AME
Prélude. — Se figurer entendre l'auguste Trinité tout entière nous dire au fond de l'âme: «Je vous aime d'un amour éternel ». Écouter en silence le Sauveur Jésus nous dire du fond de son tabernacle : « Comme mon Père m'a aimé, je vous ai aimés ; vous êtes mes amis». Laisser son cœur répondre spontanément à ces paroles: ce cœur, qui ne vit que d'amour, renverra à son Dieu, comme un écho de sa voix, un sentiment tout brûlant de charité.
Dieu m'aime. Oh! quelle parole! Dieu au Ciel ; moi sur la terre . Dieu, l'être par essence ; moi, le néant même .. . Dieu, le bien souverain; moi, abîme de misère. ... Et ces deux extrêmes nonseulement rapprochés mais unis par l'amour!
Celui qui trouve un ami véritable trouve un trésor : eh bien! Jésus-Christ, le Dieu de la force, me permet de l'appeler du doux nom d'ami, moi qui ne suis que
faiblesse Et cet amour et cette amitié qui me
lie à Dieu, qui me lie à Jésus-Christ, c'est l'amour le plus tendre, le plus prévenant, le plus généreux, le plus constant.
i° Amour tendre. — La nature n'en connaît point qui soit aussi tendre que celui des mères (Apprécier rapidement la tendresse de l'amour maternel). Dieu consent à se servir de cette comparaison pour nous donner une idée de l'amour qu'il a pour nous. Mais il nous avertit que la réalité est bien au-dessus de la figure : « Une mère, nous dit-il, ne saurait oublier son enfant mais, quand, par impossible, elle l'oublierait, pour moi je ne vous oublierai jamais ». Une mère porte son enfant sur son sein, elle l'allaite, elle le console, elle le caresse, voilà ce que je fais pour vous. Notre-Seigneur Jésus-Christ n'a cessé d'être pour moi le plus tendre des amis: pas un instant de ma vie où sa condescendance ne se soit étendue à tous mes défauts, où sa miséricorde n'ait offert le pardon à toutes mes offenses, où sa compassion n'ait guéri mes misères, où sa bienfaisance ne soit venue au secours de mes besoins. (Repasser, dans une vue d'ensemble, toutes les tendresses de l'amour de Notre-Seigneur pour notre âme pendant les jours écoulés de la vie).
2° Amour prévenant. — Dieu n'a pas attendu que je lui eusse donné mon cœur, pour me donner le sien ; Jésus-Christ n'a pas attendu que je l'aie choisi pour maître, pour me montrer son amitié; où en serais-je si Dieu, si le Sauveur Jésus ne m'avaient prévenue? Oh! comme je comprends la parole de
l'Apôtre de la charité : « Dieu nous a aimés le premier». Il m'aimait non seulement quand je ne l'aimais pas, mais quand j'étais incapable de l'aimer, quand je n'existais pas encore. L'amour qu'il a pour moi n'est pas moins éternel que celui qu'il a pour
lui-même. Et, ce qui devrait surtout me toucher, il m'aimait lorsque je le méprisais, lorsque je l'oubliais, lorsque, l'outrageant, je le provoquais à me rejeter loin de lui et à me haïr. C'était lui, ce Dieu d'amour, qui encore alors m'offrait mon pardon, me conservait la vie, et me rendait tous mes droits à son amitié
3° Amour généreux. — Ses sacrifices et ses bienfaits me le révèlent. Ce n'est pas en paroles qu'il m'aime, lui, ce bon Maître, son amitié n'est pas imaginaire : par amour il est descendu du Ciel- au sein de Marie ; par amour il est descendu du sein de Marie sur la paille de la crèche; par amour il a passé sa vie dans les souffrances et les opprobres; par amour il intercède pour nous au Ciel, où il est remonté s'asseoir à la droite de son Père ; par amour surtout il descend chaque jour sur l'autel, il demeure sans cesse dans le tabernacle pour être ma force dans ma faiblesse, ma consolation dans mes peines, ma lumière dans mes ténèbres ; par amour (c'est une loi de l'amitié qui sollicite l'union la plus intime), par amour il vient s'incorporer à mon âme et ne faire qu'un avec moi Oh! si je repasse dans mon souvenir tout ce que Dieu a fait pour moi et dans l'ordre de la nature et dans l'ordre de la grâce, tous les biens qu'il m'a départis et qui sont un gage de ceux qu'il
