LA SAMARITAINE OU LE MYSTÈRE DE LA GRACE 4° LA GRACE EN ACTION
Prélude. — Ecouter, dans le silence de l'âme, les paroles par lesquelles l'Esprit-Saint nous peint l'action mystérieuse de la grâce dans les cœurs : « Attingit a fine usque ad finem foriiter et disponit omnia suaviter. Elle atteint à son but avec force, tout en disposant tout avec douceur » Demander à cet adorable Esprit de lumière qu'il veuille bien nous faire comprendre comment la grâce de Jésus-Christ convertit la Samaritaine, en agissant sur son cœur avec force et douceur.
Parcours aujourd'hui, ô mon âme, le touchant récit évangélique, pas à pas. Tu connais déjà la demande que fit le Sauveur à la Samaritaine: «Femme, j'ai soif, donne-moi à boire » A cette demande inattendue, l'étrangère impatiente et surprise répond : « Quoi ! un juif me demander à boire, à moi qui suis Samaritaine! les Juifs ne communiquent point avec
les Samaritains » Cette réponse altière indique
le premier mouvement de l'homme à l'appel de Dieu Instinctivement la nature recule devant les sollicitations de la grâce Mais la voix de la grâce
ne se rebute pas, elle continue à faire entendre à
l'âme pécheresse les accents de son désir; comme l'Épouse du Cantique des Cantiques, elle continue à irapper à la porte du cœur : «Àperimihi, sorormea». Jésusn'estpointoffensédela réponse delà Samaritaine, il prend pitié de son ignorance, et lui réplique avec douceur: « Femme, si tu connaissais le don que Dieu t'offre en ce moment ! Si tu savais quel est celui qui te demande à boire, peut-être le prierais-tu d'étancher ta propre soif, et il t'aurait donné de ses eaux
vives » Douces paroles qui commencent à ao-ir
avec une mystérieuse énergie sur le cœur de la femme de Samarie. Déjà un rayon de lumière illumine son âme; déjà une idée confuse de la divinité de son interlocuteur traverse son esprit; son cœur commence à deviner le cœur de Jésus, elle entend sa voix, elle y répond; elle goûte la douceur de son
entretien, elle cherche aie prolonger elle propose
des doutes, elle veut être instruite: «Seigneur, daignez vous expliquer. Vous n'avez rien pour puiser et le puits est profond: d'où tirerez-vous donc l'eau vive? Etes-vous donc plus grand que notre père
Jacob qui nous a donné ce puits » ?
L'aimable Sauveur, dont l'ardent désir est de se faire connaître à l'esprit qui le cherche et de se communiquer à l'âme qui le désire, reprend : «Quiconque boit de l'eau de ce puits aura encore soif; mais celui qui boira de l'eau que je lui donnerai n'aura jamais soif: cette eau sera en lui une source jaillissante jusqu'à la vie éternelle ». L'eau du puits figure les joies de la terre, les plaisirs du monde : jamais ils ne donnent aux aspirations, à la soif du cœur un apaisement
véritable Il n'y a que l'eau de Jésus, c'est-à-dire
sa grâce, qui apaise notre soif: elle seule nous met
dans l'âme de véritables joies qui sont comme
l'avant-goût des joies d'en-haut
La Samaritaine n'a pas encore compris entièrement la parole du Dieu fait homme: elle l'a pris dans un sens matériel, et elle répond : «Donnez-moi donc de cette eau, je veux en boire afin que je n'aie plus soif, et que je ne sois plus obligée de venir puiser à cette source » « C'est ainsi, dit saint Augustin, qu'elle demande au divin Maître ce que cet adorable Sauveur désire vivement lui accorder » ; c'est par cette demande qu'elle se livre totalement, sans arrière-pensée, sans résistance à l'action d'En-haut, et c'est grâce à cette docilité, à cette soumission que Jésus-Christ lui découvre sa divinité en des termes qui décident et achèvent la conquête de son cœur.... Il lui montre qu'il sait tous les secrets des âmes, qu'il
pénètre dans les replis les plus intimes des cœurs
Il lui reproche ses désordres, mais sans amertume ; il lui découvre toutes ses misères morales, mais avec
