‹ Œuvres choisies (volume 2)Chapitre 55 sur 64 · II. Je voudrais approfondir en grand secret : 1° les preuves · texte numérisé non relu

II. Je voudrais approfondir en grand secret : 1° les preuves

(1) Rappelons ici les autresé crits politiques de Fénelon. I»'abor J ses divers mémoires concernant la guerre d'Espagie, qui sont au nom rf de neuf; — I» Mémoire sur les moyens de prévenir la guerre (18 août 1701 ; — 2* Fragment d'un mémoire sur la campagne de 1702 ; — 3» Mémoire sur la situation déplorable de la France en 1710; — 4« Mémoire sur les raisons qui semblent obliger Philippe V à abdiquer la couronne d'Espagne : — 5» Observations au duc de Chevreuse sur le mémoire précédent; —6° Examen des droits de Philippe V à la couronne d'Espagne [1710-1711) ; — 70 Mémoire sur la campagne de 1712; — 8° Mémoire sur la paix ; — 90 Mémoire sur la souveraineté de Cambrai. — Ensuite ses Plans de gouvernement concertés avec le duc de Chevreuse pour être proposés au duc de Bourgogne (novembre 171 1). — La première partie y traite de la situation actuelle : Projet pour le présent; la deuxième contient un Plan de réforme après la paix et traite successivement de l'état militaire, de Tordre de dépenses à la cour, de l'administration intérieure du royaume; de l'Église/; de la noblesse; de la justice; du commerce. — Enfin son Examen de conscience sur les devoirs de la royauté, composé aussi pour le duc de Bourgogne. — Fénelon a écrit en outre un certain nombre de lettres sur les questions de politique; elles sont adressées à diverses personnes: au duc de Beauvilliers, au duc de Chevreuse, etc. ;une surtout à Louis XIV datée dj 1695 et qui contient des Remontrances à ce prince sur divers points de son administration.

(2) Le duc de Bourgogne mourut le 18 février 1712 - La date des Mémoires de Fénelon n'est pas de sa main; elle a été écrite par le duc de Chevreuse.

FÉNELON

de ce qu'il a fait en Espagne; 2° les faits précis qu'on allègue maintenant.

III. S'il n'est pas coupable, on prépare à pure perte une guerre civile, en le tenant pour suspect et en l'excluant.

IV. S'il est coupable, il est capital de mettre en sûreté la vie du roi et du jeune prince, qui est à toute heure en péril.

V. S'il n'est pas coupable, et s'il est bien intentionné, il serait capital de le traiter avec confiance, et de l'engager par honneur, etc.

VI. Ce qui me frappe est que sa fille, qui est dans l'irréligion la plus impudente, dit-on, ne saurait y être sans lui; et qu'étant instruit de tout ce qu'on dit de monstrueux de leur commerce, il n'en passe pas moins sa vie tout seul avec elle. Cette irréligion, ce mépris de toute diffamation, cet abandon à une si étrange personne, semblent rendre croyable tout ce qu'on a le plus de peine à croire. Il est ambitieux et curieux de l'avenir,

VII. Il y a des crimes qu'on ne peut jamais s'assurer de prouver judiciairement, qu'après l'entière instruction du procès. Il est terrible de commencer celui-ci dans l'incertitude.

VIII. La preuve est encore bien plus difficile contre une personne d'un si haut rang. Qui est-ce qui ne craindra point de succomber dans une si odieuse accusation ? Chacun craindra une prompte mort du roi, ou une indulgence de sa part pour sauver l'honneur de la maison royale. Chacun craindra un ressentiment éternel de cette maison. Les espérances de récompense ou de protection ne sont nullement proportionnées à de telles craintes. Dès qu'on viendra à chercher les témoins en détail, chacun reculera.

IX. Si par malheur le crime était vérifié, ferait-on mourir avec infamie un petit-fils de France, qui peut parvenir bientôt, par droit de succession, à la couronne ? Pourrait -on avec sûreté le tenir en prison perpétuelle? N'en sortirait-il point quand son gendre et sa fille auraient l'autorité ?