me promet je ne puis m'empêcherde reconnaître
en Dieu un amour généreux et dévoué, en Jésus- Christ un ami prodigue de cœur, à qui aucun sacrifice ne coûte et qui s'oublie en tout et toujours pour
ne penser qu'à ses amis pour ne penser qu'à
moi
4° Amour constant. — D'égal à égal le cœur le plus aimant s'irrite ou du moins se refroidit, quand il ne rencontre qu'indifférence dans celui qu'il aime avec ardeur: comment donc, ô mon âme, pourrais-tu admirer assez la patience d'un Dieu mille fois dédaigné, outragé par toi, son indigne créature. et
continuant toujours de t'aimer ? Que n'ai-je pas
fait, Seigneur, pour vous contraindre à me repousser loin de vous? Ma vie n'a été vraiment qu'un triste cercle de promesses sans cesse rompues, sans cesse renouées, d'engagements réitérés et d'infidélités nouvelles, aujourd'hui me réconciliant avec vous pour vous trahir demain, sans que ma constance à vous offenser ait pu vaincre jusqu'à ce jour votre constance à m'aimer
Saint Augustin, méditant un jour, comme je viens de le faire, sur cette parole : Dieu m'aime, ne put s'empêcher de laisser échapper de son cœur ce cri d'amour si souvent répété depuis : « Beauté toujours ancienne et toujours nouvelle, que ne vous ai-je connue et aimée plus tôt?» O mon Dieu, je dois me
taire un reproche encore plus amer. Augustin vous aima dès qu'il commença à vous connaître ; combien suis-je plus coupable, moi qui, ne pouvant trouver d'excuse, puisque vous vous étiez révélé à moi avec toutes vos amabilités, ai néanmoins vécu si longtemps sans vous aimer! J'ai vu la vérité presque aussitôt que la lumière du jour: dès mes tendres années, vous vous êtes manifesté à moi comme le seul objet digne de toutes mes affections. Cepen-
dant, hélas ! qu'ai-je fait de mon cœur? A quoi ai-je appliqué jusqu'à ce jour son ardeur brûlante, son extrême sensibilité ? . .. (Un retour sur les affections de ce cœur dans les diverses phases de la vie passée). Oui, Seigneur, c'est trop tard que je vous aime. Trop tard pour votre gloire: que d'outrages vous aurait épargnés mon amour ! Trop tard pour mon innocence : que mon cœur serait pur, s'il n'avait jamais aimé que vous! Trop tard pour mon repos et ma tranquillité : de quelles peines, de quels remords je me serais préservée, si j'avais toujours cherché mon bonheur dans votre amour parfait, dans l'accomplissement de votre sainte volonté!.. . . Mais, grâce à votre infinie miséricorde, qui m'a prise comme par la main et m'a amenée dans ce séjour de la paix, dans cette chère solitude, ce sera, au moins je l'espère, encore assez tôt pour mon salut, car j'ai cette confiance, ô mon Dieu, ô mon maître, ô Jésus, ô l'ami miséricordieux de mon âme, vous m'avez pardonné déjà tout le temps que j'ai vécu sans vous aimer ; et vous allez m'accorder la grâce qu'à partir de ce moment jusqu'à mon dernier soupir, je vous aime d'un amour perpétuel, d'un amour qui aille toujours croissant, d'un amour qui satisfasse votre Cœur à juste titre si jaloux Je sens déjà, Seigneur, ce feu sacré, il commence à me brûler; faites-en un incendie en mon âme, qui brûle et consume, comme autant de pailles, tous les autres sentiments que vous pourriez encore condamner, et fasse de moi une victime absolue et entière
Résolution. — Faire à Dieu l'offrande de son cœur par la prière de saint Ignace : « Recevez, Seigneur, mon intelligence» Lui faire généreusement le sacrifice d'une consolation du cœur même la plus légitime.
FÊTE DU SACRÉ-CŒUR DE JÉSUS
(Vendredi après L'Octave du Saint-Sacrement) NOUS DEVONS ÊTRE LES AMIS DE JÉSUS
Prélude. — Sonder intimement le cœur pour se convaincre du besoin qu'il a de trouver un véritable ami; faire appel à l'expérience pour voir combien les amis sont rares, clairsemés, presque impossibles à trouver ici-bas; puis se figurer entendre le Sauveur nous redire cette parole: «Je ne vous appellerai plus mes serviteurs, mais bien mes amis » .