une bonté toute compatissante C'est ainsi qu'il
lui fait jeter sur elle-même un regard de honte et de mépris, pour qu'elle se connaisse, se repente et se
corrige Et il obtient par cette suavité et cette
douceur un grand triomphe, car, en un instant, il transforme la pécheresse: du vice, il la ramène à la vertu ; d'une femme bien criminelle, il fait une sincère pénitente Quoi de plus touchant que de la
voir suspendue aux lèvres du Sauveur? Loin de
s'irriter contre le médecin charitable qui lui découvre ses plaies, elle l'écoute avec respect, elle s'attriste de son passé, elle pleure ses égarements, et, laissant échapper un profond soupir, elle s'écrie d'une voix désolée : « Ah ! Seigneur, ce que vous dites n'est que
trop vrai: je vois que vous êtes un prophète, que vous lisez dan^ les cœurs, et que rien ne vous est caché ....... « Admirable confession, dit saint Augustin, qui nous montre d'une manière évidente la transformation de son âme » C'est à partir de ce moment qu'instruite par Jésus-Christ, elle devient, de femme de scandale, un apôtre de la foi et de la vertu
Non contente de connaître le Sauveur, elle brûle
du zèle de le faire connaître aux autres, elle va l'annoncer à la ville de Samarie tout entière «Venez,
venez, dit-elle à tous, venez voir un homme qui m'a dit tout ce que j'ai fait : ne serait-ce point le Christ » ?
Cette grâce qui convertit la Samaritaine et qui purifie son âme dans les larmes de la pénitence, en agissant peu à peu, avec une influence mystérieuse et progressive de force et de douceur, n'est-ce pas elle qui, en bien des jours de ta vie, ô mon âme, est venue tantôt t'arracher au péché, tantôt te retenir sur la pente du mal? Rappelle-toi ces jours malheureux où tu te débattais sous l'étreinte de penchants et d'habitudes qui t'éloignaient de Dieu en t'éloi-
gnant de la vertu ? Qu'était-ce que ces tristesses
mortelles, ces ennuis cuisants, ces remords déchirants qui te faisaient trouver l'amertume la plus amère au
sein même des jouissances que tu recherchais? ,
C'était ton Dieu qui commençait à agir par sa grâce. Qu'était-ce que ces conseils salutaires, ces exemples sanctifiants, ces exhortations pressantes qui remuaient tacitement ton cœur? C'était ton Dieu
qui continuait d'agir sur ta volonté comme à ton insu
et malgré toi Qu'était-ce que ces événements,
ces catastrophes mystérieuses qui venaient les unes après les autres te montrer le vide des jouissances d'ici-bas et te rappeler aux pensées graves de la
mort et de l'éternité? C'était encore ton Dieu
qui ne se donnait pas, pour ainsi dire, de repos jusqu'à ce que, par une action douce et forte, il t'eût ramenée à lui
Rappelle-toi tel autre instant décisif où tu étais plus agitée par les passions qu'une frêle barque par les flots d'une mer en furie; déjà tu perdais de vue la route qui mène au port, tu ne tenais plus que d'une
main tremblante le gouvernail de ton cœur tu
touchais à ta perte ... . Tu étais entre la vie et la mort: encore un instant et les flots de la tentation, se déchaînant une dernière fois, allaient te plonger
dans l'abîme du mal Tout à coup un éclair a
brillé un mouvement t'a fait tressaillir Qu'était-ce que cela? Que se passait-il en toi? Ah!
c'était Dieu qui par sa grâce éclairait ton obscurité, posait la main sur ton cœur, te sauvait du naufrage
Triomphe admirable mêlé tout à la fois de force
et de douceur
Merci, mon Dieu, merci ; réservez-moi toujours votre grâce, et que toujours elle triomphe de ma volonté, souvent si débile et si chancelante
Résolution. — Remercier Dieu de la grâce de conversion qu'il a bien voulu nous ménager et de toutes les grâces de préservation qu'il nous prodigue sans cesse: Magnificat Les demander pour l'avenir: Pater Ave