Oeuvres choisies
Il y a, M. F., environ trois ans, je revenais de Rome, où j'avais eu la consolation de réchauffer mon cœur de prêtre sur le cœur de l'auguste et vénéré Pontife qui gouverne l'Eglise, et, traversant Bologne, je visitais, avec une admiration toujours croissante, les églises et les musées de cette ville si riches en chefs-d'œuvre de l'art. Tout à coup mon regard s'arrête fasciné sur une figure tout idéale qui rayonnait comme une apparition céleste. C'était une jeune vierge, peinte par un inomparable génie. Elle était debout, les yeux levés au ciel, noyés dans la paix sublime de la plus douce extase. Sous ses pieds elle
foulait les divers instruments de la musique profane. De ses mains pendantes semblait s'échapper une harpe emblème de la musique sacrée et, au-dessus de sa tête, apparaissaient, à travers des nuages transparents et lumineux, des anges qui envoyaient un écho des concerts du Ciel.
A ces traits vous avez reconnu, M. F., sainte Cécile tracée par Raphaël. Autour de cette virginale figure le grand artiste avait groupé quatre portraits admirables de saints : d'un côté saint Paul et saint Jean, de l'autre saint Augustin et sainte Madeleine. Or comprenons-le bien : dans cette peinture, peut-être la plus belle entre tant d'autres pourtant si merveilleuses, Raphaël a voulu reproduire en un symbolisme touchant un enseignement profond. Sainte Cécile qui foule aux pieds les instruments de la musique profane, c'est l'âme chrétienne qui méprise les joies de la terre, les plaisirs du monde, pour se livrer aux œuvres de la foi, figurées par la harpe qu'elle tient dans ses mains, et qui, en récompense de sa piété, mérite d'avoir comme un avant-goût du Ciel en entendant les concerts des anges. Mais cette âme qui aspire à l'éternel bonheur, passe, en ce chemin de la vie, par des situations multiples et variées : il y a les âmes à la foi robuste et ardente, qui ont leur type en saint Paul, les âmes innocentes et pures, figurées par saint Jean, et enfin les âmes qui ont retrouvé la pureté dans les larmes de la pénitence, les âmes réhabilitées par le repentir, représentées par saint Augustin et sainte Madeleine.
C'est sous les auspices de ce délicieux souvenir que je veux placer, M. F., les quelques mots d'édification que je viens vous adresser. Aussi bien est-il
vrai que ce souvenir se réveille, se ravive en ce moment au fond de mon âme avec ses plus douces impressions. Vous avez devant vous une société d'hommes et déjeunes gens qui, laissant de côté, au moins en ce jour, la musique profane, ont voulu monter dans les sphères pures des mélodies religieuses et sacrées. Oh ! puissent-ils toujours comprendre la noble mission de leur art, qui est de les élever au dessus des basses régions de ce monde et de les rapprocher du Ciel ! puissent-ils, de temps en temps, regarder en haut, laisser arriver jusqu'à leurs oreilles ou plutôt jusqu'à leur cœur un écho des concerts angéliques, entendre le langage de la foi qui leur montre le sentier qui mène au Ciel, avec les moyens de le parcourir et d'arriver jusqu'à Dieu, en qui réside l'éternelle harmonie ! Comme Cécile, ils y trouveraient la plus suave jouissance. Or cette jouissance, elle vous est réservée à tous, M. F. : que vous soyez innocents et purs comme saint Jean, ou pénitents comme Augustin et Madeleine, si vous avez la foi de saint Paul, une foi pratique et agissante, vous êtes en droit d'espérer le Ciel. C'est un héritage qui ne peut vous fuir, et c'est cette espérance qui résonnera au fond de votre cœur comme une consolante mélodie au milieu de toutes les peines et de toutes les tribulations de votre vie, ainsi que je vais vous le démontrer rapidement...
PRONE