. GERVALLT.
Vous pouvez être tranquille. Mais voila ce qui me désole, monsieur; quand il y a dans un ménage le chapitre des dépenses secrètes , quand elles ne sont point tenues ostensiblement, et à parties doubles, cela va toujours mal.
DEiNN'EVlLLE.
Quelle idée !
GERVAILT.
Tenez , monsieur, voilà quarante ans que j'ai épousé madame (iervault. Elle n'était pas aimable tous les jours, vous le savez, mais c'est égal , je lui ai toujours été fidèle , sinon pour elle , du moins pour moi. Quand monsieur trompe madame , madame trompe monsieur. L'un va de son côté , l'autre va du sien. Il n'y a plus unité d'intérêts, ni de dépense; il n'y a plus d'accord, plus d'ordre et de bonheur. A qui la faute ? A celui des deux qui a commencé ; car, dans un ménage, dès qu'un et un font trois, Oii ne peut plus se retrouver.
DENNEVILLE.
Tu as peut-être raison.
CERVAULT, avec chaleur.
Oui, sans doute; et si vous voulez m'en croire...
( Edmond entre en ce moment. )