NOTICE
Bel esprit il le fuï toujours un peu ; c'était une de ses façons d'être élégant, et de se montrer grand seigneur ; grand seigneur, il l'était par sa naissance. Il s'appelait François Salignac de la Mothe-Fénelon et appartenait à une vieille famille noble du Périgord. C'est dans cette province, au château de Fénélon, qu'il naquit le 6 août 1651.
On a peu de renseignements sur son enfance ; c'est dans sa famille qu'il commença ses études, il fut ensuite envoyé à l'université de Cahors, puis au collège du Plessis à Paris, où il étudia la théologie, car il était destiné à l'état ecclésiastique, et enfin au séminaire de Saint-Sulpice. Il fut ordonné prêtre en 1675 ; il fut attaché à la paroisse de Saint-Sulpice et reçut de son oncle l'évêque de Sarlat, qui le résigna en sa faveur, le doyenné de Carenac, en Querci, dont le bénéfice annuel était de 3 à 4000 livres ; en 1678 il fut nommé directeur des Nouvelles catholiques^ communauté pour les femmes de la religion protestante converties au catholicisme ; en 1685 il fut chargé de diriger dans le Poitou et la Saintonge les missions organisées pour la conversion des calvinistes.
C'est l'année suivante qu'il écrivit son* célèbre Traité de l'éducation des filles. Il ne le composa pas pour le public, mais seulement pour la duchesse de Beauvilliers qui avait en lui une grande confiance, et qui le lui avait demandé, car elle était mère de cinq filles dont elle devait diriger l'éducation. Ce traité fut publié cependant. La première édition en fut donnée en 1687. C'était un sujet tout nouveau. L'importance de l'éducation des filles paraît avoir été peu sentie avant Fénelon. Mais, s'il avait eu peu de devanciers, il eut davantage de disciples, et des disciples éminents. Il suffira de citer, parmi les contemporains même de notre auteur, Mme de Maintenon et la marquise de Lambert.
Après sa campagne de missions il fut proposé pour l'évêché de Poitiers, puis pour celui de La Rochelle. Il n'obtint ni l'un = 9 =
FÊNELON .
ni l'autre ; mais, grâce à des protections puissantes, parmi lesquelles celle du duc de Beauvilliers, dont il était l'intime ami, il fut nommé en 1689 précepteur du jeune duc de Bourgogne. C'est pour l'éducation de ce prince qu'il composa quelquesuns de ses ouvrages : le Télémaque, les Dialogues des morts et les Fables en prose. Mais son action ne se borna pas là ; 2lle fut plus directe et plus forte ; il donna à son élève de véritables répétitions, il fut un vrai maitre d'études. Il avait des qualités pédagogiques publiquement reconnues ; il les mit ici en pratique ; il le fit avec cette douceur de manières et cette inflexibilité de volonté, qui étaient deux traits de sa nature que Saint-Simon a bien vus ; il réussit, dit-on, à produire dans le caractère du jeune prince de grands changements. C'est Saint-Simon encore qui raconte que d'un enfant « dur et terrible jusqu'aux derniers emportements, passionné pour tous les plaisirs, livré à toutes les passions », Fénelon fit « un prince affable, doux, humain, humble et austère pour soi ». M. Brunetière se demande si l'éducateur ne dépassa pas la mesure, et s'il ne brisa pas chez son élève le ressort de la volonté; il se demande aussi comment le duc de Bourgogne, ainsi mâté, aurait gouverné s'il eût été appelé à régner.
Fénelon avait cependant l'ambition de faire de lui un bon et grand roi; il était occupé de problèmes politiques. Il le fut presque jusqu'à sa mort. Et c'est dans la dernière partie de sa vie qu'il composa un Plan de gouvernement, un Examen de conscience sur les devoirs de la royauté, et qu'il rédigea divers mémoires sur des questions de politique; les uns concernent la guerre de la succession d'Espagne, les autres traitent des précautions à prendre après la mort du duc de Bourgogne. Fénelon y montre, non pas un esprit chimérique, comme on l'a dit de lui à propos de son Télémaque, mais un esprit très pratique au contraire, qui a du gouvernement une conception nette, mais dont les principes» = 10 < -=