‹ Œuvres choisies (volume 3)Chapitre 32 sur 38 · JÉSUS EST DÉPOUILLÉ DE SES VÊTEMENTS · texte numérisé non relu

JÉSUS EST DÉPOUILLÉ DE SES VÊTEMENTS

Diviserunt sibi vest intenta niea et super vestem meaiu misernnt sortent .

Ils se partagèrent mes vêtements et tirèrent au sort ma

tunique.

Psalm., XXI, 12.

Dans ce dépouillement du Sauveur, dans ce supplice inouï infligé au Dieu des anges et des vierges, tous les Docteurs ont vu, et avec raison, l'expiation de tous les péchés de sensualité commis par l'homme ici-bas. Immense fut la douleur physique du Sauveur, quand on lui arracha violemment sa tunique, puisqu'on lui arracha en même temps des lambeaux de chair; mais plus vive, plus profonde, plus intense encore fut sa souffrance morale, quand sa nudité provoqua les insultes d'une insolente populace. Et pourtant la divine Victime souffrit tout en silence... et n'opposa aucune résistance à ses cruels bourreaux.

Apprenez, ô mon âme, apprenez donc quel grand mal est le péché contre la plus belle et la plus déli-

cate des vertus. Mais recueillez encore, près du Dieu dépouillé, une autre leçon : le dépouillement du Maître est le symbole du dépouillement auquel le disciple doit s'exercer ici-bas, s'il veut aller au Ciel. Pour s'envoler vers son Dieu, l'âme doit être vide et désappropriée de tout ce qui n'est pas lui. Il y a pour la mort une préparation, un prélude et comme un noviciat, c'est ce détachement intérieur par lequel l'âme s'exerce par avance à mourir, en quittant en esprit tout ce qu'elle aime sur terre. Souvent c'est Dieu lui-même qui se charge de nous détacher et de nous dépouiller de force : hélas ! notre cœur est si collé aux créatures, aux frivolités de ce monde, si fasciné par l'enchantement de la bagatelle, qu'il est exposé à prendre le lieu d'exil pour la patrie. Voilà pourquoi le doux Maître d'en-haut, plein d'amour pour nos âmes, permet que nos affections aillent s'effeuillant progressivement avec le cours des années, comme s'effeuille la rose, au soir d'un jour d'été, quand le soleil a dardé de longues heures ses rayons de feu sur son calice embaumé. Mais pourquoi faut-il que trop souvent nos mécomptes d'affection nous attristent, nous brisent, nous découragent? Ces mécomptes sont des grâces dont nous devrions remercier notre Dieu... Il est vrai qu'il n'exige pas que nous ressemblions à ces hommes sans affections, « sine affectione », qu'a stigmatisés saint Paul, ce tendre Sauveur qui aimait si vivement Lazare, et qui avait une prédilection si marquée pour saint Jean et les autres disciples ; mais il veut que nous fassions, à mesure que nous avançons dans la vie, l'apprentissage de la mort, en quittant souvent en esprit les créatures qui nous sont chères ici-

bas ; pauvres que nous sommes, il veut que nous nous dépouillions de nos haillons avant de nous présenter à lui, pour être revêtus de sa pourpre royale. Que de fois, ô bon Maître, vous nous avez prêché, pendant les jours de votre vie apostolique, l'esprit de sacrifice et d'abnégation ! Aujourd'hui vous nous en donnez la plus éloquente leçon pratique, en vous laissant dépouiller de vos vêtements. Nous vous en conjurons, ah ! donnez-nous la force d'arracher fibre par fibre les affections trop vives qui nous enchaînent à la terre ; faites que, par esprit de sacrifice, nous soyons disposés à laisser pour vous, pour votre amour, pour votre service, tout ce qui enlace notre cœur. A cette condition seulement, notre âme sera prête à s'élancer vers vous, quand vous l'appellerez; elle chantera alors, avec l'élan du Prophète, le cantique de la délivrance : « Laqueus contritus est et nos liberati siunus ; nos chaînes sont brisées et nous sommes en liberté... »

XIme STATION

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