Article XXXI
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vaille à prévenir le schisme et les nouvelles usurpations du ministère : a Nul ne doit se retirer à part, et se contenter de sa seule personne; mais tous ensemble doivent garder et entretenir l'unité de l'Église, se soumettant à IMnstruction commune et au joug de Jésus-Christ, et ce en quelque lieu où Dieu aura établi un vrai ordre d'Église. » M. Jurieu conclut de ces dernières paroles, que chaque chrétien est obligé de vivre sous le ministère de quelque Église, qui ait un ordre de pasteurs et un culte public; mais on n'évitera jamais par là la division, si on ne détruit le principe qui la fomente d'un autre côté. Les diverses sociétés qui composent le christianisme ne sont, selon lui, que des confédérations particulières, qui ne divisent point le corps de l'Église universelle , composée de toutes ces sociétés : il n'y a que ceux qui nient et qui détruisent les fondements de la foi qu'on puisse . à proprement parler, appeler schismatiques. Tous les autres, quoique séparés de communion et opposés dans leurs doctrines, ne laissent pas d'être réunis, comme les membres d'un même corps, dans l'enceinte de l'Église universeUe. Il faut remarquer que le droit du peuple fidèle sur le ministère est un droit naturel et inaliénable. Il faut observer qu'au contraire ces confédérations, telles que celles des luthériens ou des calvinistes ne sottt que des confédérations libres, et que leur autorité n'est fondée que sur un acte révocable, fait entre les particuliers. Ces particuliers peuvent, quand il leur plaît, révoquer le pouvoir qu'ils ont donné au corps des confédérés, et rentrer dans leur liberté naturelle : comme je puis sortir d'une communauté où j'ai vécu sans faire aucun vœu. Il est vrai que le particulier, en se retirant, ne se peut contenter de sa seule petsonne, et qu'il doit vivre sous un ordre d'Église : mais pour cet ordre d'Église, il n'est pas nécessaire qu'il le trouve déjà établi : il suffit qu'il l'établisse avec quelques autres. Par exemple, un calviniste qui ne trouvera pas sa religion assez pure, ou qui espérera de vivre avec plus d'édification dans une confédération moins étendue, sous des pasteurs nouveaux, peut prendre modestement congé de la confédération des calvinistes, et se retirer à part avec un petit nombre d'autres fidèles semblables à lui. Il n'est pas nécessaire qu'ils soient en plus grand nombre que les protestants qui, se trouvant à Paris, dans la chambre d'une femme accouchée, y firent un pasteur pour donner le baptême à l'enfant : ils emporteront avec eux le droit naturel et inaliénable pour le ministère. Ils feront d'abord un ordre d'Église. Les petites confédérations ne sont pas moins bonnes que les grandes : elles prétendront même être plus pures, en ce qu'elles éviteront plus facilement la corruption de la doctrine, le relâchement de la discipline, et la confusion. Que peut dire M. Jurieu, que peut dire sa réforme entière, contre ces confédérations qui se multiplieront tous les jours, et qui ne feront qu'user d'un droit naturel reconnu par M. Jurieu même? « Lemmistère nous appartient aussi bien qu'à vous, lui diront ces petites confédérations sorties de la sienne. Jésus-Christ ne l'a pas donné au plus grand nombre : au contraire, sa bénédiction est attachée au petit troupeau. Il n'a pas marqué combien précisément il faut être de fidèhs pour former une confédération légitime. Bien plus, nous avons
sujet de croire que deux ou trois suffisent, puisque deux ou trois s'assemblant en son nom, il est au milieu d'euxK Le droit naturel et inaliénable de tous les fidèles se trouve autant dans les petites confédé^ rations que dans les grandes : ces confédérations ne sont point des engagements irrévocables. Il est vrai que nous ne devons pas être sans pasteurs ; mais de trois que nous sommes, il y en a un à qui nous avons confié le ministère; s'il en abuse, s'il nous explique mal l'Écriture nous le révoquerons. Que cet homme se soit ingéré ou non n'importenous voulons bien l'entendre , et en voilà assez pour lui donner la mission nécessaire. N'avez-vous pas assuré, dans vos lettres pastorales « que toute mam