‹ Œuvres choisies (volume 3)Chapitre 102 sur 139 · Act^XM,u · texte numérisé non relu

Act^XM,u

Chap. V. — Saint Paul montre que le ministère est indépendan du peuple.

II nous reste à voir comment saint Paul parle sur le ministère. Dit- Il que les élus étant immobiles par leur élection, c'est à eux à relever le ministère du corps des pasteurs abattu, ou à le raffermir quand il sera chancelant? Tout au contraire, il assure que le corps des pasteurs est donné avec le ministère pour soutenir les élus mêmes. Voici ses paroles. Je les rapporte selon la version de Genève, parce qu'elle est plus familière et moins suspecte aux protestants. <r Lui-même donc a donné les uns pour être apôtres, les autres pour être prophètes, et les autres pour être évangélistes, et les autres pour être pasteurs et docteurs, pour l'assemblage des saints, pour l'œuvre du ministère, pour l'édification du corps de Christ, jusqu'à ce que nous nous rencontrions tous en l'unité de la foi et de la connoissance du Fils de Dieu, en homme parfait, à la mesure de la parfaite stature de Christ; afin que nous ne soyons plus enfants flottants, et étant démenés çà et là à tout vent de doctrine, par la piperie des hommes, et par leur ruse à cauteleusement séduire '.35 Comment parlent les protestants? Ils soutiennent qu'il peut arriver, et qu'il est même arrivé dans ces derniers temps, que le corps des pasteurs ayant corrompu le ministère, il a fallu que le peuple ait redressé le corps des pasteurs , et qu'il ait formé un ministère nouveau. Comment parle saint Paul? Précisément comme les catholiques. Il dit que Dieu donne des apôtres, des prophètes, des évangélistes, des pasteurs et des docteurs. Voilà la perpétuité marquée par cette suite de conducteurs, qu'il a donnés à son peuple dès l'origine de la religion. Remarquez qu'après avoir nommé les prophètes et les apôtres, il nomme les pasteurs et les docteurs, tant ceux que les apôtres ont établis de leur temps, que ceux qui leur succèdent dans toute la suite des siècles. Il les met ensemble sans distinction pour le gouvernement des élus. Ce n'est pas le peuple qui les prend, c'est Dieu même qui les donne. Mais pourquoi les donne-t-il? est-ce simplement pour instruire et pour édifier les élus? est-ce afin que les élus profitent de leur doctrine autant qu'ils la jugeront saine, et qu'ainsi les élus puissent ou continuer ou révoquer leur commission, comme ils le jugeront à propos ? Non. Tout au contraire, c'est afin que les élus qui seroient eux-mêmes flottants, démenés çà et là à tout vent de doctrine, exposés à la piperie et à la séduction des nouveaux docteurs, soient soutenus dans la simplicité de la foi par l'autorité et par les décisions du corps des pasteurs. Qu'on ne dise donc pas que la promesse de la perpétuité de la foi est attachée aux élus par le titre de leur élection. Il est vrai que cette perpétuité de la foi est promise en faveur des élus; mais elle ne doit pas venir par leur canal, c'est par celui des pasteurs, sans lesquels les élus mêmes seroient séduits et corromproient le sens des Écritures. Qu'on ne dise point aussi qu'au moins les élus ne renverseroient pas les points fondamentaux. Sans l'autorité des pasteurs,

i. Ephes., IV, 11.

les élus seroient des enfants flottants , o' est-à-dire le jouet de toutes les opinions incertaines, démenés çà et là à tout vent de doctrine, c'està-dire emportés, comme un vaisseau l'est par la tempête, dans tous les excès des doctrines les plus monstrueuses, où leur foi feroit naufrage. Vous voyez que nuUe espèce d'erreur n'est exceptée dans des termes si forts et si généraux. Ces pasteurs leur sont donnés pour les garantir de la piperie des hommes, c'est-à-dire pour les empêcher de suivre de nouveaux docteurs, qui ne manquent jamais de promettre qu'ils expliqueront mieux l'Écriture que les anciens. Mais cette autorité fixe des pasteurs peut-elle avoir quelque interruption ? Non , sans doute • car alors les élus mômes, séduits ou par la subtilité des faux docteurs' ou par leur propre esprit tenté de présomption , seroient démenés çà et là par tout vent de doctrine. Mais jusques à quel temps doit durer cet ordre de pasteurs, qui, bien loin de pouvoir être ébranlé, est le soutien inébranlable des élus mêmes? Saint Paul le décide clairement. « Jusqu'à ce, dit-il. que nous nous rencontrions tous en l'unité de la foi et de la connoissance du Fils de Dieu, en homme parfait à la mesure de la parfaite stature de Christ. » C'est encore , comme cet apôtre le dit au même lieu, a pour l'assemblage des saints et pour l'édification du corps de Christ, » c'est-à-dire, selon la note marginale de la Bible de Genève, pour rentier assortiment de ce corps; ce qui signifie clairement que cet ordre ou les élus, bien loin de relever le ministère des pasteurs, doivent être sans cesse soutenus par cette autorité du corps pastoral, qui subsistera sans interruption jusqu'au dernierjour où Jésus- Christ, rassemblant tous les saints, trouvera en eux l'intégrité de son corps mysUque et jugera le monde. Je n'ajoute rien au sens naturel et littéral des paroles de l'Apôtre : elles expriment d'elles-mêmes toute l'étendue du dogme catholique.

Écoutons encore saint Paul, qui parle à Timothée sur ce même principe. Remarquez toujours que ce n'est pas à un apôtre, mais à un pasteur ordinaire, comme ceux qu'on voit aujourd'hui, qu'il parle. a Prêche la parole, dit-il »; insiste en temps et hors temps. Reprends," tance , exhorte en toute douceur d'esprit et de doctrine : car il viendra un temps qu'ils ne souffriront point la saine doctrine; mais ayant les oreilles chatouilleuses, ils s'assembleront des docteurs selon leurs désirs » (la note marginale de Genève dit : Ils s'entasseront des docteurs les uns snr les autres), a et détourneront leurs oreilles de la vérité, et se tourneront aux fables. Mais toi, veille en toutes choses, endure les afflictions, fais l'œuvre d'un évangéliste. 35 Vous voyez par ces paroles que le malheur des derniers temps sera que les peuples, détournant leurs oreilles des enseignements des pasteurs déjà établis, se feront eux-mêmes des docteurs nouveaux, qu'ils entasseront selon leurs désirs, c'està-dire qu'ils voudront, non pas se soumettre à la doctrine des docteurs établis, mais se faire eux-mêmes des docteurs nouveaux, selon la doctrine qu'ils voudront suivre. Que doit faire alors Timothée ? doit-il croire que le ministère appartient au peuple, et que le peuple a un droit na-

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