SCENE V
CIIAMPENOLX.
Oui, ma marraine ; comme j'étais le fils de la maison , ça m'est revenu... C'est toujours comme ça dans la loi, n'est-il pas vrai?
CAROLIXF..
Sans contredit.
CIIAMPENOIX.
J'ai aussi mon cousin Thomas, le plus riche cultivateur du pays, dont , grâce au ciel , je suis l'héritier.
CAROLISE.
Ah, oui... cet honnête Thomas... un ancien soldat, le parrain d'Edouard ; car c'est lui qui l'a tenu avec moi , qui a été mon compère... Comment se porte-t-il?
CIIAMPE.NOUX.
Vous êtes bien bonne , ma marraine... Il est mort , il y a un an.
CAROLINE
Ah! mon Dieu!... il y a si longtemps que je n'étais venue dans cette terre... Ce pauvre homme! il avait pourtant l'air jeune encore.
CIIAMPEXOUX.
Il n'était pas vieux , si vous voulez ; mais il avait fait son temps... Il avait servi à l'armée avec le père d'Edouard , un troupier comme lui; et c'est à ce sujet que je voulais vous consulter, parce qu'il y a quelque temps, en cherchant dans ses papiers, j'en ai trouvé un qu'on m'a dit être un testament , et dans lequel il donne tout son bien... trois mille six cent cinquante francs de rentes, en bonnes terres, à M. Edouard , son filleul.
CAROLINE
Et tu ne le disais pas !... Ce pauvre Edouard , qui, par fierté , maintenant ne veut plus rien recevoir de moi... C'est une fortune pour lui, une fortune légitime... c'est presque un patrimoine... Mais , quand j'y pense , toi , mon garçon , qui étais l'héritier naturel , cela doit te chagriner.
CHAMPENOUX .
Non, vraiment; je n'ai pas si mauvais cœur... Un parrain ou une marraine peuvent donner tout ce qu'ils veulent à un filleul... Là-dessus, faut les laisser faire , n'faut pas les contrarier... Ce qui me chagrine , c'est que, dans son testament , mon cousin Thomas met une condition.
CAROLINE
Et laquelle :'
CII\MPE,NOL'X.
Craignant pour son filleul les folies de la jeunesse, ce qui esl assez vrai , parce que c'est un gaillard qui ne demande qu'à faire le garçon...
CAROLINE
Eh bien ! après .^
CIIAMPESOUX.
Eh bien! comme je vous disais, pour l'cmpécher de faire le garçon, son parrain ne lui laisse sa fortune qu'à condition qu'il sera marié avant dix-neuf ans.
CAROLINE
Il serait possible !
CnAMPEXOL'X , lui iloniiant des papiois.
Voyez plutôt. Et comme malheureusement Edouard a maintenant dix-neuf ans passés , c'est à moi que tout ça revient..
CAROLINE
Tu crois?
CHAMPENOIX.
Certainement. Il a eu dix-neuf ans au mois de janvier dernier, puisqu'on a toujours dit dans le paj's qu'il était né le premier jour de l'année, ce qui est une époque assez remarquable; et comme nous sommes en septembre...
CAROLINE, après avoir lu.
Si ce n'est que cela, rassure-toi ; Edouard n'est pas si âgé que tu crois.
CHAMPENOUX.
Ah, mon Dieu! qu'est-ce que vous me dites-là? Il n'est donc pas né le premier jour de l'an ?
CAROLINE
Si vraiment; mais à l'époque de sa naissance , l'année commençait, je crois, au mois d'octobre. On appelait cela alors le premier vendémiaire.
CHAMPENOIX.
C'est-il possible ?
CAROLINE
Et comme, d'après ton calcul , nous sommes au milieu de septembre , il lui reste encore à peu près une quinzaine de jours pour se marier. C'est juste ce qu'il faut.
( Elle lui rend les papiers. )
CHAMlENOtX.
C'est fini , je ne crois plus à rien , pas même au calendrier. Cet