qui vous donne la véritable doctrine est bonne à cet « égard; que la médecine salutaire de la vérité guérit, de quelque a part qu'elle nous vienne? » N'avez-vous pas ajouté : a Si les bonzes « de la Chine et les bramins des Indes annoncoient un même Jésusce Christ crucifié, avec moi, et un même christianisme pur et sanscor- « ruption, il auroient avec moi un même ministère. Il importeroitfort " FrA°^\ ^''''%^^^ leur succession.... Dieu na point attaché son « salut à telles et telles mains, et ne nous a pas attachés à la nécessité « de recevoir l'Évangile de certaines gens plutôt que d'autres^ ^ Si unbramm et un bonze peuvent avoir le ministère, pourvu qu'ils expli-
nonvll, ^'f?!"''".''' ^ P'"^ ^°^t^ ^^'^°^ ^n chrétien qui fa:t une
nouvelle confédération. Pour la manière d'expliquer l'Écriture c'est au peuple nouvellement confédéré à en juger : il suffit qu'il soit content de la doctrine de son pasteur. « M. Jurieu ne peut condamner les hdèles qui parleront ainsi selon ses principes, mais les indépenaants nen demanderont jamais davantage. Que leur coûtera -t-il de reconnoltre la nécessité de vivre sous des pasteurs, moyennant les deux conditions que nous avons posées : l'une , que les pasteurs sont révocables au gré du troupeau, qui a un droit naturel et inaliénable de disposer du ministère; l'autre, que le troupeau est litre de multiplier, selon qu'il le jugera à propos, ces confédérations arbitraires, qu on nomme des sociétés différentes dans le christianisme; en sorte qu'une portion du peuple fidèle est en droit de se séparer sans scandale, pour dressser en particulier un ordre d'ÉtZ. I^: "^^'''^ ""'"^ ^'""^ s'engager à signer, sans équivoque, ces tnàLTf V'' je m'engage de mon côté à les faire accepter par les indépendants, et à le réunir avec eux. ^
PPnl". ^"'k'"'!" ^"'"''' '^P°"'' ^ ^^''^' ^®'°^ son principe : c'est que ceux qui abandonnent, sans nécessité, la confédération où ils ont vécu
rhrv!ni!r°?''"fu'"'''' ^'°' "n péché véniel. Mais outre qu'un pé-
rat on n nn.?, ' ''°;' ^f' ^"' ^' °^^"'^^^^^ ^' ^' nouvelle confédération ne fût légitime, de plus, c'est contre son principe que M. Jurieu
auw'dVsnfd '■■ri' P-P'^- pèche point,'pour?u qu'il ne fasse qu use de son droit naturel, sans scandale, et selon sa conscience. Donc toutes les fois qu une portion du peuple aura sujet de croire qu'on peut Tivre avec plus de recueillement et d'édification dans une confédération
1, Matth., xvm, 20. — 2. XI I» Lett. pastor.
morns nombreuse, il ne commettra aucune faute en se retirant et en
formant ie nouveaux pasteurs pour son besoin. Je laisse aux esprits modérés à voir combien cette forme de gouvernement doit multiplier les schismes et les scandales. Une troupe ignorante et fanatique dégradera les pasteurs et ira en faire de nouveaux dans sa petite société. Elle aura tort, dira M. Jurieu, si elle le fait en se trompant sur la doctrine; mais quoiqu'elle ait tort, il n'y aura point d'autorité vivante qui puisse arrêter leur licence et leur présomption. De plus, je suppose que cette populace ne raisonne point sur l'Écriture : elle sait seulement, parce que M. Jurieu l'a dit, que le ministère lui appartient; et afin d'user de son droit, elle veut, ou révoquer tous les anciens pasteurs, pour en éprouver de nouveaux en leur donnant un pouvoir annuel; ou bien la moitié de ces ignorants, lassée des foiblesses de ses pasteurs, en qui l'humanité ne parolt que trop, jette les yeux sur de nouveaux prédicants dont elle espère plus d'édification. M. Jurieu leur dira-t-il pour les arrêter : a Vous allez faire un péché véniel? » Ne pourront-ils pas lui répondre : « Nous ne pécherons point en cherchant des hommes plus humbles et plus détachés pour le ministère; c'est à nous à en répondre : nous devons courir aux plus dignes. »
M. Jurieu nous dira peut-être : a Ces inconvénients n'arriveront jamais dans la société où seront les élus. » Mais je le prie de se souvenir que les élus ne garantissent point l'Église où ils sont des inconvénients les plus afifreux, puisqu'ils ont été, selon lui, dans l'Église romaine sans la garantir de l'idolâtrie : ils n'ont pu l'empêcher d'être la Babylone et le règne de l'antechrist.
