Joan., xiu
ris et perfectionnés dans le sein de l'Église mère. Ne voulez-vous pas être de leur communion et aimer comme eui la mère qu'ils ont si tendrement aimée? Il faut devenir comme eux simple et petit enfant, pour sucer le lait de ses mamelles. Le lait qui coule, c'est l'esprit d'amour et d'oraison ; l'esprit d'oraison et l'esprit d'unité sont la même chose. Cherchez tant qu'il vous plaira hors de cette sainte unité, vous n'y trouverez guère que des cœurs hautains, contentieux et desséchés : vous y trouverez des docteurs secs et éblouis de leur science, qui languissent sur des questions sans fin et qui s'évaporent dans leurs propres pensées; vous y trouverez des pratiques exactes et sévères en certains points de discipline; vous y trouverez l'horreur de certains vices grossiers; vous y trouverez une attention curieuse au sermon et un chant de psaumes qui excite l'imagination, avec des prières où les paroles arrangées et multipliées frappent les auditeurs; mais vous n'y trouverez point cette oraison tout intérieure qui a fait chez nous tant de grands saints. Il est vrai que vous remarquerez chez nous beaucoup de docteurs vides de Dieu et pleins d'eux-mêmes, beaucoup d'ignorance et même de superstition dans les peuples; mais la vraie Eglise n'est pas exempte de scandales. Il faut laisser croître le mauvais grain avec le bon a jusqu'à la moisson , » de peur qu'une réforme téméraire n'arrache le bon grain avec le mauvais et qu'elle ne ravage au lieu de réformer. La vraie Église est celle qui nourrit le pur grain mêlé avec l'ivraie, et qui tolère l'ivraie, dans l'espérance que le Seigneur en séparera un jour lui-même le pur grain. Encore une fois. Monsieur, ce n'est que dans l'Eglise catholique que vous trouverez cette oraison que vous aimez tant et qui vous donne un si grand attrait d'amour pour Dieu. Ailleurs on parle, on chante, on loue Dieu, on raisonne, on dispute, on exhorte, on fait des règlements : dans l'ancienne Église or se tait, on se rapetisse, on rentre dans l'enfance par simplicité, oa. se compte pour rien, on s'anéantit, on est l'holocauste d'amour. Le nombre de ces âmes, dont le monde n'est pas digne, est petit, il est vrai; mais enfin il n'est que là. Comparez ces saints avec les réformateurs et avouez la différence : il n'y a que l'unité qui porte de tels fruits.
La seconde chose que je vous souhaite, c'est que vous marchiez dans la voie de pure foi, pour éviter toute illusion. Prenez garde que la plupart des âmes qui s'imaginent marcher par cette voie n'y marchent point; on tient infiniment plus qu'il ne paroît aux expériences intérieures qu'on fait. Si on n'est en garde contre soi-même, on tend toujours insensiblement à chercher un appui et une certitude intérieure dans ses goûts, dans ses sentiments les plus vifs, et dans toutes les choses qui ont saisi l'imagination. On regarde son propre goût comme un attrait de grâce, ses propres vues comme des lumières surnaturelles, et ses propres désirs comme des volontés de Dieu. On s'imagine que tout ce qu'on éprouve en soi est passif et imprimé de Dieu : par là on se fait insensiblement à soi-même une direction intérieure fondée sur l'inspiration immédiate. Il n'y a plus ni autorité ni loi extérieure qui arrête et qui puisse contre-balancer cette inspiration
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Voilà le danger du fanatisme , pour les âmes qui se croient désappropriées et transformées sans l'être : si elles l'étoient, leur véritable désappropriation les éloigneroit infiniment de cette illusion par laquelle elles s'approprient leur lumière et s'en font un appui pour être indépendantes. Oh ! que les profondes ténèbres de la pure foi sont bien différentes de cette fausse voie! On ne voit rien de particulier, et on ne cherche à rien voir : on se contente de croire comme les plus petits d'entre le peuple; on ne sait qu'obéir, que se laisser contredire et corriger, que se défier de soi, que sentir sans cesse son impuissance totale; on n'a aucun besoin de chercher curieusement dans l'avenir pour se consoler du présent, ni de se flatter de prédictions. Quand on a le cœur pleinement content de la seule volonté de Dieu en chaque moment de la vie, on n'a besoin de rechercher aucun soutien dans ces vues de l'avenir; on mérite d'y être trompé dès qu'on les cherche par une inquiétude secrète, dans l'état présent où la seule volonté de Dieu ne suffit pas à un cœur malade. Mais ce'.te vue de foi si nue est le plus long et le plus grand de tous les martyres; il faut s'y laisser dépouiller de tout ce qui console et qui soulage la nature. Il est facile de parler affectueusement de cet état; mais il est terrible de le porter jusqu'à la mort. En cet état, si on faisoit des miracles, on les feroit sans s'y arrêter; on les feroit par pure fidélité, comme on pratique les vertus les plus journalières, comptant pour rien ce qu'on a fait, et passant outre pour continuer à