‹ Œuvres choisiesChapitre 421 sur 446 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

GEORGE

Ce sont là ses nioinilres qualités, et il est impossible de voir plus de vertu unie à plus de raison ! Mariée par l'ordre de ses parents, dont cette union assurait la fortune , à un homnae dont les habitudes et les manières ne pouvaient sympathiser avec les siennes , elle ne s'est point dissimulé les difficultés de sa position. Elle a su en triompher, et , où d'autres n'auraient vu que le devoir, elle a su trouver le bonheur.

LE VlCOMTi:.

Vraiment !

GEORGE

Tout en souffrant , peut-être, du ton et des manières de sou mari, elle n'a point le tort d'en rougir. Elle le couvre de toute sa dignité , l'ennoblit à tous les yeux , et elle a pour lui tant d'estime, qu'elle force les autres à en avoir. ,

Air du Piégc.

Dans le monde il en est ainsi :

Quelques honneurs, quelque rang qu'il cumule, C'est par sa femme qu'un mari Est honorable ou ridicule.

Le public juste et circonspect.

Qui dans leurs rapports les contemple, A. pour le mari le respect Dont sa femme donne re\emple.

I,E VICOMTE

Elle l'aime donc P

Oui , sans doute; car elle aime , avant tout , son devou'.

LE VICOMTE

Et tu crois qu'elle est heureuse?

GEORGE

Dieu seul le sait. Mais elle semble l'être , et elle l'est en effet. Je sais bien que mon oncle est parfois brusque et colère , s'emportant aisément, s'apaisant de même. En un mot, c'est tout à fait l'homme du peuple, avec ses élans généreux et ses défauts habituels. Mais il est si bon pour sa femme , il a tant d'amour pour elle ! Oui , oui , c'est à coup sûr un bon ménage ! Et puis , il y a en elle un charme indéfinissable qui rend heureux tout ce qui l'entoure.

484 LA FAMILLE RIQUEBOURG.

LE VICOMTE

A qui le dis-tu ^ J'ai passé, l'été dernier, trois mois auprès d'elle, et je t'avoue qu'à la première vue la tète m'en a tourné.

GEORGE

Il serait possible !

LE VICOMTE

Eh bien ! qu'est-ce qui te prend ! Ne veux-tu pas empêcher qu'on adore ta tante ? Tu aurais du mal ; car je n'étais pas le seul. Tout ce qu'il v avait aux eaux d'aimable et de brillant n'a pas cessé de lui faire une cour assidue. Quant a. moi , plus sage qu'eux tous, j'ai vu , dès les premiers jours, que je perdrais mon temps , qu'il n'y avait rien à faire , et prudemment je me suis retiré.

GEORGE , lui prenant la main.

Ce cher Léon !

LE VICOMTE , riant.

Tu as l'air de m'en remercier, et je n'y ai pas de mérite. D'abord, elle m'en a su gré : j'ai gagné quelque chose dans son estime, ce qui était déjà me payer, et au delà , et puis ensuite, au lieu d'une passion insensée qui m'aurait rendu coupable ou malheureux, j'ai trouvé près d'une autre cet amour pur et véritable que uul remords ne trouble , que nulle crainte n'empoisonne , et qui , désormais , fera le charme et le bonheur de ma vie ; en un mot , je veux me marier.

GEORGE

Toi, mon ami? je t'en fais compliment, et plus encore à celle que lu as choisie.

LE VICOMTE

Eh mais ! tu la connais.

GEORGE

Moi?

LE VICOMTE

Oui , et peut-être n'est-ce pas sans intérêt personnel que je te raconte tout cela. Il y a deux ans , j'avais rencontré dans quelques salons une jeune personne charmante, mais sans éducation, sans tournure, tout à fait étrangère aux manières du monde , où, s'il le faut dire, elle était même un objet ridicule; car j'étais le seul qui, plusieurs fois, eût pris sa défense, et depuis, j'ignorais ce qu'elle était devenue, lorsque celte année, aux eaux d'Aix, je la retrouve, et imagine-toi, mon ami , de la grâce, de l'aisance, une

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