Tu le sais, ô mon âme, Jésus est ton ami : ami tendre et compatissant, ami généreux, ami constant et prodigue de ses biens. Or l'amitié est la fusion, l'union étroite de deux coeurs. Jésus est ton ami; l'amitié appelle l'amitié: tu dois être le sien. Jésus est ton ami tendre et compatissant, tu dois être son ami tendre et confiant. L'amitié est confiante, on compte sur son ami comme sur soi-même, on lui livre toutes ses pensées, tous ses intérêts, on se met
à sa discrétion sans partage ni réserve Jésus se
livre à toi: ne dois-tu pas t'abandonner pleinement à lui? Sa parole est engagée : demeure en lui, et il demeurera en toi Quelles que soient tes peines,
tes contradictions, tes épreuves, jamais il ne te délaissera. « Un ami fidèle, dit le Sage, c'est une protection assurée». On doit peu compter sur un
ami qui ne joint pas la puissance à la fidélité
Hélas! que peuvent souvent les amitiés humaines, même les plus sincères? Mais qu'il est doux de
s'appuyer sur l'amitié d'un Dieu! Que de fois,
hélas ! j'ai manqué de confiance et d'abandon en cet
ami si tendre! Ma confiance, elle était pour les
amis de la terre. roseaux fragiles qui me manquaient au moment où j'essayais de m'appuyer sur
eux (Résolution de s'abandonner totalement au
seul ami).
Aucun travail, aucune difficulté, aucune peine n'effraye l'amitié, quand il s'agit d'entreprendre ce travail, d'affronter cette difficulté, de souffrir cette peine pour un ami. L'amitié véritable est, de sa nature, généreuse, elle se sacrifie à l'objet aimé. Aussi Jésus, le plus parfait des amis, le seul ami, nous a-t-il fait le sacrifice de ses richesses, dans le dénûment de sa crèche; le sacrifice de son repos, dans le travail de Nazareth, dans les œuvres de sa vie publique, dans toutes les épreuves de sa carrière terrestre; le sacrifice de sa liberté, en se laissant charger les mains de chaînes ; le sacrifice de sa
réputation, en se laissant accuser, calomnier
traiter de blasphémateur en se laissant préférer
le plus vil des scélérats; et enfin le sacrifice de sa vie y en mourant au Calvaire.
O mon âme, comment as-tu répondu à cette générosité d'amitié? Généreuse, ah! tu l'as été pour le
monde pour les amis de la terre pour toimême. (Examiner les sacrifices que l'on s'est imposés dans le passé, soit pour satisfaire son amourpropre soit pour contenter toute autre passion ) O Jésus, ô généreux, le plus généreux
des amis, je veux répondre à tous vos sacrifices par des sacrifices semblables; biens .... repos réputation liberté vie je vous sacrifie, je
vous immole tout
L'amitié rend tout commun entre ceux qu'elle unit. Un ami, c'est un autre soi-même, on ne croit jamais perdre ce qu'on lui donne. C'est pour cela que notre divin Ami nous a tout donné, il se donne lui-même chaque jour à nous, il nous donnera son royaume un jour. L'amitié, c'est la mise en commun
des biens et des maux des joies et des peines......
des goûts et des répugnances des projets et des
vues c'est la communauté des destinées Aussi
le Sauveur peut-il dire à notre âme ce qu'il disait autrefois à son Père: «Tout ce qui est à moi est à
vous, tout ce qui est à vous est à moi» Peux-tu
te flatter, ô mon âme, qu'il y ait eu de ton côté réciprocité de communication? As-tu été jusqu'alors saintement susceptible pour tout ce qui regarde les
intérêts de Jésus? Tout ce qui blessait ton
adorable Ami t'affligeait-il vivement? Te réjouissaistu de tout ce qui contribuait à sa gloire? Oh!
désormais que ton amitié avec le bon Maître soit vraiment communicative, que ton bonheur soit de te décharger dans son sein du poids de tes peines.
Viens fidèlement lui dire tes joies, t'éclairer de ses lumières, lui communiquer tes vues et tes desseins. Parle-lui toujours de tes espérances et de tes craintes Oh! que délicieux sont ces épanchements,
que consolante est cette familiarité avec le divin Ami!
Résolution. — Dans la sainte Communion, au moment où notre divin Ami s'offrira à notre âme pour être sa nourriture et s'unir étroitement à elle, lui promettre de réaliser toujours dans nos rapports avec lui les caractères de la véritable amitié. Lui demander cette grâce par la belle prière: «O Jesu vivens in Maria »
TEMPS APRÈS LA PENTECOTE