‹ Œuvres choisies (volume 3)Chapitre 135 sur 139 · Mattb., II, 25. — 2. Luc, x · texte numérisé non relu

Mattb., II, 25. — 2. Luc, x

a voulu une unité intérieure et extérieure, tout ensembie, en sorte que ce fût à ce signe visible et éclatant qu'on reconnût ses vrais « disciples'. » Ainsi malheur à ceux qui se « séparent » ou qui demeurent séparés de la tige qui porte la sève dans toutes les branches 1 malheur à ceux qui partagent en deux ou qui laissent dans la division ce que Jésus-Christ a voulu faire un !

Remarquez, s'il vous plaît, que les plus grands saints et les écrivains de la vie intérieure qui ont eu les plus touchantes marqu-îs de l'esprit de grâce . éloient, comme saint François de Sales, dans la communion romaine et prêts à mourir plutôt que d'en sortir. Les âmes humbles et pacifiques, qui ne vivent que de recueillement et d'amour, sont toujours petites à. leurs propres yeux et ennemies de la contradiction ; elles sont bien éloignées de s'élever contre le corps des pasteurs, de décider, de condamner, de dire des injures, comme Luther et Calvin en ont dit d'innombrables. Leur style n'a rien d'acre, ni de piquant, ni de dédaigneux. Ils n'entreprennent point une réforme sèche, critique et hautaine, qui aille à rompre l'unité et à soutenir que l'époux a répudié l'épouse. S'ils voient quelques abus ou quelque superstition dans les particuliers, ils en gémissent avec douleur : et le gémissement de la colombe est toujours discret et modeste ; elle ne gémit que par un amour tendre et paisible. Alors de telles âmes gémissent en secret avec l'épouse, loin de pousser des cris scandaleux contre elle. Elles n'élèvent jamais leurs voix dans des disputes pré somptueuses; elles ne disent point que l'Église sest trompée pendant divers siècles sur le sens de l'Écriture , et qu'elles ne craignent point de se tromper en expliquant le texte sacré contre la décision de cette ancienne Église ; au contraire , ces âmes sont dociles et toujours prêtes à croire qu'elles se trompent ; leur cœur n'est « qu'amour et obéissance. » Les dons intérieurs, loin de leur inspirer une élévation superbe et un sentiment d'indépendance, ne vont qu'à les anéantir, qu'à les rendre plus souples et plus défiantes d'elles-mêmes, qu'à leur faire mieux sentir leurs ténèbres et leur impuissance, enfin qu'à les désapproprier davantage de leurs pensées. Oh! combien ont-elles horreur du « zèle amer » et de tous les « combats de paroles ! » Au lieu de la dispute , eUes emploient l'insinuation, la patience et l'édification; au lieu de parler de Dieu aux hommes, elles parlent des hommes à Dieu, afin qu'il les touche, qu'il les persuade et qu'il fasse en eux ce que nul autre n'a pu faire. L'oraison supprime toutes les disputes. Dans la véritable oraison personne n'abonde en son sens, chacun fait taire sa propre raison. C'est l'esprit d'oraison qui est l'âme de tout le corps des fidèles; c'est cet esprit unique et commun qui réuniroit bientôt à l'Église mère toutes les sectes, si chacun, au lieu de disputer, se livroit au recueillement. D'un côté, voyez la pure spiritualité de saint François de Sales; de l'autre, voyez ses principes sur l'Égbse dans ses Controierses : c'est le même saint qui parle avec l'onction du même esprit de vérité dans ces deux sortes d'écrits. Tels sont ces aimables saints qui ont été nour-

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