LES PRÉCÉDENTS ; GUSTAVE
GUSTAVE
Bonjour, madartie , bonjour, mon cher oncle. Il parait qu'on ne songe pas à déjeuner, car la salle à manger, que je viens de traverser, offre l'image d'une vaste solitude.
ACATHE.
Nous avions fait hier, avec monsieur votre oncle , la partie d'aller déjeuner à une demi-lieue d'ici, près de la fontaine.
GOIRVILLE.
Oui, un déjeuner dinatoire , sur les deux heures.
GISTAVE.
A deux heures ! je n'irai jamais jusque-là. (A GourviUe, qui lui fait des signes.) Vous avez bcau hausser les épaules ; vous , mon cher oncle , cela vous est égal ; vous avez un sommeil parisien : vous vous levez à midi, et qui dort déjeune ; mais moi, qui ai devancé l'aurore...
AGATHE
Quoi , monsieur!...
GUSTAVE
Oui , madame , à quatre heures du matin je courais les champs.
COUR VILLE
Je vous le disais bien, il ne dort plus.
8 L'UKRITIÈRt:.
CLSTAVL'.
11 est vrai que c'est la faute de votre jardinier. Je lui avais dit de me réveiller entre six et sept, ce qui était raisonnable, et le matin , se rendant à l'ouvrage, il me crie , en cognant à mes carreaux : << Monsieur, dépéchez-vous, vous n'avez i)lus que deux heures à « dormir. « Le moyen de résistera une pareille attention .' .l'élais furieux ; car jamais, je crois, je u'ai eu un si bon sommeil et un plus joli rêve.
AG \THE
Vous rêviez ?
(:lsTA^E.
Oui, madame.
<;OLR VILLE, .i pnrl.
A la bonne heure , au moins.
GLSTAVE.
Air des Filles .i marier.
Je me voyais sur le champ de bataille , Autour de moi le combat s'engageait; Un grand hussard, et d'estoc et de taille.
Avec audace me chargeait Mon sang coulait : la fureur me dévore, Le bras tendu, droit sur mou élrier, J'attaque en flanc le farouche guerrier; J'allais frapper. .. et s'il existe encore. Il doit la vie à votre jardinier.
Oui : il est venu m'enlever une victoire certaine. De rage, je suis saule sur mon fusil de chasse, qui était sous ma main.
AG.VTilE.
Ah , mou Dieu !
CISTAVE.
Et à défaut de grenadiers ennemis , j'ai couché sur la poussière quatre perdreaux, un lièvre et un lapin ci-inclus, que j'ai l'honneur de vous offrir comme trophées de ma victoire. (Il met sa carnassière sur la table, et eo tire le gibier.)
ACATflE , bas, à Gourville.
Rassurez-vous , j'avais raison , il est fort gai et fort aimable ; mais pour amoureux , non.
COURVILLE
Vous avez tort, c'est une gaieté factice. Il est piqué contre vous, et il veut à son tour jouer rinùifféreuce.