être fidèle. En cet état l'homme reçoit ses bonnes pensées comme d'emprunt, de même qu'un pauvre se couvriroit d'un manteau prêté charitablement. Cet homme n'est pourtant ni inconstant ni irrésolu : mais sa fermeté ne vient d'aucune confiance en sa propre lumière; au contraire, c'est par défiance de sa propre lumière et par simple docilité qu'il est tranquille dans la main de Dieu. Sa voie est toute fondée sur la désappropriation de ses propres vues, qui seroient toujours incertaines : ainsi ce n'est point par une décision fondée sur les forces de son esprit qu'il se détermine avec tant de paix et de constance ; mais par simple fidélité à la lumière du moment présent, et par le retranchement de toutes les recherches inquiètes de l'amour-propre. En cet état, loin de se passer de l'autorité de l'Église, on sent de plus en plus le besoin d'être porté sans cesse entre ses bras, comme un petit enfant : on n'est jamais surpris de voir qu'on s'est trompé, on le confesse de bon cœur : on quitte sans peine une pensée qu'on avoit sans appropriation : on jette sans regret une feuille d'arbre qu'on a cueillie sans y être attaché; mais on ne jetteroit pas de même un diamant faux qu'on auroit acheté comme étant d'un grand prix. Quand on a besoin de juger, on tâche de le faire avec conseil, et sur toutes les lumières tant naturelles que surnaturelles qu'on a alors. Quand on a fait devant Dieu le moins mal qu'on a pu, on est encore tout prêt à se laisser montrer par autrui qu'on s'est trompé et qu'on a manqué à toutes les règles. Si on est dans cette docilité, pour toutes les choses communes de la vie, à l'égard de toute personne qui nous reprend, à combien plus forte raison doit-on être, par cette désappropriation intérieure, dans une docilité sans réserve et dans
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une absolue soumission d'esprit à l'égard de cette Église visible, qui aura, par les promesses, l'autorité de Jésus-Christ jusqu'à la fin des siècles! Tels sont les petits enfants, les enfants bien-aimés. L'onction leur enseigne tout, parce qu'elle leur enseigne au-dessus de tout à sentir leur ignorance et leur impuissance, à écouter l'Église et à ne se point écouter eux-mêmes, à croire ce qu'elle enseigne et non ce qu'ils ont pensé. Cette profonde leçon, que l'onction intérieure leur donne, comprend toutes les autres; elle contient toute vérité et les préserve de toute erreur. « Dieu cache » ses vérités « aux sages et aux prudents, » c'est-à-dire à ces docteurs superbes qui veulent juger l'Eglise au lieu de se laisser juger par elle. En même temps il « révèle aux petits » ses miséricordes, parce qu'il se complaît dans leur petitesse : ils sont bienheureux, parce qu'ils sont pauvres d'esprit et qu'ils se sont désappropriés de leurs propres lumières et de leur propre volonté, comme un homme riche doit se désapproprier de ses trésors, quand il se donne à Dieu dans un désert. Oh ! qu'il seroit beau de voir tous les « biens en commun » pour l'esprit comme pour le corps, et que chacun ne regardât pas plus sa pensée, son opinion, sa science, ses lumières, ses vertus et ses plus grands sentiments comme son bien particulier, que de bons religieux regardent comme propres les biens de la communauté dont ils usent pour leurs besoins ! C'est ainsi que les saints dans le ciel ont tout en Dieu, sans avoir jamais rien à eux. C'est un bien infini et commun, dont le flux et reflux fait l'abondance et le rassasiement de tous les bienheureux; ils reçoivent chacun selon sa mesure, ils renvoient tout; Dieu est lui seul» toutes choses en tous,» et rien n'est à aucun de ceux qu'il comble de biens : ils sont tous dénués dans cette possession de l'infini. Leur béatitude vient de leur pauvreté; l'une et l'autre est parfaite. Si les hommes entroient ici -bas dans cette pauvreté d'esprit, et dans cette communauté des dons les plus spirituels, on verroit tomber toutes les disputes et tous les schismes; on ne réformeroit l'Église qu'à force de se réformer soi-même; il n'y auroit plus de savants présomptueux et jaloux de leur science; « on ne penseroit, on ne goùteroit, » on ne voudroit tous ensemble qu'une même chose; un seul esprit, qui seroit celui d'amour et de vérité, seroit l'âme de tous les membres du corps de l'Église, et les réuniroit intimement; on se déféreroit, on se supporteroit réciproquement : on n'entendroit plus ces froides paroles de <i tien et de mien; » nous serions tous pauvres et riches tout ensemble dans l'unité, pauvres sans murmure et sans jalousie, riches sans envie et sans distinction; nous serions les enfants « doux et humbles de cœur, » qui trouveroient le « repos de leurs âmes; » ce seroit un petit commencement de la nouvelle créature et du paradis réservé au siècle futur. Prions, Monsieur, pour un si grand bien : je le sounaite pour vous et pour votre ami que vous m'avez nommé; et je serai toute ma vie du fond du cœur tout à vous.