3C. Supposé même qu'on eût la force de le déclarer exclu de la succession, quelles guerres n'y aurait -il pas à craindre si le cas arrivait ? De plus, on ne pourrait pas exclure son fils, qui est innocent. Que n'y aurait-il pas à craindre du père du roi, lequel père aurait été exclu avec infamie de la royauté?

MÉMOIRES

XI. Toute recherche, ou molle et superficielle, ou rigoureuse et sans entier succès, pour achever de le perdre, produirait à pure perte des maux infinis. D'un côté, il serait implacable sur une recherche infamante ; de l'autre il serait triomphant sur ce qu'on n'aurait pas pu le convaincre. Il serait exclu de la régence, et il en aurait néanmoins toute l'autorité effective sous le nom de son gendre qu'il gouvernerait par sa fille.

XII. Il ne faut point compter sur l'indignation publique. L'horreur du spectacle récent excite cette indignation : elle se ralentira tous les jours. Un petit-fils de France, calomnié si horriblement, et sans preuve claire, exciterait bientôt une autre indignation. De plus, les mœurs présentes de la nation jettent chacun dans la plus violente tentation de s'attacher au plus fort par toutes sortes de bassesses, de lâchetés, de noirceurs et de trahisons.

XHI. Ce prince, s'il était poussé à bout, trouverait de grandes ressources, par la faiblesse présente , par le déclin d'un règne prêt à finir, par son esprit violent quoique léger, par ses grands revenus, par l'appui de son gendre, par l'irréligion de lui et de sa fille, par les conseils affreux qui ne lui manqueraient pas.

XIV. Si on l'exclut du conseil de régence, il paraîtra que le roi le tient pour suspect : cette exclusion sera regardée par là comme très flétrissante. En ce cas, son intérêt est qu'on fasse une recherche où l'on succombe. Alors, il reviendra, après la mort du roi, contre cette exclusion flétrissante et calomnieuse. Il n'en faut pas tant, quand on est le plus fort, pour renverser ce qui paraît odieux et irrégulier.

XV. Dans la recherche, on ne pourrait guère découvrir le crime de N., sans trouver que sa fille a été complice de son action. En ce cas, que ferait-on d'elle? Elle peut devenir reine. Sa condamnation pourrait mettre M. le duc de Berri, devenu roi, hors d'état d'avoir jamais des enfants.

XVI. Si le jeune prince venait à manquer, après un éclat si horrible, le roi d'Espagne voudrait venir en France pour monter sur le trône ; et les Espagnols pourraient bien refuser de recevoir en sa place M. le duc de Berri, gouverné par cette fille et par ce beau-père qui leur est si odieux.

XVIÏ. En ce cas, il y aurait facilement une guerre entre les r 173 =

FENELON =

deux frères. Le roi d'Espagne, suivant les conseils de la reine son épouse, et de la nation espagnole, soutiendrait que ïa renonciation du feu Monseigneur et de feu M. le dauphin était aussi nulle que celle de la reine Thérèse d1 Espagne. Ils voudraient réunir les deux monarchies, pour ne tomber pas dans des mains si odieuses et si diffamées.

XVIII. Malgré toutes ces raisons de ne point faire une recherche avec éclat, je voudrais qu'on en fît une très secrète pour assurer la ^viedu roi et du jeune prince, supposé qu'on trouve des indices qui méritent cet approfondissement. Mais le secret est également difficile et absolument nécessaire.

XIX. Ne pourrait-on pas examiner en grand secret le chimiste de ce prince, et voir le détail des drogues qu'il a composées ? Il faudrait en prendre et en faire des expériences sur des criminels condamnés à mort.

XX. Si par malheur le prince est coupable, et s'il voit qu'on ne veut rien approfondir, que n'osera-t-il point entreprendre ?

SECOND MÉMOIRE Le Roi.

I. Je crois qu'il est très important de redoubler, sans éclat et sans affectation, toutes les précautions pour sa nourriture, etc., comme aussi pour celle du jeune prince qui reste.

