‹ Œuvres choisies (volume 3)Chapitre 52 sur 139 · S. Aug., De spirit. et litt., cap. xxxm, n. 58, t. X · texte numérisé non relu

S. Aug., De spirit. et litt., cap. xxxm, n. 58, t. X

pour les hommes qui, par le choix entièrement libre de leur volonté, malgré le secours abondant de la grâce, foulent aux pieds le salut que Dieu leur avoit mis dans les mains; mais pour les hommes qui n'ont rien tant au pouvoir de leur propre volonté que leur propre vouloir : quand ils sont aidés par cette grâce, U faut qu'ils s'humilient, et qu'ils confessent que s'ils périssent, c'est malgré Dieu, qui dit : Qu'ai-je dû faire à ma vigne que je n'aie pas faiV ? Il a donné, comme saint Augustin le suppose, la même grâce à deux hommes également disposés en tout. L'un demeure fidèle par son libre arbitre très-suffisamment secouru, l'autre tombe par ce même libre arbitre, malgré le même secours. Tout est égal du côté de la grâce intérieure et des forces de ces deux hommes. En ce cas supposé par saint Augustin, l'homme qui tombe et qui périt éternellement ne peut s'en prendre qu'au seul libre arbitre que Dieu ne nous avoit donné que pour le mérite. Voilà les principes fondamentaux sur lesquels saint Augustin a justifié Dieu contre l'impiété des manichéens, et que nul chrétien ne peut ébranler. Mais pour le conseil profond et impénétrable par lequel il a voulu ajouter à sa volonté sincère en faveur de tous les appek'i une volonté spéciale en faveur des élus^ et ajouter au secours très-suffisant, qui est général, un secours de certitude préparé par sa prescience en faveur des seuls prédestinés; c'est sur quoi il faut adorer et se taire.

V Vous me direz encore que si c'est une vérité, elle est une de celles que les hommes ne peuvent porter. Que s'ensuit-il de là? Qu'elle est une des dernières qu'on doit dire aux catéchumènes ou aux chrétiens ignorants, imparfaits et pleins de faux préjugés de l'amour-propre, qu'il faut instruire peu à peu, comme on instruisoit les catéchumènes de l'antiquité. Que s'ensuit-il de là? Qu'il faut au moins adoucir cette vérité par toutes les réflexions les plus consolantes sur la fidélité de Dieu, qui ne demande jamais de nous que ce que nous avons déjà reçu de lui; qui donne à tout homme et une volonté libre et un très-suffisant pouvoir^ pour parvenir à sa dernière fin; qui nous donne de quoi chercher pieusement^ quand nous n'avons pas encore trouvé; qui « ne refuse à personne de connoître pour son bien ce qu'il ignoroit pour son dommage^ ; qui aide l'homme par sa grâce, afin que le commandement ne soit pas fait sans raison à sa volonté*; enfin qui n'abandonne personne sans en avoir été auparavant abandonné^. » Que si l'homme,'' dveuglé par son amour-propre, se sent irrité contre le conseil impénétrable ée Dieu que la foi chrétienne nous présente, lors même que nous avons soin de l'adoucir, à l'exemple de saint Augustin, par tant de vérités consolantes . que sera-ce quand les faux disciples de saint Augustin ajouteront à ce conseil si efî'rayant les faux dogmes d'une grâce donnée à un si petit nombre d'hommes, et d'une concupiscence inévi-

1. Isai, V, 4. — 2. De lib. arbit., lib. III, cap. XYi, n. 45, t. I.

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