‹ Œuvres choisiesChapitre 4 sur 446 · SCENE II · texte numérisé non relu

SCENE II

AGATHE

Non, monsieur.

COIRTII-LE.

Il eu est cependant de fort aimables , ou du moins que l'on s'accorde à trouver tels. Que pensez-vous, pare.\eraple, de mon compagnon de voyage, de Gustave, mon neveu .^

AGATHE

Mais, monsieur...

COVltVil.LE.

Vous ne pouvez pas nier que ce ne soit un joli cavalier, un brave militaire, un caractère charmant.

AGATHE

Sans doute; mais je vous ai prévenu ({uc je disais toujours la vérité, et je trouve...

GOtlWILEE.

Vous trouvez... ;'

AGATHE

Je ne puis trop m'expliquer.

Air : Ainsi que vous , luadeinoisellc.

Son esprit plail; mais il sait trop d'avance Qu'avec plaisir cliacun va l'écouler ;

Pour sa gaieté, pour son aisance.

C'est un homme qu'on peut citer : •

Indiscret, frivole, agréable.

Sans rien sentir, toujours sur de charmer;

Enfin, monsieur, un liomme aimable :

Voilà pourquoi je ne saurais l'aimer.

GOURVILLE, à part.

Ah , diable! mauvais début.

AGATHE

Apres cela, c'est peut-être ma faute.

GOURVILLE

Non ,non, c'est la sienne; et je ne sais comment vous faire un aveu. (A part.) Ma foi , rendons-le intéressant à ses yeux , ou jamais je n'en viendrai à bout. ( Haut. ) Apprenez donc, madame ( mais surtout le plus grand mystère , car je trahis là un secret qui n'est pas le mien), apprenez que Gustave , mon neveu , vous adore.

AGATHE

Moi ! que m'apprenez-vous là?

GOURVILLE

L'exacte vérité. Jugez, après cela, si je peux pensera vous

épouser; si je peux , de gaieté de cœur, faire le malheur d'un jeune homme estimable, qui n'a d'autre tort que de vous aimer comme un fou.

AG.VTHE.

Je n'en reviens pas ! lui ! M. Gustave. Depuis trois jours qu'il est ici , à peine si je l'ai vu. Il passe toute la journée à la chasse.

COtUVILLE.

C'est que vous ne connaissez pas sa timidité, son caractère. Tenez, avant-hier, dans le salon...

A(;,VTHE.

Il n'y est apparu qu'un instant, et a été se coucher.

COIKVILLR.

Oui, parce qu'il y avait du monde, et qu'il ne pouvait vous parler. Mais hier...

AGATHE

Nous étions seuls.

Eh bien?

GOURVILLE

AGATHE

Air de la Robe et les Bottes.

Eh bien ! il semblait à la gène.

GOURVILLE

Quand on aime on devient tremblant.

AGATHE

Il me dit quelques mots à peine.

GOURVILLE

Votre aspect est très-imposant.

AGATHE

Enfin, monsieur, dans la bergère Il s'endormit.

GOURVILLE

En vérité?...

Ah ! c'est qu'il vous croit moins sévère En songe qu'en réalité.

Et puis d'ailleurs, vous vous êtes trompée , ce n'est pas possible.

AGATHE

J'en suis certaine.

GOURVILLE

Il faisait semblant ; mais enfin la vérité est que depuis trois jours je ne le reconnais plus. Il est triste, mélancolique.

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