II. Il est à désirer que tous les ministres se réunissent pour rendre Sa Majesté très facile à acheter très chèrement la paix : c'est l'unique moyen de le débarrasser pour le reste de sa vie, et de la prolonger.

III. Ils peuvent lui faire entendre que c'est ce qu'il doit à sa gloire et à sa conscience. Il ne doit point s'exposer à laisser un petit enfant avec tout le royaume dans un si prochain péril.

IV. On peut lui présenter l'extrémité où on se trouverait s'il tombait dans un état de langueur où il ne pourrait rien décider, et où nul ministre n'oserait rien prendre sur soi.

V. On peut lui faire entrevoir le cas d'une bataille perdue, et des ennemis entrant dans le cœur du royaume.

VI. On peut lui laisser voir le cas où la France aurait le malheur de le perdre. Alors on aurait tout à craindre du

MÉMOIRES

parti huguenot, du parti janséniste, des mécontents de divers états, des princes exclus de la régence, des dettes payées ou non payées, des troupes très nombreuses sans discipline. Le remède est d'établir sans aucun retardement un conseil de régence, que tout le monde s'accoutume à respecter.

VII. On peut lui représenter la consolation, la gloire et la confiance pour son salut, qu'il tirera d'une prompte paix, si elle lui donne les moyens de commencer à faire sentir quelque soulagement à ses peuples, après les maux de tant de longues guerres.

VIII. On peut lui faire considérer qu'il aura à faire au plus tôt la réforme de ses troupes, qui ne pourrait s'exécuter qu'avec un très grand péril dans le désordre d'une minorité.

IX. Il faut lui montrer combien il importe qu'il rétablisse au plus tôt quelque ordre dans les finances, sans quoi on ne peut espérer aucune respiration des peuples avant les troubles d'une minorité. Pendant une régence, un prince qui voudrait troubler l'Etat aurait un moyen facile d'y réussir. Si le conseil de régence paye les dettes, il ne saurait soulager les peuples ; et les peuples accablés ne continueront point à porter ce joug accablant, quand ils verront un prince qui leur offrira sa protection contre ce conseil ; si, au contraire, le conseil retranche ou suspend le payement des dettes pour soulager les peuples, les rentiers, qui sont en si grand nombre et si appuyés, feront un parti redoutable contre le conseil qui les aura maltraités.

X. On n'en peut dire autant des courtisans, et des militaires qui ont de grosses pensions : si le conseil de régence les paye, il accable les peuples ; s'il leur refuse ou leur retarde leur payement, le voilà devenu odieux. Ainsi, d'une façon ou d'une autre, voilà un puissant parti tout formé pour un prince qui voudra contenter son ressentiment et son ambition.

XI. Si M. le duc de Berri, livré à son épouse et à son beaupère, se trouvait, à la mort du Roi, à portée de gouverner sans qu'il y eût un conseil de régence déjà en actuelle possession et déjà affermi dans l'exercice de l'autorité, les peuples et les troupes accoutumés à n'obéir qu'aux ordres d'un seul maître, ne s'accoutumeraient pas facilement à préférer les décisions d'un conseil sans expérience, et peut-être fort divisé,

FÊNELON

aux volontés d'un fils et d'un petit-fils de France, réunis ensemble avec un grand parti.

XII. Si le prince mineur venait à mourir dans une telle conjoncture, M. le duc d'Orléans pourrait empêcher le retour du roi d'Espagne, surtout en cas que les Espagnols refusassent de recevoir M. le duc de Berri.

XIII. Il n'y aurait personne qui fût à portée de ménager les choses pour empêcher cette guerre civile : au moins un conseil déjà affermi travaillerait à la paix et au bon ordre, avec quelque autorité provisionnelle.

XIV. Il me paraît fort à propos que le B. D. (1) aille voir Mme de M. (2), qu'il lui parle à cœur ouvert pour la rapprocher de lui, et qu'il lui représente toutes ces choses, afin qu'elle concoure efficacement à cet ouvrage.

XV. C'est précisément ce qui peut lui attirer la bénédiction de Dieu et les vœux de la France entière ; c'est travailler au repos, à la gloire et au salut du roi. Que n'aurait-elle point à déplorer si le roi manquait dans cette confusion ?

