‹ Œuvres choisies (volume 3)Chapitre 103 sur 139 · Timoth., n · texte numérisé non relu

Timoth., n

turel de se faire conduire par les pasteurs qu'il juge les plus convenables? Tout au contraire. C'est lorsque le troupeau se révoltera ainsi et voudra entasser des docteurs selon ses désirs, que le pasteur doit soutenir davantage son autorité, a Mais toi, veille, dit-il, en toutes choses, fais l'œuvre dhin évangéliste. » C'est encore dans le même sens que cet apôtre dit àTite : « Admoneste, et reprends avec toute autorité de commander*.» Peut-on marquer rien de plus absolu et de plus indépendant du peuple ?

Selon le système des protestants, les bons pasteurs mêmes, tels que Timothée et Tite, n'ayant que le droit et la commission du peuple, le peuple auroit pu révoquer leur commission toutes les fois qu'il l'auroit voulu. Quand même le peuple les auroit révoqués pour s'attacher à de faux docteurs, le ministère de Timothée et de Tite, quoique légitime, eût cessé par la révocation du peuple. Il est vrai qu'en ce cas, selon les protestants, l'autorité des nouveaux docteurs auroit été nulle à cause de leurs erreurs; mais celui des bons pasteurs n'en auroit pas été plus ferme. Ce qui en fût arrivé, c'est que le ministère des uns et des autres seroit tombé en même temps, et que l'Église seroit demeurée sans ministère. Celui des faux docteurs eût été nul par la corruption de leur doctrine, celui des bons docteurs eût été nul aussi par la révocation du pouvoir qui leur étoit confié par le peuple. Et si ces nouvelles confédérations, qui se seroient formées dans ces débris, n'eussent point ébianlé les points fondamentaux, selo:i M. Jurieu, elles n'auraient point été schismatiques ; Timothée et Tite n'auroient eu rien à leur reprocher. C'est en vain et injustement que l'un auroit voulu encore faire Vœuvre d'un évangéliste, et que l'autre auroit reprù avec toute autorité de commander. Ils sont déposés. Le peuple a usé de son droit; et soit qu'il en ait usé bien ou mal, les ministres, qui n'ont d'autorité que par lui, demeurent sans pouvoir.

CpAP. VI. — Réponse à quelques objections des ministres du Moulin^ '. Claude et Jurieu.

Les protestants ne manquent jamais de supposer un cas qu'ils croient fort embarrassant pour nous. Si un vaisseau plein de chrétiens, disentils, faisoit naufrage sur la côte d'une lie déserte et inconnue sans avoir de pasteurs, ne pourroient-ils point en faire parmi eux? faudroit-il qu'ils n'eussent jamais ni église, ni ministère, ni sacrement?

Mais ils devroient observer que le baptême, qui, selon eux et selon nous, est le premier des sacrements et celui qu'on peut moins se dispenser de recevoir, n'est pas nécessaire à salut selon eux, et selon nous, peut être administré au besoin par des laïques et même par des femmes. En voilà assez pour conserver le christianisme dans cette île éloignée, jusqu'à ce que ces chrétiens, reconnoissant la situation des lieux et des terres voisines, pussent bâtir quelque petit vaisseau pour aller chercher du secours. Cependant la simplicité de leur foi, les exhorta-

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