TEMPS APRÈS LA PENTECOTE SUR L'ABUS DES GRACES
Prélude. — Se représenter le Sauveur Jésus passant au milieu du monde comme un laboureur dans son champ : il jette dans les âmes, cette terre qui lui appartient, sa semence, qui est la grâce, et cette grâce, elle est le germe de la véritable vie: «Je suis venu, dit le bon Maître, donner la vie et la vie dans la plénitude. Ego veni ut vitam habeant et abundantius habeant». Adorer ce divin Semeur, ce bon Pasteur, en redisant cette belle strophe de saint Thomas d'Aquin :
Bone Pastor, panis vere, Jesu, nostri miserere :
Tu nos pasce, nos tuere, Tu nos bona fac videre In terra viventium.
Tu sais, ô mon âme, quelles larmes brûlantes versa le Sauveur ton Dieu sur l'ingrate Jérusalem
qui «ne connaissait pas le temps de sa visite»
Il nous apprend par là le malheur des âmes qui n'ouvrent pas la porte de leur cœur au Dieu qui en sollicite l'entrée ; il nous apprend le malheur des âmes qui abusent de la grâce Tu sais encore le
châtiment dont fut frappé le figuier stérile: il fut desséché par la parole toute-puissante du Sauveur, parce qu'il ne produisait aucun fruit. Ce figuier maudit est l'image des âmes qui abusent de la
grâce La grâce est la marque de prédilection
que le Seigneur donne aux âmes: lui qui, dans les saints Livres, aime à s'appeler « l'Epoux divin», il
se tient à la porte des cœurs. Il frappe, il insiste
avec tendresse, il demande à être admis, il est
impatient de verser ses dons Et il y a des âmes
qui résistent à ses invitations et il y a des âmes
qui refusent de le recevoir ; c'est alors que, fatigué d'offrir en vain les témoignages touchants de sa bonté, il cesse ses amoureuses importunités et, se
voyant méprisé, il se retire exécutant la menace
effrayante qu'il a faite d'avance par l'organe de son Prophète: «Mon peuple n'a point écouté ma voix:
Israël n'a pas recueilli avec docilité ma parole Je
les ai abandonnés aux désirs de leur cœur, ils iront
au gré de leurs inclinations perverses» Un Dieu
juste ne peut récompenser l'insulte qui lui est faite, en continuant d'offrir toujours des grâces qui sont
toujours rejetées Aussi l'expérience démontre-
t-elle qu'aux âmes qui abusent de la grâce Dieu la
retire Que peuvent-elles devenir, ces âmes,
privées de ce secours indispensable à leur faiblesse, sinon tomber de chute en chute, souvent jusqu'au fond de l'abîme?
As-tu toujours bien compris, ô mon âme, les désastreuses conséquences de l'abus des grâces? As-tu toujours bien compris que, suivant la parole
de l'Esprit-Saint lui-même: «On ne se moque pas de Dieu. Deus non irridetur»? Peux-tu te flatter de n'avoir jamais abusé des grâces divines? Peux-tu te flatter de n'avoir jamais repoussé les instances pleines de tendresse de ton Dieu, de n'avoir jamais obstinément fermé l'oreille à sa voix, de n'avoir jamais laissé tomber à terre une seule goutte du sang du
Sauveur? «A qui il a été beaucoup donné, dit
Notre-Seigneur au saint Evangile, il sera beaucoup demandé». Le Sauveur vient à toi aujourd'hui, comme il s'approcha jadis du figuier: il avait faim, il demandait à cet arbre le fruit nécessaire pour apaiser
cette faim mystérieuse Il a faim de ton âme, de
toutes tes affections, de tous tes sentiments ; il demande à ton cœur des fruits de vertu qu'il a droit d'attendre, eu égard à la divine semence qu'il n'a cessé de jeter en lui avec tant d'abondance et de surabondance, avec une libéralité toute privilégiée... Ah! si le Seigneur avait fait pour tant d'autres ce
qu'il a fait pour toi !
O mon Dieu, vous m'éclairez en ce moment: j'apprécie aujourd'hui l'immense perte que j'ai faite, en
repoussant si souvent votre grâce Je mesure
l'outrage dont je me suis rendue coupable envers vous, je sonde la profondeur du danger auquel je
me suis si témérairement exposée Je comprends
avec quelle scrupuleuse attention je devrai à l'avenir discerner votre voix, suivre les impulsions de votre grâce, marcher à votre lumière et produire, par ma correspondance à votre appel, des fruits nombreux
de sanctification Je le dois, ô mon Dieu, et je
sens enfin que je le veux...... O bon Jésus, adorable
auteur de la grâce, pardonnez-moi l'abus que j'en ai
fait dans le passé et accordez-moi pour l'avenir de faire valoir, avec une fidélité qui ne -sache pas se démentir, le talent qui doit rapporter au centuple.
Résolution. — Réciter dévotement le septième psaume de la Pénitence pour demander pardon de ses abus de grâce ; redire souvent dans la journée à Notre-Seigneur cette belle oraison jaculatoire: «Parlez, Seigneur, votre servante écoute» ; ou cette autre: «Je suis votre servante, que votre volonté soit faite » !