Lettre VIIL — Sur Vinfaillihilité de l'Église et sa perpétueile visibilité : combien le schisme est criminel devant Dieu : jusqu'à quel point un protestant converti peut dissirnuler ses sentiments et s'abstenir des actes extérieurs qui sont en usage parmi les catholiques.
Je vous conjure, Monsieur, d'avoir la bonté de mander les choses suivantes à M. ***.
I. Ses amis font un grand pas, dont je le félicite, et je remercie Dieu. Par exemple je suis charmé de lire ces paroles : a Dieu a promis, à la vérité, qu'il ne souffriroit jamais que le corps des pasteurs en général établît des erreurs damnabies par une loi publique et un décret uniforme. — ^'ous ne doutons nullement que Dieu ne veille toujours sur l'Église, de manière qu'il ne sera jamais permis à la hiérarchie de rien imposer aux fidèles nuisiblement au saiut. — La synagogue n'avoit jamais rien établi par un décret uniforme et universel, contraire à la loi divine. — Ce n'est pas que nous voulions dire, avec les donatistes et les puritains, que l'Eglise est invisible, et qu'elle ne consiste que des seuls justes élus : nullement. Il y aura toujours sans doute une Église visible sur la terre, gouvernée par les légitimes successeurs des apôtres, et qui ont seuls le droit du sacerdoce. » Quiconque pense ainsi, « n'est pas loin du royaume de Dieu, » qui est l'Église catholique : cette Église ne demande que ce qui lui est accordé dans ces paroles. Voilà une Éghse qui, selon les promesses, sera toujours visible et a gouvernée par les légitimes successeurs des apôtres.» Voilà une succession non interrompue. Ces successeurs des apôtres ont eux « seuls le droit du sacerdoce : t> tout autre ministre est un usurpateur du ministère. « Dieu a promis » que cette Église visible, ou ce •c corps des pasteurs, » n'établira oc jamais des erreurs damnabies par Due loi publique.... et qu'il ne sera jamais permis à la hiérarchie de rien imposer aux fidèles nuisiblement au salut. » Qu'y a-t-il de plus consolant, de plus aimable et de plus décisif que cet aveu? Que peuton craindre dans le sein de cette véritable mère qui enfante des saints à Jésus-Christ son époux, depuis tant de siècles sans interruption, puisqu'il est promis qu'elle ne décidera jamais rien a nuisiblement au salut B de ses enfants ? Il n'y a plus qu'à l'écouter, qu'à la croire, qu'à vivre et qu'à mourir entre ses bras.
II. Les événements répondent aux promesses. Cette Église n'a jamais décidé contre les vérités du culte le plus pur et le plus parfait ; elle les a même autorisées dans les écrits de divers saints. Il est vrai qu'elle a condamné dans les derniers temps plusieurs livres qui traitent de la vie intérieure; mais on doit croire, sans hésiter, qu'elle les a bien condamnés. Leurs principes peuvent être excessifs, et mener à l'illusion ; ceux mêmes qui ont été peut-être écrits avec la plus grande pureté dintention et la plus sincère horreur de tout excès sont sans doute dangereux par leurs expressions, et induisent même en erreur, faute d'être assez mesurés, puisque l'Église les juge tels. EUe ne condamne point le culte parfait; elle ne décide point a nuisiblement au »alut, » sa décision ne peut rejeter la vérité. Donc, il n'y a quà ac-
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eepter sa décision avec la plus humble docilité. On ne voit que trop d'écrivains mystiques qui vont trop loin dans leurs expressions, et dont le langage, pris à la lettre, blesse la foi; il y en a même qui suivent leur imagination et leurs fausses expériences pour se croire affranchis des règles générales : on voit en eux l'illusion et le fanatisme. L'Église a raison d'être alarmée ; il y a peu de mystiques qui suivent la voie de la pure foi, sans s'arrêter à aucune lumière ni sentiments extraordinaires, pour mourir sans cesse à eux-mêmes dans la simplicité évangélique : ceux qui sont réduits par l'amour-propre sont utilement réprimés par la condamnation de l'Église, et ceux qui ne veulent point être attachés à leur propre sens font un excellent usage de l'humiliation que l'Église leur donne. D'ailleurs, cette sainte mère ne condamne nullement ce qui est réellement pur, parfait et éloigné de l'illusion.
