JÉSUS-CHRIST LA MONTRE EN ACTION DANS SA VIE
Prélude. — Faire un rapprochement entre une parole du prophète royal et la personne divine du Sauveur. « Misericordia Domini plena est terra. La terre est pleine des miséricordes du Seigneur», s'écriait David, contemplant à l'avance, dans une vision mystérieuse, les bienfaits inénarrables versés dans le monde par l'Homme-Dieu, lors de son passage sur la terre. Adorer dans un élan d'amour et de reconnaissance le miséricordieux Jésus.
Comment ne reconnaitrais-tu pas, ô mon âme, la miséricorde même personnifiée en Jésus, ton adorable maître? La miséricorde, c'est le cœur qui se donne à la misère; les grandes misères sont les
misères des âmes qui tombent dans le péché 11
y a deux sources de chutes: l'esprit et le cœur; il y a les crimes de l'esprit, qui sont le fait de l'homme, et les crimes du cœur, qui sont le fait de la femme. Et à chacun des crimes Jésus offre le pardon avec une bonté toute divine; sur chacune de ces tristes blessures Jésus appose un appareil souverain, qui ne peut venir que du Ciel
Le premier des crimes de l'esprit, c'est la peur, une fausse honte, ce que nous appelons le respect humain, la lâcheté. Là où les hommes tremblent et
ont peur, les femmes sont braves et intrépides Il
y avait plusieurs femmes au sommet du Calvaire, il n'y avait qu'un seul homme près du Dieu crucifié. La peur, la lâcheté, le respect humain, Jésus les trouve sur son chemin en la personne de Nicodème de Jérusalem. C'était un personnage considéré dans sa ville; il avait entendu parler Jésus-Christ, il l'avait rencontré, il se sentait incliné à croire à sa mission
divine, mais il avait peur de se compromettre
Voilà pourquoi, désirant s'entretenir avec le Sauveur, mais en même temps craignant de se compromettre, il demande à Jésus-Christ des rendez-vous secrets, clandestins, le soir, à l'heure où personne ne le
remarquera Et Jésus a pitié de sa faiblesse:
dans sa miséricorde, il accède à sa demande, il consent à l'entretenir, l'instruit de l'éternelle vie et en fait le disciple qui plus tard embaumera son
corps La miséricorde du bon Maître n'est pas
épuisée: chaque jour elle s'exerce en faveur de tous les Nicodèmes contemporains, de toutes les âmes
qui ont des convictions intimes et qui pourtant
rougissent de donner en public des marques de leur foi.
Le second crime de l'esprit, c'est le doute. Jésus le lut dans le cœur des deux disciples d'Emmaûs. 11 les aborde dans le chemin sous les traits d'un étranger, marche de compagnie avec eux, provoque l'aveu de leur doute intérieur. «Jésus de Nazareth, qui a été mis à mort, nous avait promis qu'il ressusciterait le troisième jour et voici ce temps écoulé »...
Le Sauveur feint de les quitter au détour d'un sentier mais il cède avec bonté à leurs instances,
il va avec eux dans une hôtellerie, et, reconnu par eux à la fraction du pain, disparaît. Et les disciples ne peuvent s'empêcher de s'écrier, dans l'élan de leur gratitude envers sa miséricorde: «Comme notre cœur était brûlant, quand il nous parlait et
nous expliquait les Ecritures» !
Le troisième crime de l'esprit, c'est l'incrédulité. C'est l'apôtre Thomas qui ne veut croire ni au témoignage des femmes ni à celui des disciples ; il veut voir par lui-même. Et la miséricorde de Jésus va jusqu'à condescendre à son exigence: de son corps glorieux, il traverse la muraille sans la rompre, comme le rayon de soleil traverse un cristal sans le briser; il paraît au milieu des Apôtres enfermés au Cénacle et fait toucher son corps et ses blessures à Thomas; et Thomas, ému, se jette à genoux en
s'écriant : «Mon Seigneur et mon Dieu»! Et
chaque jour, vers les esprits qui doutent comme vers ceux qui refusent de croire, Jésus s'incline avec
miséricorde « Misericordia Domini plena est
terra » .
