De Bapt., lib. I, n. u. — 3. Instit., liv. IV, ch. iix
a gi-âce da ministère, selon saint Paul, n'est-il qu'une cérémonie humaine? Pourquoi nos frères séparés croient-ils que le baptême et l'eucharistie sont des sacrements, sinon à cause que l'Écriture nous marque des effets de grâce attachés à ces deui signes institués par l'esprit de Dieu? La même Écriture nous marque une grâce attachée à l'imposition des mains. Pourquoi donc refuser de croire que l'esprit de Dieuqui a institué deux sacrements pour faire naître et pour nourrir les chrétiens, en a institué un troisième pour donner des pères et des pasteurs visibles à tout le troupeau?
L'ordination est une cérémonie, il est vrai, mais une cérémonig divine, comme les autres sacrements : elle fait tellement l'essence du caractère des ministres, que l'Écriture ne désigne leur entrée dans le ministère que par l'imposition des mains. Quand saint Paul dit : y impose les mains hâtivement à personne, tout le monde entend parla naturellement, sans explication, qu'il ne faut pas ordonner avec précipitation les ministres. Tant il est vrai, selon le langage du Saint-Esprit, et selon toutes les idées qu'il a données à l'Église, qu'il n'y a point (^'autre action pour faire des pasteurs que l'imposition des mains. A cette autorité des apôires, nous joignons la doctrine et la discipline constante de toutes les Églises, certifiée par le témoignage de saint Augustin, a Personne ne doute, dit-il, que l'ordination ne soit un sacrement comme le baptême; » mais un sacrement qui, bien loin de ne rien opérer, imprime un caractère que la déposition d'un pasteur qu'on ôte de sa fonction, ni l'hérésie, ni l'apostasie, ne peuvent jamais effacer. Mais si, malgré ce témoignage si formel de saint Augustin sur la tradition, et malgré l'aveu de Calvin sur la nature du sacrement de l'ordination, on persiste encore à douter de la tradition constante de tous les siècles sur cet article, on peut consulter Calvin même, comme un témoin non suspect de cette tradition, a L'opinion des sept sacrements, dit-il ', a été toujours tant commune entre les hommes, et tant démenée en disputes et sermons, que d'ancienneté elle est enracinée au cœur de tous, et y est encore maintenant fichée. » Ce n'est donc pas, comme M. Jurieu a osé le dire, une simple cérémonie humainement instituée. Les hommes n'instituent point les sacrements : leurs commissions étant révocables n'impriment aucun caractère fixe; leurs cérémonies ne peuvent donner rien d'ineffaçable : et comme ils en sont les auteurs, ils peuvent les réitérer aussi souvent qu'ils le croient utile. De là vient que tant de pasteurs protestants, en quittant la France, n'ont fait aucun scrupule de se faire réordonner en Angleterre. Ils ont jugé avec raison , selon leurs principes , qu'une simple bénédiction instituée par les hommes pouvoit être renouvelée toutes les fois qu'il conviendroit de le faire pour le repos, et pour la conserration de leur emploi de pasteur. Ceux qui ont été plus scrupuleux ont senti que l'ordination n'est pas une simple cérémonie, quoique leur réforme l'assure, et n'ont pas voulu se faire réordonner en Angleterre. Aussi l'antiquité, qui avoit reçu des apôtres des idées toutes contraires à la prétendue