‹ Œuvres choisiesChapitre 416 sur 446 · SCENE I · texte numérisé non relu

SCENE I

Air du vaudeville de Turenne.

Avec quelqu's millions clans mes poches ; Et je m'suis dit , les voyant s'amasser : J'ies ai gagnés , grâce au ciel , sans reprociies ;

Tâchons d'méme d'ies dépenser.

ÉLISE

Qui mieux que vous sut jamais les placer? Tous ces trésors, fruits de vos soins prospères, Vous les donnez à tous ceux qui n'ont rien.

i;iQUEBOLRG.

C'est assez juste, et l'on doit bien Quelqu' chose à ses anciens confrères.

ÉLISE

Et toute votre famille que vous avez prise avec vous !

RIQIEBOURG.

Par malheur, il n'en reste guère , les braves gens ne vivent pas longtemps ; Je n'avais plus d'autres parents que toi et ton cousin George , nous ne pouvions pas manger ça à nous trois ; et tout le monde me disait : « Marie-toi , Riquebourg, tu n'as encore que quarante-cinq ans : n'écoule pas tes années dans l'indifférence et le célibat. » Et ces idées me trottaient dans la tète, quand un jour j'aperçois une jeune personne ; ah, dame! celle-là, je me dis surle-champ : « Voilà ! c'est là le numéro qu'il me faut ; je n'en veux pas d'autre. » Mais , par malheur, c'était une comtesse ! une famille qui n'en finissait plus ; ce qu'il y avait de plus huppé et de plus fier dans le grand faubourg.

ÉLISE

C'était désolant.

lUQUEKOir.G.

Je crois bien ; mais bientôt d'autres informations ra'arrivèrent; j'appris qu'ils avaient été ruinés à la révolution! à la première;... et ça me rendit courage. Je me dis : Les millions en avant. ( Souriant. ) Ils ne furent point repousses parla famille ; au contraire, car, quoi qu'on en dise , les millions et les titres , ça va bien ensemble ; et dès ce jour seulement je commençai à être fier de la fortune que j'avais gagnée. Je rentrai chez moi, j'ouvris ma caisse; et, regardant avec orgueil mon or et mes billets de banque , je me dis : « Il y a donc du mérite là dedans , puisque je leur dois mon bonheur, puisqu'ils me donnent pour femme la plus jolie et la plus aimable flUe de Paris. »

476 LA FAMILLli RlQUliBOURG.

IXISE.

C'est bien vrai.

RiniEBOClîC.

N'est-ce pas ? que de vertus ! que d'esprit ! et elle a la bonté de m'aimer, moi qui ne suis qu'une bète auprès d'elle, moi qui, comme je le disais tout à l'heure, n'ai d'autre mérite que ma fortune. Aussi, je m'en console en mettant tout mon mérite à sa disposition. Par exemple , il n'y a qu'uue chose qui m'ait coulé pour lui plaire, c'est de ne plus faire ce qu'ils appellent des cuirs. A-t-il fallu du temps et de l'habitude! c'est la seule tyrannie que ma femme ait exercée sur moi. M'crapècher de placer des t et des s à ma volonté , c'était si absurde ! Car enfin , c'est moi qui parle : je les mets où je veux, je suis chez moi d'ailleurs; et cependant , même dans mon salon , je voyais tous ces beaux messieurs qui riaient aussi, sarpebleu!...

ÉLISE

Mon oncle !

RIQUEBOURC.

N'aie donc pas peur, ma femme n'est pas là ! Et quand je jurerais un peu le malin , à moi tout seul , je n'ai que ce moment-là. Aussi, j'ai pris en haine tous ces gens comme il faut , barons , ducs et marquis.

ÉLISE

Il y en a cependant qui sont si bien , et si aimables !

RIQIEBOIRO.

Tu en connais ?

ÉLISE

Oui , mon oncle. ^

RIQUEROIRC.

C'est possible : tu as, comme je le disais tout à l'heure , des connaissances que je n'ai pas;'mais sois tranquille , si je te marie jamais, ce ne sera pas de ce côté-là.

ÉLISE

Que dites-vous ?

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