XVI. Ce n'est point en épargnant chaque jour au roi la vue de quelques détails épineux et affligeants, qu'on travaillera solidement à le soulager et à le conserver. Les épines renaîtront sous ses pas à toutes les heures ; il ne peut se soulager qu'en s'exécutant d'abord en toute rigueur. C'est une prompte paix, c'est la destruction du parti janséniste, c'est l'ordre mis dans les finances, c'est la réforme des troupes faite avec règle, c'est l'établissement d'un bon conseil, autorisé et mis en possession tout au plus tôt, qui peuvent mettre le roi en repos, pour durer longtemps, et le royaume en état dese soutenir malgré tant de périls. On devra tout à Mme de M. si elle dispose le roi.

XVII. Le B. D. peut parler avec toute la reconnaissance due aux bons offices que Mme de M. lui a rendus autrefois. Il peut lui déclarer qu'il parle sans intérêt, ni pour lui, ni pour ses amis, sans prévention et sans cabale. Il peut ajouter que, pour ses sentiments sur la religion, il n'en veut jamais avoir d'autres que ceux du Saint-Siège ; qu'il ne tient à rien d'extraordinaire, et qu'il aurait horreur de ses amis mêmes,

(1) Le Bon duc = M. de Bauvilliers.

(2) M e de Maintenon.

MÉMOIRES

s'il apercevait en eux quelque entêtement, ou artifice, ou goût de nouveauté.

XVIII. Je ne crois que Mme de M. agisse par grâce, ni même avec une certaine force de prudence élevée. Mais que sait-on sur ce que Dieu veut faire? Il se sert quelquefois des plus faibles instruments, au moins pour empêcher certain s malheurs. Il faut tâcher d'apaiser Mrae de M. et lui dire la vérité : Dieu fera sa volonté en tout.

TROISIÈME MÉMOIRE Projet de conseil de Régence.

I. Faites un conseil nombreux : vous y mettrez le désordre, la division, le défaut de secret et la corruption : faites-en un moins nombreux, il en sera plus envié, plus contredit, plus facile à décréditer, surtout si les meilleurs sujets viennent à manquer.

IL Vous ne pouvez parvenir à faire établir ce conseil qu'en y admettant des gens de la faveur présente ; autrement ils vous traverseraient, chose facile à faire. C'est le rendre très nombreux, si vous voulez leur donner un contrepoids nécessaire par des gens droits et fermes.

III. Mettez-y N..., vous livrez l'Etat et le jeune prince à celui qui est soupçonné de la plus noire scélératesse. Excluez N..., pour ce soupçon, vous préparez le renversement de ce conseil, qui paraîtra fondé sur une horrible calomnie contre un petit-fils de France.

IV. A tout prendre, je n'oserais dire qu'il convienne de mettre dans ce conseil un prince suspect de scélératesse, qui se trouverait le maître de tout ce qui se trouverait entre lui et l'autorité suprême.

V. De plus, indépendamment de ce soupçon, on ne peut guère espérer qu'étant livré à sa fille, il contribuât à la bonne éducation du jeune prince, au bon ordre pour rétablir l'État.

VI. Pour adoucir cette exclusion je voudrais qu'on ne donnât à M. le duc de Berri que la simple présidence, avec sa voix comptée comme celle des autres, et pour conclure à la plurar lité des suffrages. Il faudrait qu'on élût un sujet à la pluralité des voix, si un des conseillers venait à mourir.

FÉNELON. 12

FÉNELON

VII. J'exclurais, autant que N..., tous les princes du sang, tous les princes naturels, tous les princes étrangers, qui ne regardent pas le roi comme leur souverain.

VIII. J'exclurais aussi les seigneurs auxquels on a donné un rang de prince ; c'est un embarras pour le rang à éviter. Il n'y a que M. le prince de Rohan qu'on pût être tenté d'admettre ; on peut très bien s'en passer.

