TEMPS APRÈS LA PENTECOTE SUR LA MISÉRICORDE DIVINE
1° LA MISÉRICORDE DÉPEINTE PAU LES PAROLES MÊMES DE NOTRE-SEIGNEUR JÉSUS-CHRIST
Prélude. — Se remettre en mémoire les consolantes paroles de Notre-Seigneur Jésus-Christ exposant sa mission : « Ce ne sont pas ceux qui se portent bien, mais ceux qui sont malades qui ont besoin de médecin Non egent qui sani sunt medico, sed qui maie habent». «Je suis venu pour appeler non les justes, mais les pécheurs à la pénitence. Non veni vocare justos, sed peccatores ad pœnitentiam » . Invoquer le Sauveur tout à la fois comme malade et comme pécheresse: «Domine, si vis, potes nie mundare. Seigneur, si vous voulez, vous pouvez me guérir». — « Amplius lava me ab iniquitate mea et a peccato meo munda me. Lavez-moi de plus en plus de mes iniquités, et purifiez-moi de mon péché».
Il est un mot, ô mon âme, que la terre ne connaissait pas avant que le Ciel le lui eût révélé, un mot que nous avons appris du Saint-Esprit, un mot qui nous découvre les profondeurs intimes du cœur de Dieu, c'est le mot de miséricorde.
Pour bien le comprendre, il faut, suivant le conseil d'un pieux docteur, le décomposer et en étudier
attentivement l'étymologie : misericordia, miseriœ cor datum ; miséricorde veut dire un cœur qui se donne à la misère, un cœur qui se penche vers la faiblesse pour la soutenir, un cœur qui s'ouvre à la détresse pour la soulager, un cœur d'autant plus compatissant, plus généreux que l'indigence est plus profonde, la faiblesse plus désolante, la misère plus vive : tel est le cœur de Dieu. Le Sauveur, ton maître, ô mon âme, a voulu dépeindre ce cœur miséricordieux du Père qui est dans les Cieux, et il a eu recours à trois paraboles touchantes :
i° C'est une femme qui a perdu une pièce de monnaie ; aussitôt elle allume une lampe, appelle ses serviteurs, balaye sa maison Puis, quand elle a retrouvé la drachme perdue dans la poussière, elle convoque ses voisines pour la leur montrer et épancher sa joie Cette drachme, c'est l'âme humaine
perdue dans la fange des passions, qui la défigurent, en lui enlevant ses traits de ressemblance avec Dieu. Ce Dieu de bonté la cherche, l'éclairé, la relève, l'épure, y fait briller de nouveau l'effigie divine et la montre à ses anges
2° C'est le bon Pasteur qui s'en va inquiet pour retrouver une brebis égarée. Il la voit déchirée, meurtrie, elle est prise dans un buisson d'épines; il écarte les ronces une aune, afin de ne pas arracher la toison par des mouvements trop brusques, il prend la brebis dans ses bras, la caresse tendrement et la porte au bercail des brebis fidèles C'est l'âme succombant aux tentations de l'ennemi et abandonnant le troupeau du divin Maître en commettant le péché; mais cette âme, le Sauveur, qui ne la trouve plus au sein de sa famille, la cherche par les douces sollici-
tations de sa grâce, par les tendres prévenances de son amour, l'éclairé de sa lumière, la fortifie de son secours, et la ramène par le pardon au milieu de ses
enfants chéris
3° Enfin c'est l'enfant prodigue. Il veut sa part d'héritage et son père la lui donne; il quitte la maison où reste son frère et il part; il dissipe son patrimoine, il s'avilit et porte un visage déshonoré. Il est obligé de se mettre à gages chez un habitant des campagnes et de garder les pourceaux; et un jour la famine est si grande qu'il va jusqu'à envier les glands des animaux qu'il garde Il songe au toit paternel, il se décide à y retourner. Et pendant ce temps son père sortait tous les jours, sachant bien que son fils reviendrait ; et, une fois qu'il regardait du haut de la colline, il voit arriver un mendiant en haillons. Par un pressentiment infaillible, il reconnaît son fils, court au-devant de lui, le presse dans ses bras, et,' pleurant de joie, appelle tous ses serviteurs : «Tuez le veau gras, j'avais perdu mon fils et je l'ai re-
trouvé » Image de la joie du Père céleste quand
il retrouve sa créature dégradée et éloignée de lui: il appelle ses anges, c'est une grande fête dans le Ciel. «Il y a plus d'allégresse pour un pécheur qui se convertit que pour quatre-vingt-dix-neuf justes qui persévèrent»
Descends maintenant, ô mon came, deshauteurs des considérations générales que viennent de faire naître en toi ces similitudes si touchantes, et essaye, à la lumière même de Dieu, qui, en ce moment, t'illumine, de t'en faire à toi-même l'application.