ÎII. Le schisme ou séparation est, selon le consentement unanime des Pères, le crime le plus énorme. L'époux sacré ne veut qu'une seule épouse. De queldroit en a-t-on fait plusieurs? Il a demandé à son Père que cette épouse fût toujours « une, et consommée en unité. » En vain, pour excuser le schisme, on accuse cette Église d'être adultère et idolâtre : cette accusation est fausse. L'Église n'établira jamais des a erreurs damnables, » elle ne décidera jamais « nuisiblement au salut. M Se séparer d'une mère si innocente, à laquelle « seule » appartient le oc droit du sacerdoce, » c'est imiter la révolte impie de Coré, de Dathan et d'Abiron. Saint Paul dit aux fidèles avec douleur : « J'apprends qu'il y a des schismes ou divisions parmi vous '. » Il dit ailleurs : a Qu'il n'y ait point de schismes entre vous ^ » Il dit encore ces paroles : « Afin qu'il n'y ait point de schismes dans le corps, et que tous les membres conspirent mutuellement pour s'entr'aider les uns les autres.... Or vous êtes le corps de Jésus-Christ, et chacun de vous est un de ses membres ^. » C'est donc déchirer le corps de Jésus-Christ que de diviser son Église. D'un autre côté, saint Jude assure que ceux qui imitent la « révolte de Coré, » c'est-à-dire leg schismatiques, « se paissent eux-mêmes, sont des nuées sans eau que les vents emportent çà et là; et des arbres d'automne, sans fruit, doublement morts et déracinés.... Ceux-là, dit-il ^ se séparent eux-mêmes. » En efl"et, toutes les sectes séparées de l'ancienne Église sont des rameaux qui, étant coupés et ne recevant plus la nourriture du tronc vivant, tombent, se dessèchent et meurent aussitôt. On n'y trouve plus l'esprit de recueillement, de prière et d'humilité; tout y est régularité extérieure, critique sévère et hauteur pharisaïque. A quoi a servi la prétendue réforme des protestants? Elle n'a produit que scandale, que trouble, qu'incertitude, que disputes, qu'indifl'érence de religion, sous prétexte de tolérance mutuelle, et enfin qu'irréligion presque dans tout le Nord. Voilà les « nuées sans eau et les arbres déracinés. »
IV. J'avoue que ceux qui ont fait le schisme par orgueil étoient plus
1. / Cor, y XI, 18. — 2. Ibid., i, 10. — 3. Ibid., xn, Q5, 27. 4. Jud., XI, 12.
