Instii.Ah-. IV
réforme, a regardé la réordination avec horreur. Si nous trouvons dans Gratien quelques règles pour les réordinations des simoniaques, c'est qu'alors on a supposé, bien ou mal, qu'il manquoit à ces ordinations quelque circonstance nécessaire à leur validité. Et, sans entrer dans le détail des faits, il est certain qu'on ne les a réitérées qu'à cause qu'on les a crues nulles. Ainsi l'ordination est si essentielle, qu'on a cru la devoir faire de nouveau dès qu'on a douté qu'elle eût été faite validement la première fois. L'erreur de ceux qui s'y sont trompés ne nous importe en rien, car il nous est inutile d'examiner si on a eu raison ou tort de croire certaines ordinations nulles, puisqu'il est constant qu'on ne les a refaites qu'à cause de leur prétendue nullité. Ainsi, si elles ont été réitérées sans avoir été nulles, c'est par ignorance que cela s'est fait, comme parle saint Augustin. C'est ce que les auteurs contemporains ont dit des ordiaations du pape Formose, que Sergius ou Etienne voulut réitérer par un aveugle emportement contre sa mémoire. C'est ainsi qu'en parle le célèbre Auxilius dans le dialogue qu'il fit pour répondre à Léon de Noie , parce que celui-ci résistoit pour n'être point réordonné. Il allègue l'exemple du pape Anastase, qui avoit confirmé les ordinations faites par l'hérétique Acacius, et les preuves dont ce pape s'étoit servi. Il ajoute que les réordinations sont un crime semblable aux rébaptisations. Enfin il parle comme nous, et ne permet pas de douter que la tradition en ce point ne demeurât alors constante, malgré quelques exemples où des particuliers paroissent ne l'avoir pas consultée. Luitprand condamne cette conduite. « Ce n'est pas là, ditil, ce que le droit permet, mais ce que la rage persuade. Ce n'est pas une erreur dans la foi, mais une violente tyrannie dans le fait.... La bénédiction, ajoute-t-il, que le ministre donne est répandue, non par le pontife qu'on voit, mais par celui qu'on ne voit pas; car ni celui qui arrose, ni celui qui plante n'est quelque chose, mais Dieu qui donne l'accroissement.» Vous reconnoissez dans ces paroles le langage de la tradition. N'est-ce pas ainsi que saint Augustin parloit contre les donatistes? Il est vrai que la passion et l'ignoiance des intrus faisoient que, sans examiner les règles, ils vouloient que leurs prédécesseurs fussent regardés comme n'ayant jamais été pasteurs, et que leurs ordinations passassent pour nulles. Mais ce n'est pas une discipline qu'on puisse reprocher à l'Église; c'est seulement un excès de grossièreté, et une vengeance personnelle que l'Église a condamnée avec horreur dès ces temps-là. Les auteurs que je viens de nommer le montrent assez. De plus, Jean IX, dans un concile romain, condamna tout ce qui avoit été fait dans l'affaire de Formose. Il faut toujours conclure que ce qui s'étoit fait d'irrégulier s'étoit fait par ignorance, selon l'expression de saint Augustin. Ainsi la règle générale demeure dans son intégrité. Jamais aucun auteur catholique n'a enseigné qu'une ordination valide peut être réitérée. C'est suivant cette règle que le concile de Nicée admet les ordinations des novatiens, et ne veut pas qu'on les réitère*. C'est encore par la même raison que saint Jérôme soutient,