Ep. en, ad Deo gratias, quaest. ii, n. 10, 12, 15, t. II
« ligionis hujus, per guam soîam veram salus vera veraciterque pro-
t mittitur, nuili unquam defuit qu. dignus fuit, et cui defuit, dignus
t non fuit '. »
Saint Augustin a parlé très-souvent ailleurs dans le même esprit,
quoiqu'il ait pris soin de développer le dogme de la prédestination purement gratuite à la grâce, qui n'affoiblit en rien la véritable doctrine qui résulte de ce texte. De plus, l'auteur des livres de la Vocation des gentils, qui est saint Léon ou saint Prosper. établit précisément la même doctrine. Pour moi, je craindrois de mêler mes pensées et mes paroles avec celles de ces saints docteurs. Ma conclusion est que tout homme qui . par sa raison aidée de l'attrait d'une première grâce, aura un commencement de l'amour suprême pour Dieu, qui est l'unique culte digne de lui . aura déjà en soi le commencement de ce culte, qui est la vraie religion et le fond du christianisme : il aura déjà en soi l'opération médicinale de Jésus-Christ sauveur : il aura déjà un premier fruit de la méditation du Messie; la grâce du Sauveur, opérant en lui. le mènera alors au Sauveur même : le principe intérieur le conduira à l'autorité extérieure. C'est le cas où saint Thomas dit a qu'il faut croire très-certainement que Dieu agira, ou immédiatement par une révélation intérieure, ou extérieurement par un prédicateur de la foi, envoyé d'une façon extraordinaire jusque dans les pays les plus sauvages, en faveur de cet homme rendu digne de Dieu par la grâce prévenante de Jésus-Christ. »
Tout ceci n'est qu'un premier coup de crayon : je n'explique rien à fond et avec ordre; je vous présente seulement de quoi examiner. "Vous développerez mieux que moi, monsieur, ce que je ne vous propose qu'en confusion.
1. «La volonté de Dieu n'a jamais manqué de se faire connoître aux hommes justes et pieux ; et si, parmi divers peuples unis dans une même religion, il se trouve diversité de culte, il importe beaucoup de savoir jusqu'à quel point elle s'étend.... Tous ceux donc qui ayant cru en lui depuis le commencement du monde, et en ayant eu quelque connoissance. ont vécu dans la piété et dans la justice en gardant ses préceptes, ont été sans aucun doute sauves par lui, en quelque temps et en quelque lieu du monde qu'ils aient vécu.... Et quoique la diversité des temps fasse qu'on annonce maintenant l'accomplissement de ce qui n'etoit alors que prédit, on ne peut pas dire pour cela que la foi ait varié, ni que le salut soit autre ; et parce qu'une chose est annoncée ou prophétisée sous divers signes sacrés, on ne doit pas y voir des choses différentes , ni diverses sortes de salut.... Ainsi, quoique la religion ait paru autrefois sous un autre nom et sous une autre forme , qu'elle ait été autrefois plus cachée, et qu'elle soit maintenant connue d'un plus grand nombre d'hommes, c'est toujours la même et véritable religion annoncée et observée.... Comme l'Écriture sainte en marque quelques-uns dès le temps d'Abraham, qui n'étoient point de sa race, ni originairement Israélites, ni associés à ce peuple, auxquels cependant Dieu fit part de ce mystère; pourquoi ne croirions-nous pas qu'il y en a eu d'autres dans les nations répandues çà et là, quoique nous ne lisions point leurs noms dans les saints livres? Ainsi le salut promis par cette religion , seule véritable et fidèle dans ses promesses, n'a jamais manq^ué à celui qui en étoit digne; et s'il a manqué à quelqu'un, c'est qu'il n'en etoit pas digne. »