IX. Les seigneurs ambitieux, souples et brouillons, chercheraient avec ardeur à entrer dans ce conseil ; mais tous les honnêtes gens craindraient et fuiraient cet emploi, comme un affreux embarras. Peu à espérer : tout à craindre. Le lendemain de la mort du roi, chacun des conseillers droits et fermes aurait à craindre au dehors l'autorité de M. le duc de Berri avec celle de M. le duc d'Orléans, et la division au dedans, avec le déchaînement des cabales. On aurait une peine infinie à composer ce conseil de personnes propres à faire bien espérer.

X. Je n'ose dire ma pensée sur le choix des prélats dignes d'entrer dans ce conseil.

XI. Pour les seigneurs, on peut jeter les yeux sur MM. les ducs de Chevreuse, de Villeroi, de Beauvilliers, de Saint- Simon, de Charost, de Harcourt, de Chaulnes : sur MM. les maréchaux d'Huxelles, de Tallard.

XII. Il est naturel que la faveur y mette MM. le duc de Guiche, le duc de Noailles, le duc d'Antin, le maréchal d'Estrées. Il faut songer au contrepoids.

XIII. On ne saurait exclure de ce conseil aucun des ministres ; pour les secrétaires d'État, on pourrait les appeler seulement pour les expéditions.

XIV. Il faudrait que le roi autorisât au plus tôt ce conseil de régence dans une assemblée de notables, qui est conforme au gouvernement de la nation.

XV. De plus, il faudrait que le roi, dans son lit de justice, le fît enregistrer au parlement de Paris ; semblable enregistrement dans tous les autres parlements, cours souveraines, bailliages, etc..

XVI. Le roi, dans l'assemblée des notables, pourrait faire prête : serment à tous les notables pour maintenir le conseil, et aux conseillers de ce conseil pour gouverner avec zèle, etc. M. le duc de Berri même prêterait serment.

MÉMOIRES

XVII. Il serait infiniment à désirer que le roi mît dès à présent ce conseil en fonction : îl n'en serait pas moins le maître de tout. Il accoutumerait toute la nation à se soumettre à ce conseil : il éprouverait chaque conseiller ; il les unirait, les redresserait, et affermirait son œuvre. S'il faut, le lendemain de sa mort, commencer une chose qui est devenue si extraordinaire, elle sera d'abord renversée. Depuis longtemps la nation n'est plus accoutumée qu'à la volonté absolue d'un seul maître, tout le monde courra au seul duc de Berri.

XVIII. Si on ne peut point persuader au roi une chose si nécessaire, il faudrait au moins, à toute extrémité, que Sa Majesté assemblât ce conseil cinq ou six fois l'année ; qu'il consultât de plus en particulier chacun des conseillers, et qu'il les mît dans le secret des affaires, afin qu'ils ne fussent pas tout à fait neufs au jour du besoin.

XIX. Il ne faut pas perdre un moment pour faire établir ce conseil. L'étonnement du spectacle, le cri public, la crainte d'un dernier malheur peuvent ébranler; mais, si sous ce prétexte de n'affliger pas le roi, on attend qu'il rentre dans son train ordinaire, on n'obtiendra rien.

XX. De plus, il n'y a aucun jour où nous ne soyons menacés ou d'une mort soudaine et naturelle, ou d'un funeste accident, suite du coup que le public s'imagine venir de N.

XXI. Chaque jour on doit craindre un affaiblissement de tète, plus dangereux que la mort même de Sa Majesté. Alors tout se trouverait tout à coup et sans remède dans la plus horrible confusion.

XXII. Sa Majesté ne peut, ni en honneur, ni en conscience, se mettre en péril de laisser le royaume, et le jeune prince sans héritier, sans aucune ressource pour le gouvernement de la France, pour l'éducation et la sûreté de l'enfant.

XXXIII. J'avoue que l'établissement de ce conseil doit nous faire craindre de terribles inconvénients : mais devant l'état présent on ne peut rien faire que de très imparfait ; et il serait encore pis de ne faire rien ; on ne peut point se contenter de précautions ordinaires et médiocres.

FÉNELON

Page 1