Mattli., xxviii
communiqué les clefs. Voilà le droit des apôtres, transmis tout entier et sans réserve à leurs successeurs. Timothée et Tite n'étoient ni apôtres ni évangélistes : cependant écoutez saint Paul, qui dit à l'un ; a Les choses que tu as entendues de moi entre plusieurs témoins, commets-les à des gens fidèles qui soient suffisants pour enseigner aussi les autres '. » Il dit à l'autre : « Que tu établisses des anciens, » c'est-à-dire sans difficulté des pasteurs, a de ville en ville *. » Les apôtres n'en faisoient pas davantage.
Ainsi il est manifeste que le ministère apostolique, quoique orné accidentellement par des dons extraordinaires et personnels qu'on en peut détacher, étoit dans son fond et dans sa nature le même qui a passé dans leurs successeurs. Et c'est en vain que M. Claude dit : « Il y a donc une grande différence entre ces deux ministères; l'un précède l'Église, et l'autre la suit. r> Peut -on voir une preuve moins concluante que celle-là? Il est question de savoir si le ministère des apôtres n'est pas le même que celui de leurs successeurs ; et pour montrer que ce n'est pas le même, il suppose que celui des successeurs a suivi l'Église, au lieu que l'autre Ta précédée. Mais, à moins qu'on ne prouve d'ailleurs que c'étoient deux ministères, je n'ai qu'à lui répondre que le ministère des pasteurs ordinaires a précédé l'Église en la personne des apôtres, puisqu'ils ont le même ministère continué. Le ministère d'Aaron avoit sans doute précédé cette Église judaïque qui reçut l'ancienne loi après avoir été assemblée en Égj^pte. En vérité pourroit-on dire que le ministère d'Aaron étoit difl"érent de celui de ses successeurs, précisément parce que l'un a précédé l'Église, et que l'autre la suit?
M. Claude ajoute : «r L'un est immédiatement communiqué par Dieu; l'autre est communiqué par le moyen des hommes. » J'aimerois autant dire que l'humanité d'Adam n'étoit pas la même humanité que celle de ses enfants, parce que Dieu seul a formé l'un, et que les autres sont venus par une génération successive. Si Jésus-Christ a voulu multiplier et perpétuer le ministère par douze premiers pasteurs, auxquels il ait attaché la génération spirituelle et successive, comme il a multiplié et perpétué le genre humain par un seul homme, en y attachant la génération charnelle et successive, pourquoi faire sur l'un une difficulté qu'on auroit honte de faire sur l'autre ?
Continuons d'écouter M. Claude : « L'un a l'indépendance, l'autorité souveraine et l'infaillibilité pour son partage; l'autre est exposé aux vices, aux dérèglements, aux erreurs et aux foiblesses humaines, inférieur et dépendant de l'Église. L'un est divin en toute manière, et l'autre est en partie divin et en partie humain. » Pour les vices des particuliers, nous avons déjà remarqué qu'ils regardent personnellement les ministres, et non le ministère. Les foiblesses que FÊvangile marque dans les apôtres, pendant la vie de Jésus-Christ, ne les empêchoient pas d'être apôtres. Après sa mort, nous voyons encore les particuliers 8e contredire et se reprendre, tels que saint Pierre et saint Paul, saint