‹ Œuvres choisiesChapitre 90 sur 446 · SCENE ir · texte numérisé non relu

SCENE ir

cÉciLi:.

Je dis cela en général.

DE JORDY

J'espère bien, en effet, qu'avec lui il n'}' a rien do particulier; «arje tiens à ce que tu fasses un beau mariage. Je te donnerais bien une dot, parce que je suis bon frère, et que d'être avoué, ça n'empêche pas les sentiments. Malheureusement, j'ai besoin de mes capitaux pour une spéculation que je médite... un mariage. cÉciLr.

Vraiment... vous!..,

DE JOr.DV.

Oui. Je voudrais épouser quelque bon million; il y en a encore à marier, ce quime donnerait alors le moyen de l'établir toi-même. Regarde donc ce magnifique château, situé à douze lieues de la capitale... ( Cécile va regarder par la porte dti fond, et en revenant sur le devant du tlic.âtre elle se place à la droite de M. de Jord} .) Un beau parC, de belles eaux, une habitation de prince; il me semble que cela conviendrait assez à un avoué qui se relire. Est-ce que tu ne trouves pas ?

CECn.E.

Comment! vous auriez des vues sur madame de Néris? une petite veuve de dix-neuf ans, vive , légère, capricieuse ! Et puis elle est si riche !

DE JOUDV.

C'est justement pour cela. Filled'an gros raanufacluricr, veuve d'un de nos premiers commerçants, elle réunit sur sa tête une fortune si considérable , qu'elle ne la connaît pas elle-même ; l'administration seule de ses biens est un immense travail , et elle ne songe qu'au plaisir. Elle est réellement malheureuse dès qu'on lui parle d'affaires, et je lui en parle toute la journée.

CÉCILE

Une jolie manière de lui faire votre cour!

DE JOKDV.

Oui, sans doute, cela l'effraye. Il faudra qu'elle m'épouse pomme fermer la bouche, et qu'elle se trouve trop heureuse de prendre un mari qui la débarrasse de son homme d'affaires.

Air de Tnrenne.

D'un séducteur ([ui chercherait à plaire , Elle pourrait se délier ici ; Mais prudemment je fais tout le contraire, Et je la veux séduire par eunui.

CÉCILE

Lui faire la cour par onnui.

DE .lORnv.

Par là, (lu moins , j'aurai la préféronce. Et je me vois sans rivaux.

CÉCILE

C'est douteuv, Car maintenant , dans le genre ennuyeux , On trouve tant de concurrence !

DE JORDV, vivement.

Aussi, je me suis bien gardé de la laisser à Paris. Je lui ai per« suadé de venir dans cette terre , où je lui fais la cour tout seul et à mon aise.

CÉCILE

C'est singulier, hier toute la journée elle n'a fait que bâiller.

DE JORDY, avec jnic.

C'est cela même ; commencement de mon système ! Mais ce qui me contrarie encore, c'est ce petit Edouard, son {illeul, que je n'ai pas inviléet qui vient d'arriver.

CÉCILE

Où est le mal? Un lilieul peut bien venir sans façon chez sa marraine.

DE JORDV.

Oui ; mais quand le filleul et la marraine sont tous deux, du même âge, quand ils ont à peine dis-neuf ans...

CÉCILE

N'avez-vous pas peur de celui-là .^ Le lils d'un soldat ! un pauvre orphelin que les anciens maîtres du chùteau ont recueilli et fait élever à leurs frais.

DE JOUDY.

Non, certainement; mais ce petit gaillard-là a un air goguenard- A peine sorti du collège, il se moque déjà de moi; je ne sais pas mainlenant comment on élève la jeunesse.

CÉCILE, regardant par la porle du fond qui donne sur le jardin.

Voici madame de Néris : elle vient de ce côté , un livre à la main, et elle baille encore.

DE JORDY

Peut-être qu'elle pense à moi. Le moment est favorable. (A Cécile.) Laisse-nous.

(Cécile cuire dans la chambre à droile. )

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