coupables que ceux qui ne font que le continuer par les préjugés de l'éducation et par l'entraînement de l'habitude; maisonnesauroittrop considérer quel est le principe fondamental de tous les protestants. Ils ne se sont séparés de l'ancienne Église qu'en préférant leur propre pensée, sur le texte sacré, à l'autorité de toute l'Église visible. S'ils n'eussent point embrassé ce principe d'indocilité et d'indépendance, ils n'auroient jamais pu faire leur séparation; ainsi il est essentiel au schisme que chaque schismatique décide ainsi dans son cœur : a Je me sépare de l'ancienne Église pour m'attacher à la nouvelle , non parce que j'attribue à la nouvelle la promesse d'infaillibilité que je ne veux point attribuer à l'ancienne, mais parce que je crois qu'aucune Église n'a cette promesse d'infaillibilité, et que c'est moi qui dois discerner le sens des livres divins, pour y former moi-même ma foi en les examinant. Les pasteurs peuvent m'aider à entendre ce texte; mais ils peuvent aussi me tromper, comme l'ancienne Église m'a trompé en se trompant elle-même. Je dois les écouter avec déférence et respect; mais enfin ils ne sont point infaillibles, et la finale décision doit, indépendamment d'eux, venir de l'esprit de Dieu, qui me fera entendre le texte des Écritures. » Voilà précisément ce qui distingue le protestant séparé de l'ancienne Église, d'avec le catholique qui demeure dans son sein. Le catholique forme sa foi par pure autorité; le protestant forme la sienne par pur examen : l'un ne fait qu'écouter et îroire ce que l'autorité décide, l'autre examine et décide lui-même indépendamment de toute autorité. Il ne pourroit jamais se séparer, s'il ne supposoit pas qu'il juge mieux que l'Église. Le schisme est donc fondé sur ce jugement téméraire et présomptueux: «J'entends mieux le texte sacré que l'ancienne Église; et je ne la quitte que pour interpréter les saintes Écritures, indépendamment de son autorité : il faut préférer la parole de Dieu à toute autorité humaine.» Ainsi, à proprement parler . chaque protestant fait lui-même son schisme personnel: il ne rejette point l'autorité de l'ancienne Église pour se soumettre aveuglément à l'autorité de la nouvelle; mais il se rend juge entre ces deux Églises opposées, et il conclut, après un examen d'entière indépendance, pour la nouvelle contre l'ancienne : c'est lui qui , tenant le texte sacré en main, décide, fixe lui-même sa croyance, choisit une Église, et fait par sa décision son schisme contre celle qu'il rejette. Encore une fois, il faut bien se garder de croire qu'il accorde l'autorité infaillible à la nouvelle Église en la refusant à l'ancienne; c'est ce qui seroit le comble de l'extravagance et du délire. Il exclut également toute autorité infaillible de ces deux Églises , et il se détermine uniquement par sa propre décision sur les Écritures. Si ce particulier vit dans la naissance du schisme, il est lui-même un de ceux qui prononcent le jugement de condamnation contre l'ancienne Église, qui la répudient, et qui décident pour commencer la séparation. Si, au contraire, il ne vient au monde qu'après que le schisme est déjà formé par ses ancêtres, il marche sur leurs traces, et il continue le schisme sur le même principe fondamental par lequel ses ancêtres l'ont annoncé. Cet homme dit dans son cœur: «Je vois clairement que mes ancêtres ont mieux en-
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tendu l'Écriture que l'ancienne Église ; je vois qu'ils ont eu raison de s'en séparer. J'adhère à leur séparation comme juste : je la ratifie, je la confirme, je la continue, je la renouvelle autant qu'il est en moi. Si je voyois qu'ils se fussent trompés et que leur séparation fût injuste, je me garderois bien de confirmer leur erreur, leur révolte sacrilège, leur schisme impie. » Ainsi, supposé que l'ancienne Église ait pour ministres les « légitimes successeurs des apôtres, » qui ont seuls le a droit du sacerdoce, » et que cette Église n'établisse jamais « des erreurs damnables; » qu'en un mot, elle n'impose rien aux fidèles «nuisiblement au salut : » il est clair comme le jour que la séparation a été injuste, impie et sacrilège. En vérité, un chrétien qui veut aimer Dieu et être fidèle à la vérité peut-il en conscience adhérer à ce schisme, le ratifier, le confirmer, le continuer et le renouveler en sa personne ? Quand on aperçoit le plus grand des maux commis par ses ancêtres, ne doit-on pas le révoquer et le réparer aussitôt? Si on y est obligé pour le plus vil intérêt, à combien plus forte raison |y est-on obligé quand il s'agit du corps de Jésus-Christ déchiré, de son épouse rejetée, de la maison de Dieu mise en ruine, et du sacré ministère usurpé sur les «légitimes successeurs des apôtres, qui ont seuls le droit du sacerdoce 1 «Quelle excuse peut-on alléguer pour une ratification si impie , si ce n'est que l'ancienne Église a établi des «erreurs damnables, » et qu'elle a « imposé aux fidèles nuisiblement au salut?» Or est-il que, de l'aveu des personnes pieuses et éclairées dont il s'agit ici , elle ne l'a jamais fait. Donc ces personnes ne peuvent jamais en conscience confirmer, ratifier, continuer et renouveler en leurs personnes, par aucun acte, le schisme de leurs ancêtres. Ce schisme est en soi injuste, impie et sacrilège : ilsnepourroient le ratifier par leurs actes, sans autoriser une calomnie atroce contre la vraie Église, qui est leur mère, et la seule légitime épouse du Fils de Dieu. Que doivent-ils donc faire? Dès qu'ils aperçoivent qu'ils mangent l'agneau pascal hors du lieu saint, ils doivent se hâter de retourner sur la sainte montagne, dans le centre de l'unité, pour s'y nourrir du pain descendu du ciel. Dès qu'ils reconnoissent qu'ils sont hors de l'arche, ils doivent y rentrer pour se sauver du déluge. C'est ainsi que les Pères parlent unanimement, c'est ratifier, confirmer, renouveler, perpétuer le schisme, que de ne le pas finir pour soi.