S'il dit qu'au moins le privilège de l'élection empêchera les élus de faire aucun schisme entre eux, qu'il jette les yeux sur Luther et sur Calvin : c'étoient les deux hommes suscités de Dieu pour tirer les hommes des ténèbres de la papauté, selon M. Jurieu. Il faut pourtant que l'un des deux se soit trompé, et sur le sens des Écritures, et sur la divinité des livres mêmes de l'Écriture. L'un trouve la présence réelle manifeste dans le texte sacré, l'autre la rejette comme une absurdité impie : l'un retranche l'Apocalypse avec les deux Épîtres de saint Jacques et de saint Jude; l'autre les admet. Mais ce qui est plus décisif pour notre question, leurs sectes ont été jusqu'ici toujours divisées comme leurs personnes; et nonobstant l'offre d'union que les calvinistes ont faite aux luthériens, il y a près de soixante ans, à Charenton, ceux-ci rejettent leur communion et ne cessent de les condamner. Voilà donc ces prétendus élus qui se contredisent sur l'Écriture jusqu'à la mort, et dont par conséquent une partie se trompe toute sa vie. Ainsi la grâce de l'élection qu'on nous allègue ne remédie point aux schismes, aux dégradations des pasteurs, aux translations du ministère, et à toutes les révolutions séditieuses qu'on peut attendre de Vindépendantisme, s'il est vrai que le peuple a un droit naturel de disposer du ministère selon ses besoins. N'est-il pas étonnant qu'on regarde comme un joug tyrannique l'autorité si naturelle des pasteurs sur le peuple, pendant qu'on ne craint point de donner une autorité si souveraine al si odieuse sur les pasteurs au peuple môme?
Que ne doit-on pas craindre d'un troupeau qu'on flatte jusqu'à lui donner pour premier principe qu'il ne doit suivre ses pasteurs que quand il trouve que la voie du pasteur est bonne; qu'il peut les dégrader dès qu'il s'aperçoit que ces pasteurs le conduisent mal; qu'ainsi il est le juge de ses juges mêmes, et que la finale résolution appartient, non aux pasteurs, mais au troupeau?
Si on soutient que les clefs n'appartiennent qu'aux seuls élus, Jésus- Christ les a donc confiées à des hommes inconnus, qu'on ne peut jamais trouver, qui ne peuvent se reconnoître les uns les autres, et dont chacun ne peut se connoître soi-même. L'un auroit donc les clefs sans savoir s'il les a; l'autre, croyant les avoir, ne les auroit point. Jamais ils ne pourroient redemander les clefs à ceux qui en seroient les dépositaires, que sur leur élection, dont ils ne pourroient trouver aucun titre.
Si on dit que les clefs appartiennent à toute la société visible où sont renfermés les élus, il faut que cette société montre qu'elle contient les élus : autrement toute société qui prétendra avoir chez elle le résidu de l'élection, pourra expliquer mal les Écritures, et s'autorisera dans le schisme, en disposant du ministère. La société où sont les élus sera autant dans l'impuissance de prouver qu'elle contient les élus, que les élus eux-mêmes de montrer le titre de leur élection.
