‹ Œuvres choisies (volume 4)Chapitre 11 sur 183 · XI. — XEKXES BT LfiONIl · texte numérisé non relu

XI. — XEKXES BT LfiONIl

Lu saga ur rendent les États invincibles, et non pas le grand

nombre de sujets, ni Vautoritè sans bornes des princes.

xekxês. — Je prétends, Léonidas, te faire m mseur. Il ne

lient qu'à toi d'être toujours à ma suite sur les bonis du Slyx.

LÉONIDAS. — Je n'y suis descendu que pour ne te voir jamais et pour repousser ta tyrannie. Va chercher tes femmes, tes eunuques, tes esclaves et tes flatteurs; voila la compagnie qu'il te faut.

xerxès. — Voyez ce brutal, cet insolent, un gueux qui n'eut jamais que le nom de roi, sans autorité, un capitaine de bandits qui n'ont que la cape et l'épée ! Quoi ! tu n'as point de honte de te comparer au grand roi .' As-tu donc oublié que je couvrois la terre de soldats et la mer de navires? Ne sais-tu pas que mon armée ne pouvoit, en un repas, se désaltérer sans faire tarir des rivières?

léonidas. — Comment oses-tu vanter la multitude de tes troupes? Trois cents Spartiates que je commandois aux Thermopyles furent tués par ton armée innombrable sans pouvoir être vaincus; ils ne succombèrent qu'après s'être lassés de tuer. Ne vois-tu pas encore ici près ces ombres errant en foule qui couvrent le rivage? Ce sont les vingt railla Perses que nous avons tués. Demande-leur combien un Spartiate seul vaut d'autres hommes, et surtout des tiens. C'est la valeur et non pas le nombre qui rend invincible.

xerxês. — Ton action est un coup de fureur et de désespoir.

léonidas. — C'étoit une action sage et généreuse. Nous crûmes que nous devions nous dévouer à une mort certaine pour t'apprendre ce qu'il en coûte quand on veut mettre les Grecs dans la servitude, et pour donner le temps à toute la Grèce de se préparer à vaincre ou à périr comme nous. En effet, cet exemple de courage étonna les Perses et ranima les Grecs découragés. Notre mort fut bien employée.

xerxès. — Oh! que je suis fâché de n'être point entré dans le Péloponèse après avoir ravagé l'Attique ! j'aurois mis en cendres ta Lacédémone comme j'y mis Athènes. Misérable, impudente, je t'aurois....

léonidas. — Ce n'est plus ici le temps ni des injures ni des flatteries : nous sommes au pays de la vérité. T'imagines-tu donc être le grand roi? tes trésors sont bien loin; tu n'as plus de gardes ni d'armée, plus de faste ni de délices; la louange ne vient plus chatouiller tes oreilles • te voilà nu, seul, prêt à être jugé par Minos. Mais. ton ombre est encore bien en colère et bien superbe; tu n'étois pas plus emporté quand tu faisois fouetter la mer. En vérité, tu méritois bien d'être fouetté toimême pour cette extravagance. Et ces fers dorés (t'en souviens-tu?) que tu fis jeter dans l'Hellespont pour tenir les tempêtes dans ton esclavage! Plaisant homme, pour dompter la mer! Tu fus contraint bientôt après de repasser à la hâte en Asie dans une barque, comme un pêcheur. Voilà à quoi aboutit la folle vanité des hommes qui veulent forcer les lois de la nature et oublier leur propre foiblesse.

xerxès. —An! les rois qui peuvent tout (je le vois bien, mais, hélas! je le vois trop tard) sont livrés à toutes leurs passions. Hé! quel moyen quand on est homme de résister à sa propre puissance et à la flatterie de tous ceux dont on est entouré! Oh ! quel malheur de naître dans de si grands périls!

léonidas. — Voilà pourquoi je fais plus de cas de ma royauté que de la tienne. J'étois roi à condition de mener une vie dure, sobre et laborieuse, comme mon peuple. Je n'étoisroique pour défendre ma patrie et pour faire régner les lois : ma royauté me donnoit le pouvoir de faire du bien, sans me permettre de faire du mal.

xerxès. — Oui; mais tu étois pauvre, sans éclat, sans autorité. Un de mes satrapes étoit bien plus grand et plus magnifique que toi.

léonidas. — Je n'aurois pas eu de quoi percer le mont Athos, comme toi. Je crois même que chacun de tes satrapes voloit dans sa province plus d'or et d'argent que nous n'en avions dans toute notre république. Mais nos armes, sans être dorées, savoient fort bien percer ces hommes lâches et efféminés, dont la multitude innombrable te donnoit une si vaine confiance.

xerxès. — Mais enfin, si je fusse entré d'abord dans le Péloponèso, toute la Grèce étoit dans les fers. Aucune ville, pas même la tienne, n'eût pu me résister.

léonidas. — Je le crois comme tu le dis : et c'est en quoi je méprise la grande puissance d'un peuple barbare, qui n'est ni instruit ni aguerri. 11 manque de sages conseils; ou,' si on les lui offre, il ne sait pas les suivre, et préfère toujours d'autres conseils foibles ou trompeurs.

xerxès. — LesGrecs vouloient faire une muraille pour fermerl'isthme; mais elle n'étoit pas encore faite, e je pouvois y entrer.

léonidas. — La muraille n'étoit pas faite, il est vrai : mais tu n'étois pas fait pour prévenir ceux qui la vouloient faire. Ta foiblesse fut plus favorable aux Grecs que leur force.

xerxès. — Si j'eusse pris cet isthme, j'aurois fait voir....

léonidas. — Tu aurois fait quelque autre faute; car il falloit que tu en fisses, étant aussi gâté que tu l'étoispar la mollesse, par l'orgueil, et parla haine des conseils sincères. Tu étois encore plus facile à surprendre que l'isthme.

xerxès. — Mais je n'étois ni lâche ni méchant, comme tu t'imagines.

léonidas. — Tu avois naturellement du courage et de la bonté de cœur. Les larmes que tu répandis à la vue de tant de milliers d'hommes, dont il n'en devoit rester aucun sur la terre avant la fin du siècle , marquent assez ton humanité. C'est le plus bel endroit de ta vie. Si tu n'avois pas été un roi trop puissant et trop heureux, tu aurois été un assez honnête homme.

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