Les crimes du cœur ont aussi chacun leur type dans le saint Evangile, et ils ont été chacun l'objet touchant de la miséricorde du Sauveur.
C'est d'abord la Samaritaine, le type de la femme
vaine et frivole Jésus la rencontre au puits de
Jacob, lui demande à boire et lui parle de « la
fontaine qui rejaillit dans la vie éternelle» Jésus
lui parle avec bonté, la fait rentrer en elle-même, la
touche et la convertit Et elle devient apôtre,
elle ébranle Samarie ; et Samarie entière est sur les pas de Jésus .. .. Comme la Samaritaine, bien des âmes envahies par la vanité font leur rencontre avec Jésus, qui les fait rentrer en elles-mêmes par une épreuve, une déception, un chagrin amer, une
parole lumineuse Dieu attend souvent les âmes
au détour du bonheur pour s'en faire reconnaître... C'est ensuite la femme surprise en flagrant délit
d'infidélité à la loi la plus sacrée On amène cette
femme devant Jésus, et les Pharisiens interrogent le divin Maître avec perfidie et veulent lui tendre un piège. «Que faut-il faire de cette femme»? lui demandent-ils Si Jésus-Christ répond qu'il faut la
lapider, il va compromettre sa renommée de bonté, qui le rend si populaire, et les foules ne le suivront
plus S'il répond qu'il faut l'absoudre, alors il
rejette la loi de Moïse, qui est formelle dans la condamnation qu'elle porte... . Oh ! contemple, contemple, mon âme, la scène incomparable que nous retrace le saint Evangile : Jésus se courbe, de son doigt divin trace des caractères sur le sable, puis, se redressant, dit avec une émouvante autorité à tous ceux qui sont autour de lui: «Que celui d'entre vous qui est sans péché lui jette la première pierre » ! et personne ne répond ; un silence absolu se fait, et les vieillards commencent par s'en aller les premiers, les hommes mûrs, les femmes et les jeunes gens les suivent Ne t'étonne pas, ô mon âme, de voir ainsi
disparaître cette multitude tout à l'heure si sévère, si acharnée à condamner: «Jésus, qui connaissait le fond des cœurs, avait écrit sur le sable, dit saint Augustin, en face de chaque assistant, ses fautes per-
sonnelles, et tous, la rougeur au front, s'empressaient de fuir. De toute cette foule, continue le saint Docteur, il ne resta plus que deux personnes: misera et miser icordia, la misérable pécheresse et la miséricorde » Jésus lui parle, elle n'ose lever la tête
en reconnaissant la voix de son libérateur, et Jésus lui dit : « Personne ne vous a condamnée ; moi, je ne vous condamnerai pas non plus : allez, ne péchez
plus» Cette scène delà miséricorde de Jésus se
renouvelle chaque jour à travers les âges, et, au frontispice des tribunaux de pénitence, qui sont des tribunaux de miséricorde, on pourrait vraiment graver les deux mots de saint Augustin : « misera et misericordia », c'est ici que la miséricorde attend la misère.
C'est enfin Madeleine, le désordre en personne, la femme pécheresse de la cité, qu'elle remplit de ses scandales Elle aussi a rencontré le miséricordieux Maître, elle a lu sa bonté dans la douceur de son regard; elle entre dans la maison de Simon le Pharisien, verse des parfums sur les pieds de Jésus, et les essuie de ses cheveux Elle témoigne beaucoup d'amour, et, pour ses sentiments généreux,
«beaucoup de péchés lui sont pardonnes» Jésus
la relève, la régénère dans le repentir et dans l'amour, et, quand il montera au Calvaire, Madeleine aura sa place entre la pureté virginale de Jean et la beauté immaculée de Marie, comme l'innocence reconquise entre les deux innocences gardées Que de Madeleines ont à chaque instant à louer la miséricorde de Jésus qui les purifie dans le pardon! .... «Misericordia Domini plena est terra ».. ...
Résolution. — Se rappeler toute la journée les diverses circonstances de sa propre vie dans lesquelles on a eu le bonheur de faire la rencontre du miséricordieux Jésus, et réciter le Magnificat pour le remercier de son infinie bonté
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