‹ Œuvres choisiesChapitre 371 sur 446 · ACTE I, SCÈNE V · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE V

Air du Ménage de garçon.

En prison , ou bien aux galères , On l'eut envoyé tout d'abord ; Car il suflil, dans ces affaires , D'avoir un bon corrégidor.

GRINCHEUX

C'n'en est pas là chez nous eucor.

Dans notre pays , qu'est barbare ,

11 faut, pour qu'un homme ait des torts,

Trouver des raisons : c'est plus rare

A trouver qu'des corrégidors.

Il faut des raisons... c'est plus rare

A trouver qu'des corrégidors.

(Il passe auprès de sa femme. )

LÉOXE.

Il suffit... Je vous promets , ma tante , que vous aurez satisfaction... Mais comment cela est-il arrivé ?

MADAME DAUMENTIÈRES.

A propos de rien... au sujet de ces lettres qu'il m'apportait, et que je n'ai pas encore achevé de lire. En voici pour vous. (Elle remet des lettres à Léonie, et achève de parcourir celles qui lui restent. Lconie va s'asseoir auprès de la table à gauche. ) Celle-ci est de mou libraire , à

qui j'ai demandé des romans nouveaux... Il y a longtemps que je n'ai eu d'émolions fortes... (Prenant une autre lettre.) Celle-là... « A madame Joséphine Grincheux , au château de Villevallier. » Ce n'est pas pour moi.

JOSÉPHINE, se levant.

Ah , mon Dieu ! Balthasar se sera trompé.

GRINCHEIX , preuant la lettre.

Sans doute.

JOSÉPHINE , la lui reprenant.

Ce n'est pas pour toi.

(Madame Darmentières lit ses lettres tout bas, auprès de la table, adroite, ainsi que Léonie, qui est assise à gauche; Joséphine et Grincheux occupent le milieu de la sc^ne sur le devant. )

GRINCHEUX, à voiv basse, à sa femme.

C'est égal : je peux bien en prendre connaissance. JOSÉPHINE, troublée , et reconnaissant l'écriture, à voix basse aussi.

Du tout,... ce n'est pas nécessaire;... non pas certainement que j'y tienne en aucune façon...

(JRIXCHEUX.

Eh bien , moi, madame Grinciieux! j'y tiens beaucoup... Tout à l'heure je ne sais ce que vous avez dit ù mon cousin Baithasar;... mais il avait avec moi un air de compassion qui m'a déplu... (S'animant par degrés.) Je n'aime pas qu'ou me plaigne. JOSÉPHINE, de même.

Si VOUS en croyez Ballhasar, il brouillerait tous les ménages.

GRINCHEUX

Mais c'est égal ; je veux savoir pourquoi on vous l'adresse ici, au château.

JOSKPHINF..

Parce ciu'on sait que j'y travaille, ([ue j'y suis en journée.

GRINCHEUX

Voyons.

JOSÉPHINE

Vous ne la verrez pas.

LÉOME , avec impatience, et iutcrrompant sa lecture.

Qu'est-ce donc ?. . . Encore des disputes ! ... en vérité , je suis bien malheureuse;... même ici, dans mon intérieur, dans ce château où je vis presque seule, je ne puis avoir un instant de repos ni de tranquillité.

GKINCHEIX, remontant la scène, et allant auprès de Lèonie.

Pardon , madame la comtesse , c'est la faute de ma femme.

JOSÉPHINE

C'est la sienne.

GRINCHEUX

Elle ne veut pas me montrer cette lettre.

JOSÉPHINE

Pourquoi veut-il connaître mes secrets?

GRINCHEUX

Pourquoi en a-t-elle avec moi? Dès que dans un ménage il y a communauté, les secrets en sont; et si elle refuse , c'est qu'elle est coupable.

LÉONIE , vivement et avec agitation.

Coupable ! que dites-vous ?. . . qui vous donne le droit de l'accuser ?

GRINCHEUX

C'est elle-même... Moi, je ne demande pas mieux que do faire bon ménage , et d'être bon mari ; c'est dans ma nature., . S'il n'y a rien de mal dans cette lettre, qu'elle vous la montre. (Prenant

Joséphine par le bras, et la fais:int passer auprès de Léonie. ) Je m CQ

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