ACTE I, SCÈNE lll
comte de Villevallier, mon neveu , s'il était ici... Pourquoi n'y eslil pas? Pourquoi , depuis un an , nous laisse-t-il seules en ce château ?
BALTH\SAR.
Si mon maître le fait, c'est qu'il a ses raisons.
MADAME DARMESTIÈRES.
Vous les connaissez donc ?
BALTHASAR
Non : mais elles ne peuvent être que justes et convenables.
Air : Au temps heureux de la chevalerie.
Voilà pourquoi je pense au fond de l'àme Que votre niée' peut hlen , ainsi que vous , Aveuglément , et sans craindre de blâme , Se conformer aux ordr's de son époux.
Sans qu'ma raison ou mon cœur réfléchisse , Tout c'qu'il commande, à l'instant je le fuis , Car je suis sûr, pour peu que j'obéisse , D'rendre un service, ou d'répandr' des bienfaits.
MADAME DARMENTIÈRES.
Il suffit... Avez-vou:l été ce matin à la ville? Avez-vous fait les commissions de ma nièce ?
BALTHASAR
Oui, madame.
MADAME DARMENTltRES.
Y avait-il des lettres pour nous ?
BALTHASAR
Plusieurs : ainsi quelesjouriîaux... Pardon, je les ai là.
MADAME DARMENTIÈRES.
Et VOUS ne me les avez pas données !... Oii avez-vous la tête ? à
quoi pensez-vous? ( Elle prend les lettres, en ouvre une. ) Dieu ! l'écri-
ture de mon neveu !
BALTHASAR
C'est de lui, madame?... Madame, se porte- 1- il bien?
JLADAME DARMENTIÈRES, lisant.
Certainement.
BALTHASAR
Il ne lui est rien arrivé ?
MADAME DARMENTIÈRES, de même.
Du tout.
BALTHASAR
Dieu soit loue !... Ah ! que vous éles bonne !... Et après, madame, .iprcs ?... qu'est-ce qu'il dil ?
MADAME DAKMENTIÈRES.
Que ce soir il peut être ici.^
BALTHASAR
Vous ne me trompez pas?
JIADAME DAlîMENTlÈRES, vivement.
Voilà l'idée que je cherchais... Au milieu de la fête... l'arrivée d'un mari!... Surprise, coup de théâtre!... Il ne s'agit que de bien ménager cela , et je m'en charge... Pourvu que personne ne prévienne ma nièce.
BALTHASAR
Mon maître , mon cher maître !... Je veux être le premier à le recevoir... J'irai au-devant delui... Daignez médire par où il doit arriver.
MADAME DARMENTliiRES.
C'est inulile; je veux le plus grand secret... D'ailleurs, on aura besoin de vous ici , pour le service de la table , celui de l'oflice et l'inspection de l'argenterie.
BALTHASAR
Ah , madame ! grâce pour aujourd'hui.
MADAME DAUMENTliiRES.
Pourquoi donc ?
BALTHASAR
Air (Ju vatidoville de la Robe et les Bottes.
Vous savez bien que d'ordinaire Devant l'ouvrag" je ne recule pas ; Et j'ai gardé , quoique sexagénaire,
Du cœur, de la léle et des bras.
Mais prêt à r'voir mon maître , j'vous l'atteste , Par le bonheur je me sens oppresser; 11 m'ot' la force , et je veux qu'il m'en reste,
Ne fût-ce que pour l'embrasser.
MADAME DARMENTIÈRES , le regardant avec pitié.
Ces vieux domestiques sont si ridicules !
BALTILASAR.
Ce n'est pas une raison pour les tuer... ( Entre ses dents. ) S'il fallait tuer tout ce qui est ridicule...