« Vous vous trompez, dira M. Jurieu : une société qui a la saine doctrine est assurée d'avoir les élus; car la saine doctrine n'est point stérile; partout où elle est, elle enfante des élus; ainsi la saine doctrine est le signe certain de l'élection 35 Vous vous trompez vous-même, lui répondrai-je. Comment savez-vous que vous avez dans votre société la saine doctrine? Ce ne peut être que par l'élection. Voici comment. 11 faut le don de la foi pour bien entendre l'Écriture et pour trouver la saine doctrine. L'Écriture n'a point par elle-même, selon vous, une évidence qui se fasse sentir sans grâce. De plus, la foi à temps, comme parlent les protestants, ne suffît pas pour une pleine certitude : car si elle n'est qu'à temps, qui vous a dit que vous ne l'avez point perdue, et que vous ne vous trompez pas ? Je veux supposer que ceux qui ont cette foi à temps sont bien sûrs, pendant qu'ils l'ont, de ne se tromper pas : mais ceux qui l'ont perdue, et qui commencent à se tromper, croient l'avoir encore et sont dans une fausse certitude. Comment savez-vous, ô protestant, que vous n'êtes point, avec toute votre Église, dans cet état d'illusion? Il ne peut y avoir que le don d'une foi constante et inamissible qui vous tire de cette incertitude. Une foi variable, et sujette à manquer, ne sauroit le faire : mais la foi inamissrble ne se trouve que dans les élus. Vous ne pouvez donc être assuré de cette foi que par votre élection. Ainsi il n'y a point de milieu. Il faut dire que l'Écriture est claire par elle-même, sans grâce; et qu'ainsi, sans grâce même, on peut s'assurer qu'on a la saine doctrine, ce que M. Jurieu n'oseroit dire; ou bien il faut avouer que la foi à temps ne suffisant pas pour la certitude, parce qu'on peut ne l'avoir plus, bien loin de pouvoir s'assurer de l'élection par la doctrine, on ne peut au contraire s'assurer de la doctrine que par l'élection. Ainsi, les peuoiea
ne pouvant s'assurer de leur élection par la vérité de leur doctrine, ils ne sont jamais en droit de dire que le ministère leur appartient, ni, par conséquent, d'en disposer au préjudice des anciens pasteurs. Voilà ce qui renverse le nouveau ministère des protestants, quand même on conviendroit avec eux que le ministère des clefs appartient à la société des élus.
J'ai cru devoir montrer dans ce chapitre, dans toute leur étendue, les contradictions et les inconvénients du système de la prétendue réforme, afin qu'on puisse le comparer avec le nôtre, que Je prouverai clairement par l'Écriture dans les chapitres suivants.
Chap. IV. — Les paroles de Jésus-Christ montrent que le peuple n'a aucun droit de conférer le ministère.
M. Jurieu expliquera comme il voudra l'état du sacerdoce sous la loi de Moïse. Il dira que Dieu avoit commandé au peuple de faire une cession de son droit à la race d'Aaron. L'inconvénient est que cette explication vient, non pas de l'Écriture, mais de l'invention de M. Jurieu. Le fait rapporté par l'Écriture est que le ministère a été, par la souveraine disposition de Dieu, pendant quinze cents ans, inviolablement successif et indépendant du corps populaire, c'est-à-dire tel que nous soutenons que le nôtre est maintenant. Si cet ancien ministère, qui n'étoit qu'une ombre du nouveau », et que saint Paul nomme un ministère de mort et de condamnation ^, a été conservé dans un corps de pasteurs successifs, qui, par la vertu attachée aux promesses, n'est jamais tombé, et qui n'a jamais été à la disposition du peuple, à combien plus forte raison doit-on croire que ce privilège a été donné au ministère de vie et de grâce! La vérité ne doit pas avoir moins que sa figure. Mais voyons la suite.
Comment est-ce que le ministère nouveau est substitué à l'ancien? Jésus est envoyé par son Père. Il ne s'est point glorifié lui-même pour être pontife. Comme son Père l'a envoyé, il a envoyé ceux qu'il a choisis. Voilà la forme donnée par la mission à tous les siècles futurs. Ceux quil choisit et qu'il envoie, il les charge d'en choisir et d'en envoyer d'autres après eux. Cette succession d'hommes qui se communiquent la mission divine n'a aucune borne dans l'Écriture, et ne doit par conséquent en avoir aucune dans la suite des siècles.
Remarquez que Jésus-Christ commença son ouvrage par le corps pastoral. Il forma les apôtres, qui devaient dans la suite former les fîdetes, et fonderies Églises. Quand l'assemblée des fidèles fut formée, les apôtres et les hommes apostoliques établirent eux-mèoaes d'autres pasteurs onur i^ur succéder et pour perpétuer le corps pastoral. M. Claude avoue que a l'Église fut le fruit du ministère extraordinaire des apôtres et des évangélistes *. » M-Js comme M. Claude avoit d'ailleurs besoin de supposer que le corps du peuple fidèle est avant le