CoTifess., lib. X, cap. xxvn, n. 38, t. L
bien tard !» Oh ! que d'années perdues ! Hélas ! pour qui ai-je vécu, ne vivant point pour vous? Moins vous sentirez cet amour, plus il faui demander à Dieu qu'il daigne l'allumer dans votre cœur. Dites-lui : «Je vous le demande, comme les pauvres demandent du pain. G vous qui êtes si aimable et si mal aimé ! faites que je vous aime ! rappelez à son centre mon amour égaré ; accoutumez-moi à me familiariser avec vous ; attirez-moi tout à vous, afin que j'entre dans une société de cœur à cœur avec vous, qui êtes le seul ami fidèle. Oh! que mon eœur est pauvre ! qu'il est réduit à la mendicité! 0 Dieu! que n'ai-je point aimé hors de vous 1 Mon cœur s'est usé dans les afî'ections les plus dépravées. J'ai honte de ce que j'ai aimé; j'ai encore plus de honte de ce que je n'ai point aimé jusqu'ici. Je me suis nourri d'ordure et de poison, j'ai rejeté dédaigneusement le pain céleste; j'ai méprisé la fontaine d'eau vive; je me suis creusé des citernes entr'ouvertes et bourbeuses; j'ai couru follement après le mensonge; j'ai fermé les yeux à la vérité; je n'ai point voulu voir l'abîme ouvert sous mes pas. 0 mon Dieu ! vous n'avez point oublié celui qui vous oublioit ; vous m'avez aimé, quoique je ne vous aimasse point, et vous avez eu pitié de mes égarements : vous cherchez celui qui vous a fui. »
Dès que vous serez véritablement touché, tout vous deviendra facile pour l'examen que vous voulez faire : les écailles, pour ainsi dire, tomberont tout à coup de vos yeux; vous verrez par les yeux pénétrants de l'amour tout ce que les autres yeux ne discernent jamais : alors il faudra vous retenir, loin de vous presser. Jusque-là on auroit beau vous presser, l'amour-propre vous retiendroit par mille réflexions indignes du culte de Dieu.
Pour le détail de votre examen , il ne sera pas difficile. Examinez vos devoirs d'état et de profession comme seigneur de terres, comme lieutenant général des armées, comme maître de vos domestiques, comme homme d'une condition distinguée dans le monde. Puis considérez en quoi vous avez manqué à la religion par des discours trop hardis; à la charité, par des paroles désavantageuses au prochain; à la modestie, par des termes trop libres ; à la justice, par le défaut d'or- 'Ire pour payer vos dettes. Souvenez-vous des passions grossières qui ont pi vous entraîner, du prochain qui a suivi votre mauvais exemple, et du scandale que vous avez donné. Quand on a vécu longtemps au gré de ses passions, loin de Dieu, on ne sauroit rappeler exactement tout le détail; mais, sans le marquer, on le fait assez entendre en gros, en s'accusant de tels vices qui ont été habituels pendant un tel nombre d'années.
III. A l'égard de l'avenir, il s'agit de régler le fond de votre cœur pour régler votre vie. Chacun vit selon son cœur; c'est l'amour d'un chacun qui décide de toute sa conduite. Quand vous n'avez aimé que vous et votre plaisir, vous avez foulé Dieu aux pieds : la volupté est devenue votre dieu; vous avez poussé le plaisir, comme parle saint Paul', « Jusqu'à l'avarice ; » vous avez été insatiable de sensualité, comme