Oeuvres choisies
J'ai sous les yeux, grâce à votre obligeance, les bonnes feuilles au premier volume des Œuvres choisies de Mgr. Billard, que vous allez donner au public. Permettez-moi de vous remercier et de vous féliciter du zèle pieux que vous avez mis à recueillir les principales Lettres pastorales, les Discours, les Sermons, les Allocutions et enfin les Méditations du saint Évêque, dont vous étiez le compatriote, et qui vous avait discerné, entre tant d'autres jeunes prêtres de Rouen ou de Carcassonne, pour faire de vous son inséparable compagnon et le confident discret de ses pensées.
Vous aviez admiré, dans l'ombre de sa vie privée et intime, les grandes qualités de Mgr. Billard. La hauteur de ses vues et de ses intentions, l'ardeur de ses convictions, l'éloquence avec laquelle il les exprimait et les défendait^ la noblesse de son caractère, son dédain des considérations intéressées et égoïstes, son humilité môme, quand on lui signalait quelque erreur, à laquelle il aurait pu se laisser entraîner : voilà les traits de sa physionomie morale, dont vous aviez été tout de suite frappé ; et nul, plus que vous,
n'avait pu le constater d'aussi près, ni être plus sensible à la beauté d'une âme, déjà très riche par le fond de sa nature, mais qu'une application constante à la prière, à la réflexion et à l'étude avait encore enrichie.
Si le jeune professeur de Bois-Guillaume, le jeune vicaire de Dieppe, de Saint-Patrice et de la cathédrale de Rouen, le curé de Caudebec-lès-Elbeuf, le chanoine titulaire et enfin le vicaire-général du cardinal de Bonnechose, avait parcouru si vite, en s'élevant toujours, les vingt-huit années de son sacerdoce, c'est sûrement parce qu'il y avait en lui de multiples et merveilleuses ressources, qui l'avaient mis à même de remplir, dans des conditions de très rare supériorité, les diverses fonctions, auxquelles l'obéissance l'avait successivement appelé.
Et vous avez très bien agi, cher Monsieur le Chanoine, en disposant comme vous l'avez fait, le plan de la publication que vous comptez faire. En réimprimant, tout d'abord, les principales œuvres de Mgr. Billard, comme évêque de Carcassonne, vous avez montré les fruits d'un talent, qui s'était pleinement épanoui et mûri sous notre soleil. Un peu plus tard , vous nous donnerez les premières compositions de son intelligence si vive et si féconde, comme vicaire et comme curé ; et ces pages, encore inconnues de nous, justifieront l'estime grandissante, que l'administration diocésaine de Rouen avait faite de M. l'abbé Félix-Arsène Billard. Il est bon, quand un homme a montré toute sa mesure et réalisé toutes les espérances, conçues à son sujet, il est bon de remonter vers le temps où, d'un vol encore timide, il s'essayait à donner à ses ailes toute leur envergure, et à tenter l'essor, dont il se sentait instinctivement capable.
Quelles belles leçons vous fournirez aux jeunes prêtres qui liront les Œuvres choisies de Mgr de Carcassonne ! Ils trouveront dans ses mandements une doctrine sûre, un enthousiasme généreux pour le service de l'Eglise et de son auguste Chef, un sentiment très vif des besoins de la société
française à notre époque. Et quand ils demanderont à quelles sources il avait puisé des connaissances aussi étendues et aussi variées, à quel foyer il avait allumé le flambeau d'une foi si éclairée et d'une charité si ardente, vos publications prochaines leur apprendront que c'est le travail, la réflexion, l'expérience, la méditation proprement dite, qui avaient peu à peu ensemencé les sillons de son vaste esprit, et préparé l'opulente moisson, dont a joui, pendant près de vingt ans, le diocèse de Carcassonne.
Que si, depuis un siècle, beaucoup d'autres prêtres, — vicaires-généraux ou secrétaires d'Evêques — , avaient fait ce que vous commencez à faire pour votre Protecteur et Père, nous aurions tous les éléments d'une biographie générale de l'épiscopat français, qui serait à la fois pleine d'intérêt et d'édification. Cette histoire nous manque malheureusement. Nous avons quelques pierres, soigneusement travaillées, qui seraient aptes à entrer dans l'édifice important, auquel je songe : nous n'avons pas l'édifice lui-même, et c'est un grand dommage.
Grâce à vos soins, la noble et pure physionomie de Mgr. Billard sera protégée, pour longtemps, contre l'envahissement de l'oubli. En lisant ce qu'il a écrit, on se rendra compte de tout ce qu'il a pensé, aimé, voulu, accompli. Et, loin de se borner à constater tristement que la vigueur et l'élan de ses premières années d'épiscopat, sous l'influence d'une implacable maladie, l'ont abandonné peu à peu, on regrettera qu'il ait prodigué trop libéralement les trésors de santé et d'énergie, qu'il avait apportés dans l'Aude.
Courage donc, cher Monsieur le Chanoine ; poursuivez la filiale entreprise, dans laquelle vous accompagnent les vœux et la sympathie des parents et des amis de Mgr. Billard ; faites retentir et prolongez au loin le son de sa voix, afin qu'il continue à instruire, à émouvoir, à exciter les âmes à l'amour de Dieu.
Nous serons avec vous pour méditer les leçons d'un apostolat autrefois si fécond, et qui peut continuer à l'être. Et
si, par impossible, quelques personnes avaient ignoré jusqu'à ce jour quel était le véritable caractère des enseignements et du zèle de ce pieux Évêque, elles apprendront, en lisant les volumes que vous allez nous donner, dans un avenir prochain, à le vénérer pour ses vertus et à l'admirer pour le charme et l'onction de ses écrits.
Agréez l'affectueuse assurance de mes sentiments bien dévoués et respectueux en N. S.
f Fr.-M.-A. de Cabrières,
Evoque de Montpellier.
A M. le chanoine L. Charpentier, Secrétaire -général de l'Évêché de Carcassonne.