‹ Œuvres choisies (volume 3)Chapitre 33 sur 38 · JÉSUS EST CLOUÉ A LA CROIX · texte numérisé non relu

JÉSUS EST CLOUÉ A LA CROIX

Postqnam veneruut in locum qui vocatur Calvariœ , ibi criicifixerunt eiun.

Quand ils furent arrivés au sommet du Calvaire, là ils le crucifièrent.

S. Luc, XXIII, $3.

Arrêtez un instant vos regards sur la soumission de Jésus à ses persécuteurs : il présente successivement ses mains et ses pieds à ses bourreaux, qui y enfoncent d'énormas clous et retendent sur la croix

comme une victime sur l'autel; il se laisse lever en l'air sur l'instrument de son supplice, et il ne pousse aucune plainte, il n'exhale aucun murmure. Et pourtant c'est bien alors qu'il peut emprunter la parole de son Prophète et s'écrier : « O vous tous qui passez par ce chemin, voyez s'il est une douleur semblable à la mienne. O vos omnes qui transitis per viam, attendite et videte si est dolor sicut dolor meus » . C'est à grand'peine que l'imagination humaine la plus féconde peut se faire une idée des tortures affreuses qu'endura notre bon Maître.

Ce doux silence de la Victime divine à l'heure de son agonie, cette sérénité patiente de l'agneau qui s'abandonne à ceux qui l'égorgent, ont porté leurs fruits : à l'exemple du Sauveur, les martyrs des premiers siècles « s'en allaient joyeux d'avoir été jugés dignes de souffrir » l'affront et la Croix pour le nom de Jésus, et il est touchant de contempler à travers les âges les nombreuses phalanges de stigmatisés admis à partager, dans les extases divines de l'amour, les douleurs du crucifiement.

Mais à quoi bon chercher, dans le passé, les héritiers de la patience de Jésus-Christ au sein des douleurs et des tortures ? Allons au chevet de l'agonie du chrétien: quelles luttes, quels déchirements pour laisser exilés et isolés sur terre ceux qui lui sont chers ! et quelles souffrances aiguës brisent et déchirent ses membres ! Et pourtant la sérénité la plus

parfaite brille sur son visage. . . Ne l'avez-vous pas vu, comme moi, cet homme nouveau marqué au front du sceau des frères de Jésus-Christ, ce vrai chrétien qui sait s'appliquer par les sacrements les mérites de la vie et de la passion de son Dieu?... Au milieu des

plus rudes souffrances du corps et du cœur, son front reste serein, un reflet de la paix de son âme illumine ses traits ; tenant entre ses mains crispées l'image du Sauveur crucifié, tantôt il tourne vers cette figure adorable sa paupière défaillante, tantôt il appose ses lèvres avec amour sur les plaies de son maître... Mais c'est surtout à l'heure bénie où Jésus, pain mystérieux de la vraie vie, viatique substantiel de l'éternité, s'est identifié à lui par la communion suprême, que s'opère une admirable transformation... Il souffre encore, mais la consolation domine la souffrance; le calice de l'agonie est toujours amer, mais l'amertume fait place à la suavité, à la jouissance. Volontiers il s'écrie, comme saint Paul : « Je surabonde de joie au milieu de mes douleurs » : pour lui, comme pour le Sauveur, l'agonie est le portique du triomphe. La Croix a été pour le Dieu fait homme le trône où il s'est assis avant de prendre son essor pour le séjour de sa gloire; l'agonie, la croix est, pour le chrétien, l'instrument de la victoire dernière qui lui mérite la couronne de vie.

XIIme STATION

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