‹ Œuvres choisies (volume 4)Chapitre 112 sur 183 · Ibid, cap. xx · texte numérisé non relu

Ibid, cap. xx

« Les tribuns virent clairement que tant que les yeux des Romains seroient captives oar la vue d'un monument qui retraçoit des souvenirs si glorieux pour Manlius, la préoccupation d'un si grand bienfait prevaudroit toujours contre la

conviction de son crime Alors les inculpations restèrent dans toute leur

force etc. » Dureau de la Malle.

cun usage. Un déclamateur fleuri n'auroit eu aucune force dans les affaires.

Rien n'est plus simple que Brutus, quand il se rend supérieur à Cicéron jusqu'à le reprendre et à le confondre: a Vous demandez, lui dit-il ', la vie à Octave : quelle mort seroit aussi funesie? Vous montrez, par cette demande, que la tyrannie n'est pas détruite, et qu'on n'a fait que changer de tyran. Reconnoissez vos paroles. Niez, si vous l'osez, que cette prière ne convient qu'à un roi à qui elle e-t faite par un homme réduit à la servitude. Vous dites que vous ne lui demandez qu'une seule grâce, savoir, qu'il veuille bien sauver la vie des citoyens qui ont l'estime des honnêtes gens et de tout le peuple romain. Quoi donc! à moins qu'il ne le veuille, nous ne serons plus? Mais il vaut mieux n'être plus que d'être par lui. Non, je ne crois point que tous les dieux soient déclarés contre le salut de Rome, jusqu'au point le vouloir qu'on demande à Octave la vie d'aucun citoyen, encore moins celle des libérateurs de l'univers.. .. 0 Cicéron ! vous avouez qu'Octave a un tel pouvoir, et vous êtes de s<js amisi Mais, si vous m'aimez, pouvez-vous désirer de me voir à Rome, lorsqu'il faudrait m-j recommander à cet enfant, afin que j'eusse la permission d'y aller? Quel est donc celui que vous remerciez de ce qu'd souffre que je vive encore? Faut-il regarder comme bonheur de ce qu'on demande cette grâce à Octave plutôt qu'à Antoine?... C'est cette foiblesse et ce désespoir, que les autres ont à se reprocher comme vous, qui ont inspiré à César l'ambition de se faire roi... Si nous nous souvenions que nous sommes Romains.... ils n'auroient pas eu plus d'audace pour envahir la tyrannie, que nous de courage pour la repousser.... 0 vengeur de tant de crimes, je crains que vous n'ayez fait que retarder un peu notre chute! Comment pouvez-vous voir ce que vous avez fait? etc. »

Combien ce discours seroit-il énervé, indécent et avili, si on y mettoit des pointes et des jeux d'esprit? Faut-il que les hommes chargés de parler en apôtres recueil. ent avec tant d'affectation les fleurs que Démosthène, Manlius et Brutus ont foulées aux pieds? Faut-il croire que les ministres évangéliques son» moin.; sérieusement touchés du salut éternel des peuples, que Démosthene ne l'étoit de la liberté de sa patrie, que Manlius n'avoit d'ambition pour séduire la multitude, que Brutus n'avoit de courage pour aimer mieux la mort qu'une vie due au tyran ?

J'avoue que le genre fleuri a ses grâces; mais elles sont déplacées dans les discours où il ne s'agit point d'un jeu d'esprit plein de délicatesse, et où les grandes passions doivent parler. Le genre fleuri n'atteint jamais au sublime. Qu'est-ce que les anciens auraient dit d'une tragédie où Hécube aurait déploré ses malheurs par des pointes? La vraie douleur ne parle point ainsi. Que pourroit-on croired'un prédicateur qui viendrait montrer aux pécheurs le jugement de Dieu pendant sur leur tête, et l'enfer ouvert sous leurs pieds, avec les jeux de mots les plus affectés?

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