1° Qu'est-ce que cette drachme perdue dans la poussière, sinon toi-même, si longtemps souillée par la boue du péché ? Les traits divins dont tu avais reçu la mystérieuse empreinte, s'étaient effacés sous l'action corrosive des penchants et des inclinations perverses ; dans ton esprit, il n'y avait plus que ténèbres: dans ta volonté il n'y avait plus que défaillances Dieu, dans sa miséricorde, pour te chercher, a allumé le flambeau de sa parole, a député vers toi ses apôtres et ses prêtres .... Peu à peu la lumière s'est faite jusque dans tes profondeurs les plus intimes ; tu as ressenti une bienfaisante secousse, une salutaire impulsion, et, par un effort courageux, tu t'es jetée dans les bras du Père qui te cherchait ...
2° Qu'est-ce que cette brebis toute meurtrie, toute
déchirée par les ronces? N'est-ce pas encore toi?
N'as-tu pas eu ton buisson d'épines ? Tantôt c'était le piège du démon qui t'enlaçait, tantôt c'était une déception, une amertume, un chagrin qui te déchiraient le cœur Heureusement le bon Pasteur, qui
courait à ta poursuite, a pu te rencontrer ; c'est lui qui a fait naître dans le fond de ta conscience cet aiguillon du remords qui ne blesse que pour guérir; c'est lui qui t'a découvert, à l'aide d'une clarté toute céleste, les ruses de l'esprit malin ; c'est lui qui t'a fait désavouer le péché avec les tristesses qu'il amène
avec lui c'est lui qui a adouci tes peines, apaisé
tes chagrins, calmé tes angoisses et t'a réunie aux âmes consolées
3° Qu'est-ce que cet enfant prodigue, sinon encore toi-même, qui as dissipé dans les frivolités mondaines, dans les jouissances d'ici-bas ce riche patrimoine qui t'avait été confié? A quoi, pendant de longs mois,
ou plutôt pendant de longues années, as-tu fait servir ce don d'intelligence qui est comme un reflet
des clartés d'en-haut ? Et ce cœur, avec tous les
trésors d'affection qu'il recèle, qu'en as-tu fait?
Hélas! combien désastreux était l'état où tu étais tombée! Mais, du haut de la colline des Cieux, le miséricordieux Père a vu ta misère profonde, il s'est penché vers toi avec amour, il t'a serrée sur son cœur avec une effusion pleine de tendresse, et, après t'avoir fait revêtir la tunique de la famille, k pureté, l'innocence, il a fait tuer le veau gras, il t'a appelée au banquet eucharistique, et t'a comblée des plus douces joies
Résolution — Remercier du fond du cœur le Dieu miséricordieux, en disant avec toutes les âmes de la terre et tous les élus du Ciel qui ont été l'objet de son infinie bonté, le Psaume CXVII qui se trouve à Prime pour le Dimanche : « Confitemini Domino quoniam bonus, quoniam in sœculum misericordia ejns »