V. Il est vrai qu'un homme , né dans un pays d'où la vraie Église est proscrite par un schisme public, a de grandes précautions à garder, quoiqu'il soit pleinement catholique. On le voit par l'exemple des chrétiens de l'ancienne Église, qui cachoient même leur doctrine, pour ne donner aucun avantage aux païens. On le voit aussi par l'exemple des missionnaires, qui se travestissent en laïques, pour cacher leur caractère et leur religion en Angleterre. Mais voici, ce me semble, à quoi on peut réduire ces ménagements.
1° Un catholique ne peut jamais en conscience faire aucun acte de communion avec une société schismatique, puisqu'elle a rompu ellemême tout lien de communion avec cette ancienne Église qui est «gouvernée par les légitimes successeurs des apôtres, » lesquels ont «seuls le droit du sacerdoce : » ce seroit reconnoitre le «droit du sac^^oce «et
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la légitime administration des sacrements dans une société qui les a usurpés par le schisme; ce seroit ratifier le schisme, le continuer personnellement, et faire des actes schismatiques contre sa conscience, pour tromper les hommes. Il est clair que ces actes sont les actes propres du schisme et même de l'hérésie, puisque c'est reconnoître pour sa propre mère une fausse Église qui n'a point le a droit du sacerdoce,» ni par conséquent le ministère pour les sacrements; c'est même reconnoître les sacrements de cette Église comme véritables, quoiqu'on ne les croie pas tels, puisqu'ils ne contiennent point ce qui est contenu dans les sacrements de la vraie Église, laquelle ne décide rien anuisiblement au salut.» Par exemple, supposé que l'eucharistie de l'Église catholique contienne véritablement le corps et le sang du Sauveur, la cène des calvinistes, qui ne peut contenir qu'une figure avec une vertu, ne peut point être une véritable et légitime eucharistie. Quiconque y participe fait un acte du schisme et de l'hérésie de cette secte.
2° J'avoue qu'on peut quelquefois, pour de bonnes raisons, aller aux sermons des faux pasteurs d'une société hérétique. C'est ainsi que nos missionnaires mêmes y vont, ou y envoient des émissaires de confiance, pour savoir ce que ces faux pasteurs enseignent et qui mérite d'être réfuté: mais on ne doit jamais, sans de très-fortes raisons, s'exposer à la séduction de ces « discours qui gagnent comme la gangrène '. » On peut encore moins y aller pour faire accroire aux hérétiques qu'on t'est pas moins qu'eux dans leur schisme et dans leur hérésie : ce seoit joindre la fraude et la lâcheté aux actes propres de l'hérésie et du schisme.
3" Il n'est ni nécessaire ni prudent de faire, dans de telles circonstances, aucun acte public de la religion catholique. Les anciens fidèles se gardoient bien d'en faire d'ordinaire aux yeux des païens. Nos missionnaires n'en font aucun en Angleterre, pour n'exciter point mal à propos une persécution. On peut et on doit imiter ces ménagements.
4° On doit néanmoins faire les actes de la religion catholique dans les églises de la communion romaine , autant qu'on le peut sans s'exposer à de grands inconvénients. Il n'est point permis de passer sa vie sans pasteurs, sans sacrements, sans subordination à une Église visible, k moins qu'on ne se trouve dans une situation toute singulière. Il faudroit même, dans une si extraordinaire extrémité, être uni de cœur et de désir sincère aux pasteurs, aux sacrements et à l'Église qu'on croit la véritable.
5° On peut faire ces actes en secret, pour remplir son devoir et pour édifier les personnes de confiance, quoiqu'on prenne des précautions infinies pour les cacher à tous les autres.
6° Il pourroit se faire qu'une personne très-catholique eût de pressantes raisons de s'abstenir très-longtemps de la consolation et de la nourriture que le reste des fidèles doit tirer de la fréquentation des sacrements; mais on ne doit pas supposer facilement une si extraordi-