IMITATION DE JÉSUS-CHRIST SA NÉCESSITÉ
Prélude. — Se figurer le Sauveur lavant les pieds à ses Apôtres et leur disant ensuite, non seulement au sujet de cet acte, mais de tous ceux de sa vie : «Je vous ai donné l'exemple, afin que vous fassiez comme j'ai fait moi-même». Demander au bon Maître la grâce de bien comprendre pratiquement cette parole.
Hier encore, ô mon âme, tu considérais la tendre et généreuse amitié de Jésus pour toi; tu ne pouvais rester froide et insensible devant les preuves si manifestes, si touchantes de son dévouement divin. A son amitié tu as compris l'obligation de répondre par l'amitié. Eh bien, apprends-le aujourd'hui, tu ne peux être l'amie de Jésus, si tu n'es décidée à l'imiter. L'amitié solide, dit saint Jérôme, ne peut exister qu'entre deux cœurs qui ont les mêmes goûts et les
mêmes répugnances Il faut donc que tu fasses
passer en toi les sentiments, les mœurs, la vie de Jésus-Christ ; il faut que tu deviennes, suivant le beau nom que tu portes, un autre lui-même. « Le chrétien, dit un saint Père, est un autre Jésus- Christ». Voilà pourquoi l'apôtre saint Paul adresse
à toutes les âmes chrétiennes ce touchant conseil : «Revêtez-vous de Notre-Seigneur Jésus-Christ». (Pour bien comprendre la force de cette expression, mise par l'Esprit-Saint sous la plume de l'Apôtre, se rappeler l'innocent artifice dont dut se servir Jacob pour dérober, en quelque sorte, à son père la bénédiction destinée à son frère aîné, en se présentant à lui sous la ressemblance et les habits de ce frère).
Vous voulez donc, ô Seigneur, être comme mon vêtement: vous êtes le modèle sur lequel je dois me former, le type parfait que je dois copier. Vous me l'enseignez vous-même par la parole si touchante que vous m'avez fait entendre au commencement de cette oraison. Vous voulez que, suivant le mot de votre Apôtre, de même que j'ai porté jusqu'alors l'image de l'homme terrestre, je porte désormais en moi l'image de l'homme céleste. Je ne puis d'ailleurs, je le sais, être admise un jour au bonheur de vous posséder, si je ne m'efforce de vous ressembler. N'êtesvous pas, bon Maître, «le premier-né des élus, le chef du corps des élus »? A l'issue de cette vie, au seuil de l'éternité, l'ange de vos justices m'arrêtera pour examiner mes traits. Il n'y a que vos frères, il n'y a que vos membres, ô vous notre frère aîné, ô vous notre adorable chef, qui peuvent être introduits dans votre royaume. Si je veux donc avoir part à cette ineffable félicité, à laquelle j'aspire si vivement, il faut qu'animée de votre esprit, vivant de votre vie, j'aie avec vous une vraie ressemblance de famille
Imiter Jésus-Christ, ressembler à Jésus-Christ, c'est-à-dire vivre de la vie de Jésus-Christ, voilà mon devoir. Or qu'est-ce à dire vivre de la vie de Jésus- Christ ? N'est-ce pas pensercomme lui, parler comme lui, agir comme lui ? (Se demander sérieusement quelles furent les pensées de Jésus dans ses rapports avec Dieu son Père, dans ses rapports avec les hommes, dans ses rapports avec lui-même quelles
furent ses paroles, ses conversations à. Nazareth avec Marie et Joseph, dans sa vie publique avec ses disciples, avec les pharisiens et ses autres ennemis
quel fut le mobile de tous ses actes Puis faire un
retour sur son passé, comparer ses propres pensées, ses paroles, ses actions aux pensées, paroles de Jésus. S'humilier profondément de se voir si peu de ressemblance avec ce divin original )
O Jésus, toutes les lumières que vous me communiquez me confondent. Puisse cette confusion m'être salutaire! Quand je rapproche votre vie de la mienne, quand je compare le mépris que vous avez fait de tous les biens de la terre à l'ardeur folle avec laquelle je les ai désirés, votre faim d'opprobres à ma passion pour l'estime des hommes les mortifications, les crucifiements continuels de votre cœur avec mon amour pour tout ce qui peut contenter la
nature votre recueillement avec ma dissipation,
votre charité immense, votre douceur ineffable, votre humilité sans exemple avec mon orgueil, mes impatiences, mon défaut de support je me demande
en quoi et comment vous pourriez reconnaître en moi votre image C'en est fait, j'abjure de nou-
veau mon passé si condamnable .. .. et, appuyée sur votre grâce, qui ne manque jamais à vos enfants, je viens vous dire, comme votre Apôtre, dans toute la sincérité de mon âme : « Maître, vous suivre partout où vous irez, telle est mon unique volonté Magister, sequar te, qiiocumqite ieris».
Résolution. — Chercher pendant le jour l'occasion de faire un acte d'humilité extérieure, de douceur et de charité. Dire, à la visite au Saint-Sacrement, la belle prière: «OJesu vivens in Maria »
TEMPS APRÈS LA PENTECOTE